L’essor fulgurant des aliments ultra-transformés est désormais considéré comme une menace majeure pour la santé publique mondiale. Une série d’articles publiés dans The Lancet alerte sur l’impact croissant de ces produits sur nos régimes alimentaires et l’augmentation des maladies chroniques qui y sont liées.
Selon une étude menée par 43 experts internationaux, les aliments ultra-transformés (AUP) – des produits industriels formulés à partir d’ingrédients peu coûteux et d’additifs – supplantent rapidement les aliments frais et peu transformés dans l’alimentation de nombreuses populations. Les données révèlent une corrélation claire entre une consommation accrue d’AUP et une détérioration de la qualité nutritionnelle, ainsi qu’une augmentation des risques de maladies telles que l’obésité, le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires, la dépression et même une mortalité prématurée.
Les chercheurs soulignent qu’il est impératif d’agir sans attendre de nouvelles études. « Même si des recherches supplémentaires sur les AUP continueront d’être utiles, les connaissances scientifiques actuelles sont déjà suffisamment solides pour justifier une action immédiate de santé publique », explique le professeur Mathilde Touvier, de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) en France. Attendre davantage ne ferait qu’accroître l’emprise de ces produits sur nos assiettes.
La solution ne réside pas uniquement dans les choix individuels, insistent les auteurs. Ils plaident pour des politiques publiques coordonnées visant à limiter la production, la commercialisation et la disponibilité des AUP. Cela inclut des mesures telles que l’apposition de mentions claires sur les emballages, la restriction de la publicité, notamment auprès des enfants, et la mise en place de taxes pour financer un meilleur accès à une alimentation saine et abordable.
Les AUP sont décrits comme le résultat d’un système agroalimentaire industriel axé sur la maximisation des profits, au détriment de la nutrition et de la durabilité. Les entreprises du secteur sont accusées d’utiliser des stratégies agressives pour augmenter leurs ventes et de faire pression sur les gouvernements afin d’empêcher l’adoption de réglementations plus strictes.
« Ce sont de puissantes entreprises – et non les choix des individus – qui sont à l’origine de l’essor mondial des aliments ultra-transformés », affirme le professeur Simon Barquera, de l’Institut national de santé publique du Mexique. « Par l’intermédiaire de groupes d’intérêt, ces entreprises se positionnent souvent comme une partie de la solution, mais leurs actions racontent une histoire différente : une histoire axée sur la protection des profits et la résistance à une réglementation efficace. »
Les auteurs appellent à une réponse mondiale unifiée, sur le modèle de la lutte contre l’industrie du tabac. Cela implique de protéger les décisions politiques contre l’influence des lobbies, de renforcer les coalitions plaidant pour des systèmes alimentaires sains et durables, et de garantir que les avantages économiques profitent aux communautés plutôt qu’aux actionnaires.
Des exemples de politiques efficaces existent déjà, comme le programme national d’alimentation scolaire au Brésil, qui vise à remplacer la plupart des AUP par des aliments frais ou peu transformés d’ici 2026.
Selon les données présentées dans The Lancet, la consommation d’AUP a considérablement augmenté au cours des trois dernières décennies. En Espagne, la proportion de l’énergie alimentaire provenant des AUP est passée de 11 % à 32 %, et en Chine, de 4 % à 10 %. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, plus de 50 % de l’apport calorique provient désormais d’AUP.
« Nous vivons actuellement dans un monde où nos options alimentaires sont de plus en plus dominées par les AUP, ce qui contribue à l’augmentation des niveaux mondiaux d’obésité, de diabète et de problèmes de santé mentale », conclut le Dr Phillip Baker, de l’Université de Sydney en Australie. « Notre série souligne qu’une voie différente est possible : une voie où les gouvernements réglementent efficacement, où les communautés se mobilisent et où des régimes alimentaires plus sains sont accessibles et abordables pour tous. »