Publié le 23 décembre 2025 à 17h08. Une étude inédite révèle que l’exposition des pères aux microplastiques pourrait altérer le métabolisme de leur descendance, ouvrant de nouvelles perspectives sur l’impact transgénérationnel de la pollution environnementale.
- L’exposition paternelle aux microplastiques (MP) peut induire des dysfonctionnements métaboliques chez la progéniture.
- Des modifications de l’ARN contenu dans le sperme pourraient être à l’origine de cette transmission transgénérationnelle.
- Les femelles issues de pères exposés semblent plus vulnérables aux troubles métaboliques, notamment au diabète.
Des chercheurs de l’Université de Californie à Riverside ont mis en évidence un mécanisme jusqu’alors inconnu par lequel les polluants environnementaux peuvent affecter la santé des générations futures. Leur travail, publié dans le Journal of the Endocrine Society, démontre pour la première fois que l’exposition des pères aux microplastiques peut avoir des conséquences sur le métabolisme de leurs enfants.
Les microplastiques, ces minuscules particules de plastique (inférieures à 5 millimètres) issues de la dégradation des produits de consommation et des déchets industriels, sont désormais omniprésents dans l’environnement. Des traces ont même été détectées dans le système reproducteur humain. L’étude américaine comble une lacune importante en établissant un lien direct entre l’exposition paternelle à ces polluants et la santé à long terme de la descendance, dite « F1 ».
Pour évaluer cet impact, les scientifiques ont soumis des souris mâles à un régime contenant des microplastiques. La progéniture (F1) a ensuite été nourrie avec un régime riche en graisses, une approche permettant d’amplifier les effets potentiels de l’exposition paternelle et de les rendre plus visibles. Les troubles métaboliques se manifestent par une augmentation de la pression artérielle, une glycémie élevée et un excès de graisse corporelle, des facteurs de risque majeurs pour les maladies cardiaques et le diabète.
Les résultats ont révélé que les femelles issues de pères exposés aux microplastiques étaient significativement plus susceptibles de développer des troubles métaboliques que celles issues de pères non exposés, et ce malgré un régime alimentaire identique.
« Les raisons exactes de cet effet spécifique au sexe ne sont pas encore claires, »
Changcheng Zhou, professeur de sciences biomédicales à l’UCR et auteur principal de l’étude
L’équipe de recherche a observé une augmentation de l’expression de gènes pro-inflammatoires et pro-diabétiques dans le foie des femelles F1, des gènes déjà associés au développement du diabète. Chez les mâles, l’exposition paternelle aux microplastiques s’est traduite par une légère, mais significative, diminution de la masse grasse, tandis que les femelles ont présenté une réduction de leur masse musculaire en parallèle d’une augmentation des signes de diabète.
Pour comprendre comment ce trait se transmettait, les chercheurs ont utilisé une technologie de séquençage avancée appelée PANDORA-seq, développée à l’UCR. Ils ont découvert que l’exposition aux microplastiques modifiait la composition du sperme, en particulier les petites molécules d’ARN qui régulent l’expression des gènes. Plus précisément, les profils de petits ARN dérivés de l’ARNt (ARN de transfert) et de l’ARNr (ARN ribosomique) étaient significativement altérés.
Contrairement à l’ADN, qui fournit le plan génétique, ces petites molécules d’ARN agissent comme des « modulateurs » de l’expression des gènes, contrôlant leur activité au cours du développement.
« À notre connaissance, notre étude est la première à démontrer que l’exposition paternelle aux microplastiques peut affecter les profils de petits ARN non codants dans le sperme et induire des troubles métaboliques chez la progéniture, »
Changcheng Zhou, professeur de sciences biomédicales à l’UCR
Changcheng Zhou souligne que cette découverte suggère que l’impact de la pollution plastique ne se limite pas à l’individu exposé, mais peut laisser une empreinte biologique qui prédispose les enfants à des maladies chroniques. Il appelle à une prise de conscience accrue des risques potentiels liés à l’exposition aux microplastiques, en particulier pour les hommes envisageant de devenir pères.
Les chercheurs prévoient d’approfondir leurs investigations pour déterminer si l’exposition maternelle produit des effets similaires et explorer des stratégies pour atténuer ces changements métaboliques. L’étude a été financée en partie par des subventions des National Institutes of Health.
L’article scientifique complet, intitulé « Paternal microplastic exposure alters sperm small non-coding RNAs and affects offspring metabolic health in mice », est disponible ici.
Image d’en-tête : Khanchit Khirisutchalual/iStock/Getty Images Plus.
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