Publié le 18 novembre 2025 à 23h14. Des scientifiques de l’Agence spatiale européenne (ESA) ont affiné de manière spectaculaire la trajectoire de la comète interstellaire 3I/ATLAS grâce à des observations inédites réalisées par la sonde ExoMars TGO en orbite autour de Mars. Cette collaboration démontre l’intérêt de combiner les données terrestres avec celles provenant de l’espace pour une meilleure compréhension des objets célestes et pour la défense planétaire.
- La sonde ExoMars TGO a permis de déterminer la position de la comète 3I/ATLAS avec une précision dix fois supérieure à celle obtenue par les télescopes terrestres.
- Cette collaboration unique entre l’ESA et ses missions spatiales a permis de valider une nouvelle méthode d’observation et de calcul de trajectoire.
- Bien que sans danger pour la Terre, l’étude de 3I/ATLAS sert de banc d’essai pour améliorer les capacités de détection et de suivi des objets géocroiseurs potentiellement dangereux.
L’observation de 3I/ATLAS, le troisième objet interstellaire connu à traverser notre système solaire, représente un défi pour les astronomes. Découverte le 1er juillet dernier, sa trajectoire rapide (jusqu’à 250 000 km/h) rend son suivi délicat. Jusqu’en septembre, les données provenaient exclusivement de télescopes au sol. C’est là que la sonde ExoMars TGO, en orbite autour de Mars, a joué un rôle crucial. Entre le 1er et le 7 octobre, son imageur CaSSIS a été pointé vers l’objet interstellaire, qui se trouvait alors à environ 29 millions de kilomètres de la planète rouge lors de son approche maximale le 3 octobre.
Cette proximité relative a permis à TGO de s’approcher d’environ dix fois plus près de 3I/ATLAS que les télescopes terrestres, offrant également de nouveaux angles d’observation. La triangulation des données recueillies par la sonde et par les observatoires terrestres a conduit à une amélioration impressionnante de la précision de la prédiction de la trajectoire de la comète. Les chercheurs, qui n’attendaient qu’une amélioration modeste, ont constaté une précision décuplée, réduisant significativement l’incertitude quant à la position de l’objet.
L’utilisation des données de l’orbiteur martien pour déterminer la trajectoire d’un objet interstellaire est une première. L’imageur CaSSIS, initialement conçu pour observer des détails de la surface martienne, a dû être adapté pour capturer la faible lueur de 3I/ATLAS sur le fond étoilé. L’équipe de défense planétaire du Centre de coordination des objets géocroiseurs de l’ESA, habituée à calculer les trajectoires d’astéroïdes et de comètes, a dû tenir compte de la position spécifique de la sonde TGO pour affiner les calculs. Les éphémérides, ces prédictions de position future, ont ainsi été établies en intégrant la dynamique orbitale de la sonde autour de Mars.
Ce travail collaboratif a nécessité les efforts conjugués de plusieurs équipes de l’ESA, des experts en dynamique de vol aux scientifiques et aux équipes instrumentales. Les données résultantes, soumises et approuvées par le Minor Planet Center (MPC), marquent une étape importante : c’est la première fois que des mesures astrométriques provenant d’une sonde en orbite autour d’une autre planète sont officiellement reconnues par cette base de données centrale pour les observations d’astéroïdes et de comètes.
Bien que 3I/ATLAS ne représente aucune menace pour la Terre, cet exercice a permis de tester et d’améliorer les procédures de défense planétaire. L’ESA surveille en permanence les astéroïdes et les comètes susceptibles de croiser l’orbite terrestre, et cette expérience démontre l’intérêt de combiner les données terrestres avec les observations spatiales. La sonde européenne Juice, en route vers Jupiter, observe désormais également 3I/ATLAS, profitant de sa phase active après son périhélie (approche la plus proche du Soleil). Les premières données de Juice sont attendues en février 2026.
L’ESA souligne l’importance de ne pas se fier uniquement à la chance de croiser des sondes spatiales sur le chemin d’objets difficiles à observer. C’est pourquoi la mission Neomir est en préparation, afin de détecter les astéroïdes et les comètes venant de la direction du Soleil, une zone actuellement difficile à observer en raison de l’éblouissement solaire. Neomir se positionnera entre le Soleil et la Terre pour détecter ces objets potentiellement dangereux au moins trois semaines avant leur possible impact. Enfin, la mission Comet Interceptor permettra d’étudier de près les comètes interstellaires, offrant ainsi un aperçu unique de notre environnement galactique.
Source :
https://www.esa.int/Space_Safety/Planetary_Defence/ESA_pinpoints_3I_ATLAS_s_path_with_data_from_Mars
Sources d’images :
https://www.esa.int/var/esa/storage/images/esa_multimedia/images/2025/10/exomars_trace_gas_orbiter_observes_comet_3i_atlas_gif/26909471-1-eng-GB/ExoMars_Trace_Gas_Orbiter_observes_comet_3I_ATLAS_GIF.gif
https://www.esa.int/var/esa/storage/images/esa_multimedia/images/2025/07/esa_observes_interstellar_comet_3i_atlas/26787001-1-eng-GB/ESA_observes_interstellar_comet_3I_ATLAS.gif
https://www.esa.int/var/esa/storage/images/esa_multimedia/images/2025/09/esa_s_mars_and_jupiter_missions_observe_comet_3i_atlas/26888185-1-eng-GB/ESA_s_Mars_and_Jupiter_missions_observe_comet_3I_ATLAS.png
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