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L’expérience de Chypre comme modèle pour l’adhésion de l’Ukraine à l’UE ? – DW – 01/01/2026

by Nicolas Lefèvre

Publié le 1er janvier 2026 11h09. Chypre prend la présidence du Conseil de l’Union européenne dans un contexte géopolitique complexe, marqué par la guerre en Ukraine et la question des territoires occupés, un défi auquel l’UE a déjà été confrontée avec l’adhésion de l’île en 2004.

  • Chypre s’engage à soutenir activement les intérêts de l’Ukraine au sein de l’UE.
  • L’expérience de Chypre, pays membre de l’UE malgré une partie de son territoire sous occupation, est souvent citée comme un précédent pour l’Ukraine.
  • Des experts nuancent cette analogie, soulignant les différences fondamentales entre les deux situations et les risques pour la sécurité et le budget européens.

Alors que Chypre assume la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne, le pays insiste sur son soutien indéfectible à l’Ukraine. Le président chypriote, Nikos Christodoulides, a affirmé que Chypre a toujours pris position « du bon côté de l’histoire » et entend continuer à promouvoir les intérêts de Kiev au sein de l’agenda européen.

L’adhésion de Chypre à l’UE en 2004, dans un contexte de division de l’île suite à l’invasion turque de 1974, est souvent évoquée comme un modèle potentiel pour l’Ukraine, qui aspire à rejoindre le bloc européen tout en étant confrontée à l’occupation russe de vastes portions de son territoire. La partie sud de Chypre est contrôlée par le gouvernement internationalement reconnu, tandis que la partie nord est administrée par la République turque de Chypre du Nord, reconnue uniquement par Ankara.

En 2004, les pays de l’UE avaient signé le traité d’Athènes, incluant un protocole spécifique pour Chypre, suspendant l’application de la législation européenne dans la partie nord occupée de l’île, où le gouvernement chypriote n’exerce aucun contrôle effectif.

Cependant, les experts mettent en garde contre une application mécanique du « modèle chypriote » à l’Ukraine. Roger Hilton, expert en défense au sein du groupe de réflexion GLOBSEC (Slovaquie), souligne que la décision concernant Chypre était « exceptionnelle » et « politiquement motivée ».

« Cela a été convenu avant la signature du traité de Lisbonne et avant l’introduction d’exigences plus strictes en matière d’État de droit et de conditions d’élargissement qui sont désormais en vigueur. »

Roger Hilton, expert en défense, GLOBSEC

Selon lui, Bruxelles avait espéré que l’adhésion de Chypre favoriserait la réunification de l’île, un objectif qui n’a pas été atteint. Il met en avant les risques considérables que représente la situation en Ukraine pour l’UE : sécurité, budget et fonctionnement des institutions.

Denis Cenusha, expert au Centre lituanien d’études géopolitiques et de sécurité, estime néanmoins que l’expérience chypriote, bien que imparfaite, constitue une « seule voie possible » pour l’Ukraine. Chypre est devenu une sorte de « processus éducatif pour l’UE » sur la gestion des pays confrontés à des problèmes territoriaux non résolus.

Jamie Shea, chercheur principal au centre des Amis de l’Europe basé à Bruxelles et ancien haut responsable de l’OTAN, insiste sur la nécessité pour l’UE de ne pas permettre à un État étranger de bloquer l’élargissement par l’occupation d’un territoire.

« En 2004, en acceptant Chypre, l’UE supposait que les territoires occupés rejoindraient le bloc « après avoir réalisé l’unification nationale et convenu d’un calendrier de retrait des troupes étrangères ». Une condition importante pour l’expansion dans de tels cas est la non-reconnaissance de l’annexion ou de l’occupation illégale d’un territoire par un État étranger. »

Jamie Shea, chercheur principal, Amis de l’Europe

L’expert souligne également que l’admission de jure de l’ensemble du territoire ukrainien dans l’UE inciterait la population des régions occupées à lutter pour l’unification, car cela signifierait une adhésion automatique à l’UE. Cependant, il reconnaît que la politique de colonisation menée par la Russie dans le Donbass et en Crimée, avec des changements démographiques forcés, complique considérablement le processus.

L’ancien ambassadeur de l’UE en Ukraine, José-Manuel Pinto-Teixeira, rappelle que la Grèce avait menacé de bloquer l’adhésion des pays d’Europe centrale et orientale en 2004 si Chypre n’était pas acceptée. Il souligne également le rôle de la mission de maintien de la paix de l’ONU, présente sur l’île depuis 1964.

Contrairement à Chypre, la situation de l’Ukraine est plus complexe, notamment en raison de l’absence de garantie de sécurité équivalente à celle offerte par l’OTAN à la Turquie. Même en cas de cessez-le-feu et d’accord de paix, la menace d’une nouvelle invasion russe demeure réelle.

Malgré ces différences, les experts s’accordent à dire que l’expérience chypriote peut et doit éclairer la voie de l’Ukraine vers l’UE. L’ancien ambassadeur Pinto-Teixeira insiste sur le fait que les circonstances historiques du conflit chypriote sont « beaucoup plus complexes » que la situation en Ukraine. Il estime que l’Ukraine peut être intégrée à l’UE avec tous ses territoires à l’intérieur de ses frontières internationalement reconnues, malgré l’occupation russe.

Jamie Shea conclut que l’UE doit contrecarrer les ambitions de Vladimir Poutine et intégrer l’Ukraine, car c’est la seule façon de garantir la stabilité et la sécurité du continent.

« C’est exactement ce que veut Poutine, et l’avenir de l’Europe dépend de la possibilité de contrecarrer ses plans. »

Jamie Shea, chercheur principal, Amis de l’Europe

Monument à Nicosie, construit pour marquer le 60e anniversaire de la mission de maintien de la paix des Nations Unies à Chypre
Monument à Nicosie, construit pour marquer le 60e anniversaire de la mission de maintien de la paix des Nations Unies à ChyprePhoto : Kostas Pikoulas/NurPhoto/picture alliance

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