Home NouvellesL’industrie de l’IA utilise le modèle de crypto-monnaie pour influencer les élections de mi-mandat 2026

L’industrie de l’IA utilise le modèle de crypto-monnaie pour influencer les élections de mi-mandat 2026

by Nicolas Lefèvre

Les géants du capital-risque Marc Andreessen et Ben Horowitz, figures influentes de la Silicon Valley, ont mis en place une stratégie d’influence politique agressive, d’abord dans le secteur de la cryptomonnaie, et s’apprêtent désormais à l’étendre à l’intelligence artificielle (IA). Leur objectif : façonner la réglementation et protéger leurs investissements, quitte à exercer une pression considérable sur les élus.

Il y a tout juste onze mois, Andreessen et Horowitz ont lancé Fairshake, un super PAC (comité d’action politique) dédié à l’élection de responsables favorables à la cryptomonnaie et à la défaite de leurs détracteurs. L’investissement a porté ses fruits : les deux associés ont chacun contribué 22 millions de dollars (environ 20,2 millions d’euros) à ce comité, qui a notamment permis d’assurer l’élection d’un allié de la cryptomonnaie au Sénat de Californie et de déloger Sherrod Brown, président du comité sénatorial des banques et opposant à la cryptomonnaie, dans l’Ohio, au profit de Bernie Moreno.

Forte de ce succès, l’équipe d’a16z estime que cette influence politique doit devenir une constante. Ils préparent désormais un nouveau front : l’intelligence artificielle. En août dernier, Andreessen et Horowitz ont annoncé la création de Leading the Future (LTF), un autre super PAC visant à positionner les États-Unis en tête mondiale en matière d’innovation, de développement et de gouvernance de l’IA. Ce nouveau véhicule d’influence a déjà récolté 100 millions de dollars (environ 92,5 millions d’euros) de la part de personnalités influentes telles que Greg Brockman, président d’OpenAI, Joe Lonsdale, cofondateur de Palantir, le capital-risqueur Ron Conway et la société de moteurs de recherche d’IA Perplexity.

LTF s’appuie sur une équipe expérimentée : Zac Moffatt, PDG d’une société de conseil républicaine, et Josh Vlasto, ancien chef de cabinet du gouverneur de New York Andrew Cuomo. Moffatt a notamment facilité les contacts entre Andreessen et Tim Scott, président du comité sénatorial des banques et fervent défenseur de la cryptomonnaie. Vlasto, quant à lui, a été le porte-parole de Fairshake et des organisations associées depuis leur création.

La stratégie de LTF semble calquée sur celle de Fairshake : investir massivement dans des courses clés pour influencer les élections et intimider les législateurs susceptibles de soutenir une réglementation contraignante. Fairshake a ainsi évité de mentionner la cryptomonnaie dans ses publicités, se concentrant sur des thèmes plus larges comme la sécurité des frontières ou le coût de l’assurance maladie, tout en faisant comprendre aux élus les conséquences d’une position défavorable à l’industrie. Cette approche a permis à l’industrie de la cryptomonnaie d’obtenir des victoires législatives significatives, notamment des exemptions aux lois sur la protection des consommateurs.

En janvier 2027, LTF pourrait obtenir des exemptions similaires pour l’industrie de l’IA, soulageant les entreprises des contraintes liées à la protection de la vie privée, à la sécurité des chatbots et à la hausse des coûts énergétiques. Le PAC a déjà ciblé Alex Bores, un législateur new-yorkais co-sponsor d’un projet de loi réglementant l’IA, qu’il considère comme une menace pour la compétitivité américaine.

« Des projets de loi comme la loi RAISE menacent la compétitivité américaine, limitent la croissance économique, exposent les utilisateurs à l’influence et à la manipulation étrangères et compromettent notre sécurité nationale », a déclaré LTF.

L’industrie de l’IA bénéficie d’un environnement politique plus favorable que la cryptomonnaie, notamment grâce au soutien de Donald Trump, dont Andreessen aurait conseillé l’équipe lors de la formation de son administration. David Sacks, un autre investisseur en cryptomonnaie, a été nommé « tsar de la cryptomonnaie et de l’IA » à la Maison Blanche.

La Maison Blanche préparerait un décret préemptant la réglementation étatique de l’IA, garantissant ainsi que des États comme la Californie et New York ne puissent pas combler le vide laissé par l’absence de réglementation fédérale. Un autre décret exemptait fonctionnellement les centres de données des examens environnementaux, facilitant leur construction sur des terres fédérales.

Sacha Haworth, directeur exécutif du Tech Oversight Project, souligne que l’industrie de l’IA ne vise qu’une chose : « zéro loi, zéro responsabilité. Le peuple américain n’est pas d’accord avec son programme, et c’est pourquoi les PDG des grandes technologies investissent beaucoup d’argent dans les efforts visant à abroger et à neutraliser les lois aux niveaux fédéral, étatique et international. »

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