Home SantéL’expérience DSE stimule la rétention des cliniciens, selon KLAS

L’expérience DSE stimule la rétention des cliniciens, selon KLAS

by Sophie Martin

La frustration liée au leadership et à l’environnement numérique de travail est désormais un facteur déterminant dans le roulement du personnel soignant, mais des améliorations ciblées des systèmes d’information hospitaliers (SIH) peuvent inverser la tendance, selon une nouvelle étude.

L’instabilité de l’effectif médical a un impact direct sur la qualité des soins, l’expérience patient, les performances financières et la croissance stratégique des établissements de santé. Si le niveau d’épuisement professionnel a diminué depuis les pics de la pandémie de Covid-19, la pénurie mondiale prévue de 11 millions de professionnels de santé d’ici 2030, conjuguée au coût élevé du remplacement – environ 52 350 $ (48 000 €) par infirmière et jusqu’à 1 000 000 $ (920 000 €) par médecin – rend chaque départ particulièrement risqué.

Au-delà des raisons personnelles comme la retraite ou l’évolution de carrière, l’insatisfaction face au leadership organisationnel est la principale cause évoquée par les soignants susceptibles de quitter leur poste. Les infirmières, en particulier, se sentent souvent insuffisamment soutenues et se voient attribuer des tâches supplémentaires, allant au-delà des soins directs aux patients, en raison du manque de personnel.

L’étude, menée par KLAS Research, identifie les cliniciens « à risque » comme ceux qui se disent susceptibles, très susceptibles ou indécis quant à leur départ dans les deux prochaines années. La proportion de ces professionnels n’a pas diminué par rapport au rapport précédent. Parmi eux, 46 % invoquent des considérations personnelles, 26 % citent la satisfaction au travail et l’épuisement professionnel, et 21 % pointent du doigt le leadership et d’autres facteurs organisationnels. Ce dernier chiffre est encore plus élevé chez les médecins.

Les témoignages recueillis révèlent un fossé croissant entre le personnel soignant et la direction. Les soignants signalent un « manque de valeurs partagées », une communication incohérente ou inexistante de la part des dirigeants, et l’impression que ces derniers se concentrent uniquement sur les aspects financiers, alors que la charge de travail clinique ne cesse d’augmenter. Certains décrivent une culture qui a évolué vers « une culture du silence et de la répression », où ils ne se reconnaissent plus dans les organisations où ils pensaient autrefois que leur voix comptait.

La rémunération n’est qu’un aspect du problème, expliquent les soignants. Ils évoquent également le blocage des opportunités d’avancement malgré l’obtention de diplômes supérieurs, l’augmentation constante de la charge de travail sans réelle discussion sur son impact, et le sentiment que les administrateurs « abusent ou licencient » le personnel.

L’expérience avec les SIH (Systèmes d’Information Hospitaliers) est un indicateur clé de la confiance dans le leadership. Les cliniciens à risque qui citent un désalignement avec la direction affichent les scores les plus faibles en matière d’expérience utilisateur des SIH. Les médecins concernés obtiennent un score moyen de seulement 7,7 sur une échelle de -100 à 100, comparativement à des scores nettement plus élevés chez leurs collègues dont les principales raisons de départ sont personnelles ou liées à l’épuisement professionnel.

L’analyse de KLAS montre que les cliniciens qui ont finalement quitté leur organisation avaient déjà une expérience significativement plus négative avec les SIH. En 2023, les médecins partis ont obtenu un score inférieur de 10,2 points à ceux qui sont restés, tandis que l’écart était de 5,1 points pour les infirmières. Des données plus récentes indiquent que ce fossé s’élargit. Sur 96 organisations mesurées depuis 2024, les cliniciens susceptibles de rester affichent un score moyen de 32,7, ceux qui envisagent de changer d’établissement obtiennent un score de 6,3, et ceux qui envisagent de quitter complètement le secteur de la santé un score de -14,7. La disparité atteint 47,4 points pour les médecins, soulignant un risque croissant pour le futur recrutement.

Pour les dirigeants des établissements de santé, l’insatisfaction liée aux SIH est un signal d’alarme concernant la confiance dans le leadership. Un système lent, peu fiable, mal soutenu ou insuffisamment expliqué est interprété par les soignants comme un signe que la direction ne comprend pas ou ne valorise pas leur travail. Certains se sentent surveillés et microgérés grâce aux données des SIH, « comme si nous n’étions que des hamsters sur une roue », et estiment que la direction utilise la visibilité de l’activité des SIH comme un outil de contrôle plutôt que comme un moyen de soutenir les soins.

Les soignants demandent aux dirigeants un état d’esprit axé sur le patient, une implication significative dans la prise de décision, ainsi qu’une formation et un soutien solides. Ils souhaitent contribuer directement à la stratégie SIH et à la refonte des flux de travail. Un professionnel paramédical dénonce des « décisions descendantes » et une communication limitée, associées à une formation SIH « incroyablement insuffisante » et à un manque de responsabilisation des dirigeants en cas de problème.

L’étude souligne que des améliorations ciblées des SIH peuvent modifier les intentions de départ des soignants. Sur deux ans, 288 cliniciens qui avaient initialement l’intention de partir ont déclaré qu’ils envisageaient désormais de rester, et 73 % de ce groupe citent explicitement les améliorations des SIH comme une raison clé de ce changement. Ces améliorations incluent de nouvelles macros et du texte rapide pour accélérer la documentation, l’adoption de la technologie de reconnaissance vocale, des flux de travail de connexion plus clairs et de meilleurs outils de communication clinique.

Les améliorations les plus fréquemment mentionnées concernent l’efficacité du flux de travail, suivies par le lancement de nouveaux outils et technologies, l’amélioration des informations cliniques et des commandes, et des capacités de chat et de communication améliorées. Les initiatives ciblées de communication et d’éducation jouent également un rôle important pour faciliter l’adoption et instaurer la confiance.

Les leaders en informatique médicale soulignent que la culture est un résultat crucial, mais souvent non mesuré. Ils insistent sur l’importance d’investir dans l’amélioration de l’expérience utilisateur des SIH, en particulier dans un contexte de pénurie de personnel soignant.

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