Publié le 2024-03-29. La multinationale Whirlpool annonce la fermeture de son usine de Pilar, en Argentine, entraînant la perte de 220 emplois, un symptôme de la crise industrielle que traverse le pays suite à l’ouverture des importations et aux mesures économiques du gouvernement Milei.
- Whirlpool ferme son usine argentine de Pilar, ouverte il y a seulement trois ans avec un investissement de 50 millions de dollars.
- L’ouverture des importations décrétée par le gouvernement Milei met sous pression le tissu industriel argentin, habitué à la protection.
- Plus de 17 000 entreprises ont fermé leurs portes en Argentine au cours des 18 premiers mois du mandat de Milei, entraînant la perte de plus de 236 000 emplois.
La décision de Whirlpool de cesser sa production en Argentine illustre les difficultés croissantes rencontrées par les entreprises locales et internationales dans un contexte économique en mutation rapide. L’entreprise américaine justifie cette fermeture par des coûts de production trop élevés et une concurrence accrue des produits importés, des arguments similaires à ceux avancés par de nombreuses autres sociétés ces derniers mois.
L’usine de Pilar, inaugurée il y a trois ans après un investissement de 50 millions de dollars (environ 46 millions d’euros), était censée produire 300 000 machines à laver par an. Cependant, selon Whirlpool, les coûts de production en Argentine ont rendu impossible l’exportation de 70 % de sa production, comme initialement prévu. De plus, la concurrence des produits importés a réduit les marges sur les ventes locales. Les prix des appareils électroménagers ont ainsi chuté de 20 % en moyenne, selon les données du cabinet de conseil NielsenIQ.
Whirlpool prévoit de maintenir une présence commerciale en Argentine, mais en se concentrant sur la vente d’appareils importés plutôt que sur la fabrication locale. Cette annonce s’inscrit dans un contexte plus large de déclin industriel, avec des fermetures d’usines et des licenciements annoncés récemment chez Essen (ustensiles de cuisine), Color Living (mobilier) et DBT (générateurs électriques), connue sous le nom de Cramaco, à Sastre, Santa Fe.
Selon un rapport du Centre argentin d’économie politique, basé sur les données de la Surintendance des risques professionnels (SRT), 17 063 entreprises de plus ont fermé que celles qui ont ouvert en Argentine au cours des 18 premiers mois du mandat de Javier Milei, soit une moyenne de 28 fermetures par jour. Cela représente une perte nette de 236 845 emplois. Les secteurs de la construction et de l’industrie manufacturière sont particulièrement touchés.
Les entrepreneurs argentins réclament des réformes fiscales et du travail pour améliorer leur compétitivité. Ils mettent également en garde contre l’appréciation du peso par rapport au dollar, une politique menée par Milei qui rend la production argentine plus coûteuse et complique les exportations. La hausse des taux d’intérêt rend également l’accès au crédit plus difficile.
Martín Rappallini, président de l’Union industrielle argentine (UIA), a reconnu que l’Argentine doit s’ouvrir au monde et devenir compétitive, mais a souligné la nécessité de politiques visant à réduire les coûts de production. Il a estimé que produire en Argentine coûte entre 25 et 30 % plus cher qu’au Brésil en raison de la pression fiscale, du manque d’infrastructures et de la législation du travail.
« Aucun pays au monde ne s’est développé industriellement en fermant son économie. Cela n’existe pas. L’intégration est la voie à suivre. Mais des politiques fortes doivent être mises en place pour corriger les distorsions qui ont été créées. »
Martín Rappallini, président de l’Union industrielle argentine (UIA)
La capacité installée de l’industrie manufacturière argentine était de seulement 61,1 % en septembre, selon l’Indec, l’institut national des statistiques. Ce chiffre est comparable à celui observé en pleine pandémie en 2020 (60,8 %).
Le secteur textile est particulièrement vulnérable, avec une capacité d’utilisation de seulement 44,4 %, en baisse de cinq points par rapport à 2024 et de près de 15 points par rapport à novembre 2023. Ce secteur peine à rivaliser avec les prix des vêtements importés de Chine, notamment via des plateformes de commerce en ligne comme Temu et Shein.
Selon ProTejer, près de 15 000 emplois formels ont déjà été perdus dans le secteur textile. Rappallini dénonce une concurrence déloyale, notamment en raison de l’absence de taxes sur certains produits importés.
Le gouvernement Milei prévoit de proposer des réformes du travail et des impôts dans la seconde moitié de son mandat, dans l’espoir de stimuler l’activité économique. Cependant, la reprise dépendra également de l’amélioration du pouvoir d’achat des Argentins.
