Home AffairesL’investissement passif augmente à mesure que les fonds obligataires dépassent les actions sur le marché britannique

L’investissement passif augmente à mesure que les fonds obligataires dépassent les actions sur le marché britannique

by Amélie Bernard

L’attrait croissant des fonds indiciels passifs, tant en actions qu’en obligations, soulève des questions sur la concentration des risques et la pertinence de la gestion active. Si l’investissement passif continue de gagner du terrain, notamment en période de turbulences, il est essentiel d’examiner les nuances de cette tendance et ses implications pour les investisseurs.

En octobre 2025, les fonds d’actions passifs représentaient 40,9 % de l’ensemble des actifs de cette classe, un chiffre significatif mais inférieur aux 63,2 % observés aux États-Unis. La transition vers les fonds indiciels obligataires et les ETF (Exchange Traded Funds) a été plus rapide, en particulier après les secousses du marché obligataire en 2022. À ce stade, les fonds obligataires passifs détiennent désormais 43,5 % du marché britannique, dépassant ainsi leurs homologues actions.

La perception selon laquelle les fonds passifs sont moins risqués que les fonds gérés activement est à nuancer. Le risque de concentration, c’est-à-dire la proportion d’investissements concentrés sur un nombre limité d’actifs, de secteurs ou de régions, est un facteur clé à considérer. Par exemple, les États-Unis représentent près de 63,01 % de l’indice FTSE All-World au 31 octobre 2025, contre 44,42 % en décembre 2008. En 2024, la performance des États-Unis a été particulièrement forte, ce qui a profité aux investisseurs exposés à ce marché.

Cette concentration s’observe également au sein des marchés individuels, notamment avec les actions des “Magnificent Seven” (les sept grandes entreprises technologiques américaines) qui représentaient 36,6 % de la capitalisation boursière totale à fin octobre. En comparaison, ces sept valeurs ne représentaient que moins de 18 % à fin 2008.

Les fonds gérés activement, en moyenne, présentent un niveau de concentration comparable à celui des fonds passifs, bien que certains gestionnaires de fonds puissent adopter des stratégies d’investissement très différentes de l’indice de référence.

L’erreur de suivi (TE), qui mesure l’écart type des rendements d’un fonds par rapport à son indice de référence, est un indicateur important pour évaluer le risque. Une TE supérieure à 2 % pour les fonds actions est généralement considérée comme le signe d’une gestion active. Cependant, ce seuil peut varier en fonction de la classe d’actifs et des conditions de marché.

Selon les données de Lipper, l’erreur de suivi moyenne de tous les fonds communs de placement d’actions gérés activement disponibles pour les investisseurs britanniques est de 1,7 %. Seuls 29,9 % des fonds présentent une TE de 2 % ou plus. Le premier quintile affiche une TE de 2,92 %, tandis que le deuxième quintile se situe à 1,99 %. Seul le premier quintile dépasse donc le seuil traditionnellement associé à la gestion active.

Un investisseur peut souhaiter une gestion active avec une faible TE, par exemple, un fonds de pension qui souhaite suivre un indice de référence tout en excluant certains secteurs d’activité, comme le tabac ou le charbon. Les investisseurs institutionnels ont tendance à privilégier le risque actif, tandis que les exigences des clients particuliers peuvent être différentes.

Il est essentiel que les clients ne paient pas pour une gestion active qui se révèle passive, ou qui n’apporte que peu de valeur ajoutée. Cependant, il est également légitime de se demander si une TE plus élevée se traduit nécessairement par de meilleures performances. Comme le disait Warren Buffett : « Nous ne sommes pas payés pour être occupés, nous sommes payés pour avoir raison. »

Une analyse de la corrélation entre l’erreur de suivi et les rendements des fonds sur trois et cinq ans dans la classification Lipper’s Equity Global a révélé une corrélation négative, bien que faible (inférieure à -0,2). Ce résultat n’est pas surprenant dans un contexte où les rendements sont largement dominés par un petit nombre de méga-capitalisations. Tenter de se différencier de ces géants peut avoir un coût, en particulier sur les marchés américains et mondiaux.

Les indices obligataires sont plus difficiles à répliquer que les indices actions en raison de problèmes de liquidité et de rotation. Les gestionnaires de fonds obligataires actifs critiquent les fonds obligataires passifs, car les indices accordent une pondération importante aux émissions les plus endettées, ce qui signifie que les entités les plus fragiles financièrement détiennent les positions les plus importantes dans les indices traditionnels.

Cependant, il existe des alternatives d’indice qui privilégient la qualité. Par exemple, l’indice FTSE Debt-Capacity World Global Bond accorde une pondération plus importante aux pays dont le ratio dette/PIB et les coûts du service de la dette sont inférieurs. Les États-Unis ont ainsi un poids inférieur de 15 % dans le DCWGBI par rapport au WGBI “vanille”. Des indices similaires existent pour les obligations d’entreprises, mais semblent avoir suscité moins d’intérêt de la part des fournisseurs de fonds.

En conclusion, il n’y a pas de solution unique en matière d’investissement actif ou passif. Il existe plutôt un continuum entre les deux approches, et de nombreux clients, en particulier les institutions, recherchent un équilibre entre les deux.

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