Home DivertissementLong-métrage « L’Étranger » d’après Albert Camus : ne rien faire et fumer

Long-métrage « L’Étranger » d’après Albert Camus : ne rien faire et fumer

by Antoine Girard

Publié le 30 décembre 2025 16h14. La nouvelle adaptation cinématographique du roman culte d’Albert Camus, « L’Étranger », réalisée par François Ozon, explore l’indifférence glaçante de son protagoniste, un personnage qui résonne étrangement avec les diagnostics modernes de psychopathie et de narcissisme.

  • Le film, tourné en noir et blanc, revisite l’histoire de Meursault, un homme qui commet un meurtre apparemment sans mobile en Algérie.
  • François Ozon s’inspire subtilement de l’adaptation précédente de Luchino Visconti, tout en apportant sa propre interprétation visuelle et thématique.
  • L’œuvre interroge la notion d’humanité et d’empathie, et soulève des questions sur le racisme et le colonialisme.

L’adaptation de François Ozon de « L’Étranger » d’Albert Camus, présentée à la Mostra de Venise à l’été 2025, plonge le spectateur dans l’univers froid et distant de Meursault, un personnage dont l’indifférence face à la vie et à la mort interroge les fondements de la morale et de l’empathie. Le film, qui suit de près le roman publié en 1942, explore les motivations obscures d’un homme qui tue un Arabe sur une plage algérienne, et les conséquences de cet acte sur son destin.

Le réalisateur, conscient de la complexité du personnage, a expliqué qu’il ne souhaitait pas proposer une analyse psychologique approfondie, mais plutôt explorer l’énigme de son inconnu. Il s’intéresse à l’aspect non-catégorisable de Meursault, à son incapacité à se conformer aux normes sociales et émotionnelles. Comme le souligne le film, ce diagnostic à distance en termes de « triade noire » (psychopathie, narcissisme, machiavélisme) est une approche moderne qui ne doit pas nécessairement être déterminante.

L’histoire débute avec la mort de la mère de Meursault à Alger. Il assiste aux funérailles avec une froideur déconcertante, se contentant d’observer les rites et les conventions sociales sans ressentir de véritable émotion. Il entame ensuite une relation superficielle avec Marie, une ancienne collègue, avec qui il partage des moments de plaisir éphémère, sans jamais exprimer d’amour ou d’attachement.

Le film met en scène un Meursault interprété par Benjamin Voisin, qui parvient à incarner un mélange troublant d’attraction, de mystère et de mépris. Rebecca Marder, dans le rôle de Marie, offre une performance plus nuancée et expressive, incarnant une femme qui, malgré l’indifférence de son amant, ne peut s’empêcher d’être attirée par son énigme.

Ozon rend hommage à l’adaptation de Visconti, réalisée en 1967, en reprenant certains éléments visuels et thématiques. Il s’inspire notamment de la manière dont Visconti suggérait l’homoérotisme latent du personnage de Meursault à travers des regards voilés et des corps négligemment exposés. Cependant, Ozon opte pour le noir et blanc, une décision qui confère au film une atmosphère plus froide et plus distante, et qui souligne la « couleur » nihiliste avec laquelle Meursault observe le monde.

Le choix du noir et blanc ancre également l’histoire dans une époque révolue, à la fin des années 1930, et s’accorde avec les images d’archives qui illustrent l’occupation de l’Algérie par la France. Plus important encore, le film met en lumière les nuances du roman concernant le racisme et le classisme de la puissance coloniale, en donnant un nom à la victime, Moussa Hamdani, et en montrant comment les Algériens observent et influencent le comportement de « l’étranger », le Français.

La mise en scène d’Ozon est soignée et immersive, capturant les odeurs, les bruits et la chaleur étouffante d’Alger. La photographie de Manuel Dacosse est particulièrement remarquable, créant une atmosphère à la fois sensuelle et oppressante. La bande originale de Fatima Al Quadiri contribue également à l’ambiance générale du film, avec ses mélodies orchestrales envoûtantes.

Le film culmine avec le meurtre de l’Arabe sur la plage, un acte qui semble déclenché par le soleil aveuglant et l’absurdité de l’existence. En prison, Meursault continue de faire preuve d’indifférence envers son sort, refusant de se repentir ou de chercher la clémence. Son chemin le mène inévitablement à la potence, un destin qu’il accepte avec une résignation stoïque.

Comme Visconti avant lui, Ozon met l’accent sur le dialogue final entre Meursault et un prêtre, au cours duquel le protagoniste affirme son athéisme et son rejet de toute forme de foi. Cette affirmation scelle son destin et le prive de tout espoir de pardon.

« L’Étranger » de François Ozon est un film captivant et troublant qui interroge les limites de l’humanité et la nature de l’absurde. Il s’agit d’une adaptation fidèle et inventive du roman de Camus, qui ne manquera pas de susciter la réflexion et le débat.

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En écho à l’atmosphère du film, on pourrait évoquer l’hommage rendu par Marcello Mastroianni, dont le regard dubitatif rappelle celui de Voisin, et la référence à The Cure et son tube existentialiste « Killing an Arab », qui résonne de manière troublante avec les thèmes du film.

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