Publié le 2024-02-29 10:30:00. L’Asie du Sud-Est, région regroupant un quart de la population mondiale, célèbre quinze ans sans cas de poliomyélite sauvage, tout en tirant parti de son expérience pour renforcer la santé publique et lutter contre d’autres maladies infantiles.
- La région de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) de l’Asie du Sud-Est est certifiée exempte de poliomyélite depuis 2014.
- Une surveillance rigoureuse, incluant l’analyse d’échantillons de selles et la surveillance environnementale, est maintenue pour prévenir toute réapparition du virus.
- Les infrastructures et les compétences développées pour l’éradication de la polio sont désormais utilisées pour améliorer la vaccination et lutter contre d’autres maladies.
Quinze années se sont écoulées depuis le dernier cas de poliovirus sauvage enregistré dans la région OMS de l’Asie du Sud-Est. Ce succès majeur, qui concerne une population de plus de 1,8 milliard d’habitants, témoigne de l’efficacité d’une stratégie de lutte ambitieuse et durable. La région continue de bénéficier de cette victoire en adaptant les leçons apprises pour relever d’autres défis de santé publique.
« Cette réalisation extraordinaire est le fruit d’efforts sans précédent et démontre ce qui peut être accompli grâce à un leadership gouvernemental fort, à un personnel de santé dévoué et à des partenariats solides, notamment avec les communautés », a déclaré le Dr Catharina Boehme, responsable de la région OMS de l’Asie du Sud-Est.
Le dernier cas de poliovirus sauvage dans la région remonte à 2011, lorsqu’une fillette de 18 mois a été paralysée à Howrah, dans le Bengale occidental, en Inde. La réponse rapide et intensive qui a suivi a permis d’éradiquer le virus et a conduit à la certification de la région comme exempte de poliomyélite le 27 mars 2014.
Aujourd’hui, la vigilance reste de mise. Les pays de la région continuent de surveiller étroitement les risques d’importation du poliovirus et de protéger les enfants grâce à des campagnes de vaccination régulières. En 2023, plus de 50 000 échantillons de selles ont été collectés et analysés par un réseau de 13 laboratoires accrédités par l’OMS, incluant des laboratoires de référence nationaux, régionaux et mondiaux. Cette surveillance dépasse les normes requises pour maintenir la certification.
Pour détecter toute éventuelle transmission du poliovirus, une surveillance environnementale est également menée sur 93 sites situés dans des zones à haut risque de cinq pays de la région.
Selon les estimations annuelles de l’OMS/UNICEF sur la couverture vaccinale nationale (WUENIC), la région maintient un niveau élevé d’immunité grâce à une couverture vaccinale stable et supérieure à 90 % pour le vaccin antipoliomyélitique oral bivalent et pour au moins une dose de vaccin antipoliomyélitique inactivé. Cette couverture a été préservée même pendant les crises humanitaires, les catastrophes naturelles et la pandémie de COVID-19.
La Commission régionale de certification pour l’éradication de la poliomyélite de l’Asie du Sud-Est (SEA-RCCPE) assure un contrôle indépendant en évaluant chaque année les progrès des pays et en vérifiant le maintien du statut exempt de poliomyélite de la région.
L’expérience acquise dans la lutte contre la polio a des retombées positives bien au-delà de cette seule maladie. Les pays membres ont mis à profit les innovations, les systèmes et les leçons opérationnelles pour renforcer la vaccination systématique, faire avancer l’élimination de la rougeole et de la rubéole, améliorer les capacités des laboratoires de santé publique et la préparation aux situations d’urgence. Ces efforts ont contribué à élargir la couverture vaccinale de routine et à atteindre des communautés auparavant non desservies.
Des progrès significatifs ont également été réalisés dans la lutte contre d’autres maladies évitables par la vaccination, notamment le tétanos maternel et néonatal. L’introduction et le renforcement des vaccins contre la pneumococcie, le rotavirus, l’hépatite B, l’encéphalite japonaise, la typhoïde et le virus du papillome humain contribuent à réduire la mortalité et la morbidité à long terme.
Le Dr Boehme a souligné que tant que la polio existera quelque part dans le monde, le risque d’importation restera présent. Elle a insisté sur la nécessité de maintenir une couverture vaccinale élevée, une surveillance efficace et des capacités de réponse rapide, non seulement pour la polio, mais aussi pour toutes les maladies évitables par la vaccination.
« Le passage de l’endémicité de la poliomyélite à un statut durable d’absence de poliomyélite démontre que des objectifs ambitieux de santé publique sont réalisables. »
Dr Catharina Boehme, responsable de la région OMS de l’Asie du Sud-Est
L’OMS réaffirme son engagement à aider les pays à protéger chaque enfant grâce à des systèmes de vaccination solides et à faire progresser l’élimination des maladies dans la région.
