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Licur III : CEA Gramat prolonge recherche jusqu’en 2030

by Thomas Caron
L'horizon 2030 et le lancement de Licur III

Le laboratoire Licur, basé au centre CEA de Gramat, a lancé sa troisième phase de recherche, Licur III, avec une convention signée en mai 2026. Ce projet, s’étendant jusqu’en 2030, vise à renforcer la fiabilité des systèmes face aux environnements extrêmes grâce à des partenariats entre le CEA, le CNRS et l’Ensam.

L’horizon 2030 et le lancement de Licur III

Le Laboratoire sur l’instrumentation et les capteurs ultrarapides, plus connu sous l’acronyme Licur, change d’échelle. En mai dernier, une nouvelle convention a officialisé le passage à la phase Licur III, prolongeant les activités de recherche jusqu’en 2030. Ce renouvellement n’est pas une simple extension administrative, mais une volonté d’intensifier les travaux sur les matériaux énergétiques et l’électronique durcie.

L’objectif est clair : acquérir une position stratégique au niveau national. Pour y parvenir, le laboratoire, qui mobilise une quarantaine de chercheurs, ingénieurs et doctorants, s’appuie désormais sur un trio institutionnel élargi comprenant le CEA, le CNRS et l’Ensam. Cette synergie doit permettre de concevoir des technologies capables de fonctionner dans des conditions de plus en plus exigeantes. L’apport de l’Ensam (Arts et Métiers) se concentre spécifiquement sur la caractérisation mécanique des matériaux soumis à des contraintes extrêmes, tandis que le LAAS-CNRS apporte son expertise en microélectronique et en conception de circuits intégrés.

L’évolution technique : de la détonique à l’électronique durcie

Depuis sa création en 2015, le Licur a opéré un glissement thématique significatif. Initialement conçu comme un laboratoire de recherche commun entre le CEA-DAM et le LAAS-CNRS de Toulouse, le centre s’est d’abord concentré sur la compréhension des agressions à très fort gradient temporel.

L’histoire du laboratoire se découpe en étapes distinctes :

  • 2015 – 2020 : Une phase centrée sur la détonique, incluant l’étude des explosifs, la physique des chocs et la métrologie des ondes de choc aériennes. Les travaux ont porté sur l’utilisation de l’interférométrie laser et le développement de capteurs de pression à résolution nanoseconde pour mesurer la vitesse de détonation.
  • 2020 – 2025 : Une diversification vers l’électronique durcie — capable de résister aux radiations — ainsi que l’étude des mécanismes réactionnels et des nouveaux matériaux énergétiques libérant d’importantes quantités d’énergie. Cette phase a intégré l’étude des semi-conducteurs à large bande interdite (Wide Bandgap), notamment le nitrure de gallium (GaN) et le carbure de silicium (SiC), pour limiter les effets de dose ionisante totale (TID) et les événements singuliers (Single Event Effects – SEE).
  • 2026 – 2030 : L’intensification de ces recherches via de nouveaux partenariats pour accroître la fiabilité des systèmes. Le programme Licur III prévoit l’implémentation de techniques de “Radiation Hardened By Design” (RHBD) pour sécuriser les composants FPGA et les mémoires flash utilisés dans les systèmes de guidage.

Cette trajectoire montre que le Licur ne se contente plus d’observer le choc, mais cherche désormais à protéger les composants électroniques qui doivent survivre à ces événements. C’est un passage critique de l’analyse du phénomène à la protection du matériel.

Le rôle stratégique du centre CEA de Gramat pour la Défense

Pour comprendre l’importance du Licur, il faut regarder l’écosystème dans lequel il évolue. Le centre CEA de Gramat, situé dans le Lot, n’est pas un laboratoire académique classique. Rattaché à la Direction des applications militaires (DAM), il sert de bras technique pour la Direction générale de l’armement (DGA).

SpaceX Starlink 394 launch and Falcon 9 first stage landing, 7 June 2026

Le centre occupe une place centrale dans l’architecture de défense française. Il est reconnu comme le centre de référence pour deux domaines critiques : la vulnérabilité des infrastructures et des systèmes face aux effets des armes, et l’efficacité des armements conventionnels. À ce titre, Gramat gère des bancs d’essais spécialisés pour tester la résistance des équipements aux impulsions électromagnétiques (IEM) de forte intensité.

Au-delà des explosions et des radiations, Gramat apporte son expertise dans la lutte anti-drone, un domaine où la réactivité et la précision des capteurs — cœur de métier du Licur — sont déterminantes. Les recherches actuelles portent sur la réduction du temps de réponse des capteurs optroniques et radar pour le traitement des cibles à haute vélocité.

Le rôle stratégique du centre CEA de Gramat pour la Défense

L’enjeu actuel pour le ministère des Armées est de garantir que les systèmes de commande et de contrôle ne soient pas neutralisés par des impulsions électromagnétiques ou des radiations lors d’un conflit. En couplant la recherche sur les matériaux énergétiques et l’électronique durcie, le Licur s’attaque directement à ce point de vulnérabilité, en visant la suppression des erreurs de bit (bit-flips) induites par les particules ionisantes dans les processeurs critiques.

La réussite de Licur III dépendra de la capacité du laboratoire à transformer ces recherches fondamentales en applications concrètes pour la DGA. Le défi est de taille : créer des composants qui ne se contentent pas de survivre, mais qui restent opérationnels dans des environnements où la physique même des matériaux est poussée dans ses derniers retranchements.

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