Publié le 15 octobre 2025 à 20h55. Des collaborations universitaires entre les Pays-Bas et Israël sont au cœur d’une polémique, révélant les liens d’un professeur israélien avec l’armée, alors que les tensions au Moyen-Orient persistent.
- L’université de Groningue (RUG) et l’université de technologie d’Eindhoven (TU/e) collaborent avec le professeur Shahar Kvatinsky, également lieutenant-colonel dans l’armée israélienne.
- Ce professeur participe au projet de recherche React, financé par l’Union européenne à hauteur de plus de 4,5 millions d’euros (environ 4,8 millions de dollars américains).
- Des photos de Kvatinsky en uniforme militaire, prises dans des zones sinistrées à Gaza, et son implication dans une lettre appelant à bloquer l’aide humanitaire, suscitent des interrogations.
La collaboration entre les universités néerlandaises et le professeur Kvatinsky, impliqué dans l’armée israélienne, est devenue un sujet de controverse, révélé par le journal Trouw. Kvatinsky dirige le groupe de recherche israélien au sein du projet React, qui vise à développer une “plateforme consciente d’elle-même en termes d’efficacité énergétique, de sécurité et de fiabilité”. Ce projet, qui débutera officiellement le 1er novembre, implique onze universités et bénéficie d’un financement de l’Union européenne d’un montant supérieur à 4,5 millions d’euros.
Le professeur Kvatinsky n’hésite pas à partager son engagement militaire sur les réseaux sociaux. En juin dernier, il a annoncé sur X sa participation à un colloque scientifique en Israël, qui a finalement été annulé suite à l’attaque israélienne contre l’Iran. Il a alors déclaré : « J’ai donc fait ce qui me paraissait juste : j’ai enfilé mon uniforme et je suis allé à Gaza pour servir comme réserviste ». Des publications Facebook datant de 2023 et 2024 montrent également Kvatinsky en uniforme devant des immeubles détruits, ainsi qu’une photo de lui en compagnie du Premier ministre israélien Netanyahu en 2024.
Selon Trouw, le nom de Kvatinsky figure également sur une lettre datée de janvier 2024, signée par plusieurs officiers israéliens, appelant les dirigeants militaires à empêcher l’acheminement de l’aide humanitaire à Gaza. Kvatinsky a affirmé avoir été mobilisé en tant que réserviste après l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, tout en insistant sur le fait que le projet de recherche avec les universités néerlandaises a des objectifs purement civils et qu’il sépare son travail universitaire de ses fonctions militaires. Il a nié avoir signé la lettre en question.
Plus tôt cette année, la TU/e avait déjà gelé les collaborations “institutionnelles” avec le Technion, l’université israélienne où travaille Kvatinsky, en raison de ses liens avec l’armée israélienne. L’université avait également annoncé la création d’un comité chargé d’évaluer les “collaborations sensibles”. Dans une réponse à NOS, la TU/e a précisé que la situation actuelle n’avait pas d’impact sur le projet React, renvoyant à une explication antérieure des raisons justifiant la collaboration avec le Technion, qui avait déjà été soumise à l’examen du conseil universitaire en début d’année.
L’université a souligné qu’il n’existait aucun risque de “violations flagrantes des droits de l’homme” dans le cadre du projet. Le nouveau comité sera chargé d’examiner en priorité les collaborations avec les institutions israéliennes, y compris le projet React.
Le RUG, quant à lui, n’a pas rompu ses liens avec les universités israéliennes et affirme ne pas avoir eu connaissance de l’implication de Kvatinsky dans l’armée. L’université a déclaré qu’elle enquêterait plus en profondeur si elle soupçonnait un risque de double usage (c’est-à-dire une utilisation potentielle à la fois civile et militaire) découlant de la collaboration.
Ces collaborations universitaires interviennent dans un contexte de manifestations étudiantes croissantes dans plusieurs villes néerlandaises, dénonçant les liens entre les universités néerlandaises et Israël, en particulier suite à la répression israélienne à Gaza. Les militants pro-palestiniens réclament la suspension de toutes les collaborations avec les universités israéliennes.
L’Université d’Amsterdam (UvA) a annoncé ce jour qu’elle suspendait provisoirement toute nouvelle collaboration avec les institutions israéliennes et qu’elle étudiait les options juridiques pour se retirer des projets de collaboration en cours avec des scientifiques israéliens.
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