Publié le 24 septembre 2025. L’intelligence artificielle (IA) pourrait entraîner la suppression de plus de 200 000 emplois dans le secteur bancaire européen d’ici à 2030, alors que les banques cherchent à réduire leurs coûts et à améliorer leur efficacité grâce à la numérisation.
- Une étude de Morgan Stanley prévoit la suppression de 10 % des effectifs bancaires européens, soit environ 212 000 postes.
- Les divisions des « services centraux », notamment les fonctions de back-office, de gestion des risques et de conformité, seront les plus touchées.
- Les banques européennes sont soumises à une forte pression pour améliorer leur rentabilité et rattraper leur retard par rapport à leurs concurrents américains.
L’adoption croissante de l’intelligence artificielle et la fermeture de succursales sont les principaux moteurs de cette transformation du secteur bancaire. Les banques européennes, confrontées à une concurrence accrue et à des marges plus faibles que leurs homologues américains, cherchent activement des moyens de réduire leurs coûts et d’améliorer leur efficacité. L’IA apparaît comme un levier majeur pour atteindre ces objectifs, permettant d’automatiser des tâches répétitives et d’optimiser les processus.
Selon l’analyse de Morgan Stanley, portant sur 35 établissements bancaires, les réductions d’effectifs se concentreront principalement au sein des divisions des « services centraux ». Cela inclut les fonctions de back-office, qui assurent le traitement des opérations, ainsi que les équipes chargées de la gestion des risques et de la conformité réglementaire. Ces domaines sont particulièrement susceptibles d’être automatisés grâce à l’IA.
Avec un total d’environ 2,12 millions d’employés, une réduction de 10 % des effectifs se traduirait par la suppression d’environ 212 000 postes. Les banques estiment qu’elles pourraient réaliser des gains d’efficacité de l’ordre de 30 % grâce à l’IA et à la poursuite de la numérisation de leurs activités. Cette pression à la réduction des coûts est exacerbée par la nécessité pour les banques européennes d’améliorer leurs ratios coûts/revenus, un indicateur clé de performance scruté par les investisseurs.
Plusieurs banques ont déjà annoncé des plans de restructuration impliquant des suppressions d’emplois. En novembre dernier, la banque néerlandaise ABN Amro a annoncé la suppression d’environ un cinquième de son personnel d’ici à 2028. En mars, Slawomir Krupa, directeur général de Société Générale, a averti que « rien n’est sacré » dans sa campagne visant à réduire les coûts de l’établissement français.
Les analystes soulignent que l’IA offre aux banques l’opportunité d’améliorer leurs ratios coûts/revenus, une mesure essentielle de l’efficacité. Les précédentes phases de réduction des coûts commencent à montrer leurs limites, et l’IA représente une nouvelle voie pour optimiser les opérations. Cette transformation devrait particulièrement impacter les banques axées sur les consommateurs et celles opérant en France et en Allemagne, où les ratios coûts/revenus restent élevés.
La montée en puissance de l’IA suscite des inquiétudes quant à des pertes d’emplois généralisées dans de nombreux secteurs. UBS, par exemple, a commencé à utiliser cette technologie pour transformer ses analystes en avatars, diffusant des vidéos de banquiers simulés à leurs clients. Jason Napier, responsable de la recherche sur les banques européennes chez UBS, observe déjà des changements dans les secteurs de l’audit, du droit et du conseil, mais estime que les banques tardent à améliorer leur efficacité.
« Ceux qui ont encore besoin d’être convaincus que l’IA va modifier considérablement les services financiers devraient consacrer plus de temps à explorer les outils déjà disponibles. »
Jason Napier, responsable de la recherche sur les banques européennes, UBS
UBS a récemment organisé un « sommet du leadership » sur l’IA à l’Université d’Oxford, auquel ont participé ses 250 plus hauts dirigeants. Cependant, certains dirigeants bancaires européens mettent en garde contre une intégration trop rapide de la technologie. Conor Hillery, co-directeur général de l’Europe, du Moyen-Orient et de l’Afrique chez JPMorgan Chase, insiste sur l’importance de ne pas perdre de vue les fondamentaux.
« La seule chose à laquelle nous devons faire très attention – dans cette ruée et cet engouement autour de l’IA dans notre monde bancaire – est que les gens ne perdent pas la compréhension des bases et des principes fondamentaux. »
Conor Hillery, co-directeur général de l’Europe, du Moyen-Orient et de l’Afrique, JPMorgan Chase
JPMorgan Chase s’efforce de trouver un équilibre entre l’utilisation de l’IA pour accélérer les fonctions de base et la garantie que son personnel subalterne reste correctement formé aux tâches essentielles, telles que la construction de modèles de flux de trésorerie et de ratios cours/bénéfice. Selon M. Hillery, négliger cet aspect pourrait créer des problèmes importants à l’avenir.
