L’Inde pourrait voir jusqu’à 132 millions de ses citoyens infectés par le COVID-19 dans l’année à venir, mettant à rude épreuve un système de santé déjà fragile et sous-financé. Cette situation souligne l’urgence de renforcer les infrastructures médicales et d’améliorer la surveillance épidémiologique dans le pays.
Avec une population estimée à 1,3 milliard d’habitants en 2020, représentant 18 % de la population mondiale, l’Inde est particulièrement vulnérable à la propagation rapide du virus. Les modélisations mathématiques de la dynamique des maladies infectieuses (modèle EPI) suggèrent qu’au moins 40 % de la population américaine pourrait être touchée, mais le professeur Lipsitch, épidémiologiste de l’école de santé publique de Harvard, estime que « 40 à 70 % des personnes dans le monde sont susceptibles d’être infectées par le COVID-19 au cours de l’année à venir ». En appliquant même un scénario conservateur de 10 % d’infection en Inde, cela représente 132 millions de cas potentiels.
Les conséquences pour le système de santé indien sont alarmantes. Selon des études, au moins 5 % des patients atteints de COVID-19 nécessitent une admission en soins intensifs, et 2,3 % ont besoin d’une ventilation mécanique. Or, l’Inde dispose d’environ 70 000 lits de soins intensifs, et seulement 30 000 ventilateurs. Cependant, des rapports indiquent que tous les ventilateurs ne sont pas opérationnels.
Si 2,3 % des 132 millions de personnes infectées nécessitaient une assistance respiratoire, près de 3 millions de ventilateurs seraient nécessaires, un chiffre bien au-delà des capacités actuelles du pays. À ce stade, il est clair que l’Inde n’est pas préparée à faire face à une pandémie de cette ampleur.
Le problème est exacerbé par le faible niveau de financement de la santé publique en Inde, qui représente environ 1,28 % du produit intérieur brut (PIB) – le plus faible pourcentage parmi les nations. Le gouvernement prévoit d’augmenter ces dépenses pour atteindre 2,5 % du PIB d’ici 2025, mais cet objectif pourrait s’avérer insuffisant compte tenu de la croissance démographique et des défis sanitaires croissants.
Pour améliorer la réponse à la pandémie, il est crucial d’intégrer les systèmes de santé grâce à un échange national d’informations sur la santé. Ces échanges d’informations (HIE) permettraient d’assurer l’interopérabilité entre les différents acteurs du secteur de la santé – soins primaires, secondaires et tertiaires, assureurs, laboratoires, décideurs politiques et chercheurs – en partageant des données cohérentes et fiables sur les patients.
Le partage d’informations en temps réel, notamment les antécédents médicaux, les allergies, les comorbidités et les symptômes respiratoires, faciliterait un diagnostic rapide et précis. La crise actuelle soulève également la question de l’étendue des données de santé à collecter, en incluant potentiellement des informations auto-déclarées par les patients, telles que les signes vitaux et les antécédents de voyage.
La capacité à suivre l’évolution du virus est également essentielle. Les virus comme le COVID-19 mutent à chaque réplication, ce qui rend nécessaire le partage d’échantillons avec les chercheurs et les professionnels de la santé pour comprendre l’épidémie et identifier les facteurs de risque. La création d’une biobanque nationale de génomique, stockant les données de biopsie des citoyens avec leur consentement, pourrait faciliter le développement de médicaments de précision.
Enfin, le Programme de surveillance intégrée des maladies (IDSP) en Inde doit être complété par une surveillance technologique en temps réel. Actuellement, les données sont collectées sur une base hebdomadaire, mais permettre aux hôpitaux de transmettre directement les données des consultations cliniques à la base de données de l’IDSP serait une étape cruciale. L’utilisation d’algorithmes de détection statistique multivariée pourrait également permettre d’identifier automatiquement les schémas anormaux et les foyers épidémiques en temps réel.
En intégrant les systèmes de santé et en améliorant la surveillance épidémiologique, l’Inde pourra mieux se préparer à faire face aux épidémies actuelles et futures, tout en assurant des soins cliniques complets à sa population.
