Publié le 15 octobre 2025 17:34:00. Des inhibiteurs de points de contrôle immunitaires, déjà utilisés en oncologie, pourraient avoir un rôle insoupçonné dans la réparation des tissus, ouvrant des perspectives prometteuses pour le traitement de la fibrose et des plaies chroniques, selon des recherches de l’Université de Zurich.
- L’équipe de l’UZH a identifié que l’inhibiteur TIGIT favorise la production d’un facteur de croissance essentiel à la régénération des tissus après une infection virale.
- Des souris dépourvues du gène TIGIT ont développé des lésions tissulaires plus importantes lors d’une infection, notamment au niveau des vaisseaux sanguins et du foie.
- Cette découverte pourrait conduire à de nouvelles approches thérapeutiques pour accélérer la cicatrisation et lutter contre la fibrose.
Longtemps considérés comme des outils de lutte contre le cancer, les inhibiteurs de points de contrôle immunitaires révèlent désormais une facette inattendue. Des chercheurs de l’Université de Zurich (UZH) ont mis en évidence leur capacité à stimuler la cicatrisation des tissus, une découverte qui pourrait révolutionner la prise en charge de pathologies telles que la fibrose et les plaies chroniques.
Le système immunitaire est doté de mécanismes naturels pour éviter qu’une réponse immunitaire ne devienne excessive. Ces « points de contrôle » agissent comme des freins, situés à la surface de certaines cellules immunitaires. En oncologie, on désactive souvent ces inhibiteurs pour permettre au système immunitaire d’attaquer plus efficacement les cellules tumorales. Des études antérieures avaient déjà suggéré que l’un de ces inhibiteurs, TIGIT, offrait une certaine protection contre les lésions tissulaires chez les souris infectées par des virus.
« Nous soupçonnions que TIGIT était également impliqué dans la réparation des tissus. Cependant, les mécanismes sous-jacents restaient jusqu’à présent totalement inconnus. »
Nicole Joller, professeure d’immunologie, département de biomédecine quantitative, Université de Zurich (UZH)
L’équipe dirigée par Nicole Joller a récemment élucidé la voie de signalisation par laquelle TIGIT favorise la réparation tissulaire. Leurs investigations, menées sur des souris infectées par le virus des rongeurs LCMV, ont révélé que les souris dépourvues du gène TIGIT développaient des lésions tissulaires plus importantes, en particulier au niveau des parois des vaisseaux sanguins et du foie. Cette observation confirme le rôle protecteur de TIGIT contre les dommages.
En comparant les cellules immunitaires avec et sans TIGIT, les chercheurs ont constaté que seules celles équipées de l’inhibiteur de point de contrôle produisaient un facteur de croissance spécifique en réponse à l’infection virale. Ce facteur de croissance active une cascade de mécanismes de réparation et joue un rôle central dans la régénération des tissus. Des expériences complémentaires ont permis de démontrer que TIGIT régule positivement l’expression du gène codant pour ce facteur de croissance.
« Nos résultats montrent que TIGIT stimule la production d’un facteur de croissance dans les cellules immunitaires, un élément essentiel à la réparation des tissus après une infection virale », explique Nicole Joller. L’équipe a ainsi mis en évidence une fonction jusqu’alors inconnue des inhibiteurs de points de contrôle.
Cette découverte apporte un nouvel éclairage sur l’équilibre délicat entre la défense immunitaire et la protection des tissus. Les travaux de l’équipe de l’UZH pourraient contribuer à mieux comprendre les effets délétères des infections virales sur les tissus, notamment les dommages observés lors de la grippe ou de la COVID-19, affectant les parois des vaisseaux sanguins, le foie et les poumons.
Nicole Joller entrevoit également des perspectives thérapeutiques prometteuses pour d’autres affections touchant les tissus, telles que les plaies chroniques ou la fibrose hépatique, caractérisée par une accumulation de tissu cicatriciel. « Nous pourrions potentiellement activer le point de contrôle TIGIT pour accélérer le processus de régénération », suggère-t-elle.
Source:
Référence de l’article :
Panetti, C., et al. (2025). The co-inhibitory receptor TIGIT promotes protective tissue functions in T cells. Nature Immunology. doi.org/10.1038/s41590-025-02300-w