Publié le 24 octobre 2023. L’influence de l’Irlande à Washington est remise en question, selon une nouvelle étude, qui alerte sur les risques pour son modèle économique face à une politique étrangère américaine de plus en plus divergente.
- Un rapport d’un groupe de réflexion londonien, Policy Exchange, estime que l’influence irlandaise aux États-Unis est en déclin.
- Cette érosion est liée aux priorités de l’administration Trump et au manque d’investissement de l’Irlande dans sa propre défense.
- La position irlandaise sur Israël et ses liens croissants avec la Chine sont également pointées du doigt.
L’Irlande voit son influence à Washington s’amenuiser, et son modèle économique pourrait en pâtir, selon une analyse récente du groupe de réflexion Policy Exchange. Le rapport, intitulé « Peak Ireland? », dresse un portrait nuancé du succès irlandais à courtiser les investissements américains grâce à une fiscalité avantageuse et à une diplomatie efficace, mais souligne que ces atouts sont désormais menacés par un contexte géopolitique en mutation.
Policy Exchange, un think tank de droite souvent critiqué pour son manque de transparence concernant ses sources de financement, estime que l’Irlande a longtemps su tirer parti de son héritage culturel et de ses liens avec la diaspora irlandaise aux États-Unis pour obtenir un traitement de faveur. Le rapport note que les diplomates irlandais ont été particulièrement habiles à défendre les intérêts de Dublin, notamment après le Brexit, où ils ont été perçus comme ayant « déjoué les Britanniques » à Bruxelles et à Washington.
Cependant, l’étude met en garde contre une complaisance excessive. L’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche a introduit un nouvel élément de risque. Le programme économique du président américain, axé sur le protectionnisme et la réduction des avantages fiscaux, représente un défi direct pour le « miracle économique » irlandais, qui repose en partie sur l’attractivité fiscale du pays pour les multinationales américaines.
Le rapport souligne également le faible niveau d’investissement de l’Irlande dans sa propre défense – à peine 0,2 % du PIB – et son choix de rester neutre en matière militaire, s’appuyant sur la protection offerte par les États-Unis, le Royaume-Uni et d’autres pays européens.
« L’administration Trump et le peuple américain attendent un meilleur partage des charges de la part de nos alliés et partenaires. Une grande partie de l’Europe intensifie ses efforts, mais l’Irlande ne contribue presque pas à la défense des régions atlantiques et européennes dont elle profite tant… »
Robert O’Brien, ancien conseiller à la sécurité nationale de l’administration Trump
La politique étrangère irlandaise est également scrutée de près. Le rapport critique la position de l’Irlande sur Israël, jugée trop critique par Washington, et s’inquiète de la proximité croissante de Dublin avec la Chine, sans tenir compte des préoccupations américaines en matière de droits de l’homme.
« L’Irlande est à l’avant-garde des allégations de génocide contre Israël et est historiquement l’une des nations les plus hostiles à Israël dans le monde occidental. Pendant ce temps, alors qu’elle recherche des investissements américains, elle se rapproche de la Chine, sans se soucier apparemment du bilan de la Chine en matière de droits de l’homme. »
Robert O’Brien, ancien conseiller à la sécurité nationale de l’administration Trump
Le rapport conclut que l’Irlande se trouve dans une situation délicate, tiraillée entre ses ambitions en matière de politique étrangère et la nécessité de préserver ses intérêts économiques. Selon Policy Exchange, Dublin doit faire preuve de plus de prudence et s’aligner davantage sur les priorités de l’administration Trump pour éviter de compromettre les bénéfices tirés de son influence passée à Washington.
