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Lucía Nuñovero : « Le président Jeri est issu d’une classe politique ambivalente, qui flirte avec les grands intérêts criminels et les favorise » | nouvelles | Politique

by Clara Dubois

Publié le 26 décembre 2025 à 12h00. Un nouveau livre décrypte les mécanismes d’infiltration du crime organisé, notamment du « Tren de Aragua », au Pérou, révélant une porosité croissante entre les réseaux criminels et les institutions de l’État.

  • Le Pérou est confronté à une montée en puissance du crime organisé, avec une infiltration dans tous les niveaux de la société.
  • Le « Tren de Aragua », organisation criminelle vénézuélienne, est particulièrement préoccupant en raison de sa capacité à s’implanter et à étendre ses activités.
  • Des faiblesses institutionnelles, un manque d’investissement et une corruption généralisée entravent la lutte contre ces organisations.

Le livre « Le train Aragua et le crime organisé en Amérique latine », fruit du travail de José Luis Pérez Guadalupe, Lucie Nuñovero Cisneros et Guillermo Coronado Sialer, publié au second semestre 2025, offre une analyse approfondie de ce phénomène. Lucie Nuñovero Cisneros, spécialiste en criminologie, a accordé une interview à La República pour éclairer les facteurs qui ont permis à ces organisations criminelles de prospérer au Pérou.

Selon Mme Nuñovero, des « unités spécialisées » sont nécessaires pour contrer cette menace. Il s’agit de renforcer les services d’enquête criminelle, de poursuite, de renseignement financier et patrimonial, ainsi que les opérations spéciales. Cependant, elle souligne un problème majeur : « une désinstitutionnalisation dans le secteur de l’Intérieur ». « Pour l’instant, le gouvernement ne veut pas le voir, il ne veut pas y toucher, il est distrait par la question de la réforme de l’INPE [Institut national des prisons] », déplore-t-elle.

L’aspect financier est également crucial. Les unités spécialisées nécessitent des investissements importants en technologies, logiciels et analyses, ainsi qu’une coordination étroite avec le secteur privé, détenteur d’informations précieuses. « Avec un chiffre de 13 milliards de soles par an depuis 2017, ce n’est pas hors de nos possibilités », assure la criminologue, mais elle insiste sur un « problème de gestion » qui empêche tout progrès.

Mme Nuñovero met en garde contre une corruption endémique qui affecte tous les niveaux de l’État : « Le ministère public, le système judiciaire et la police ont besoin d’organes de contrôle internes solides. Ne permettez pas la génération de machinations et de ces connivences internes qui minent de plus en plus l’institution. » Elle alerte sur le fait que les commissariats et les Depincri (divisions d’investigation criminelle) sont de plus en plus contrôlés par le crime organisé, concluant des accords et s’associant ouvertement.

L’origine de cette vague criminelle est également abordée. La migration est un facteur clé, avec l’arrivée de groupes criminels transnationaux comme le « Tren de Aragua », mais aussi les Choneros et le Comando Rojo en Amazonie. Cependant, la faiblesse institutionnelle de la police péruvienne est un facteur aggravant. Mme Nuñovero évoque un projet antérieur, « Perú Seguro », financé par la Banque interaméricaine de développement, qui a été marqué par des achats mal orientés et des irrégularités.

Elle souligne également une « tolérance culturelle à l’égard des économies criminelles », citant l’exemple de l’exploitation minière illégale à Pataz, qui dure depuis plus de 20 ans, et le financement de cette activité par des acteurs politiques depuis l’époque d’Ollanta Humala. Elle rappelle que des lois favorisant l’exploitation minière illégale ont été adoptées sous son gouvernement.

Concernant le « Tren de Aragua », Mme Nuñovero explique qu’il recherche des marchés où il peut s’implanter facilement, attirés par le dynamisme entrepreneurial et informel des Péruviens, ainsi que par le manque de protection policière et la corruption. Contrairement à l’Argentine, où il n’y a pas de besoin de « piller » en raison d’une situation économique différente, le Pérou offre des opportunités pour ce type d’activités.

La réouverture du Frontón, annoncée par la présidente Dina Boluarte, est jugée insuffisante. « C’est de la fumée », affirme la criminologue, soulignant la nécessité de bons centres pénitentiaires et d’une augmentation des sanctions.

Enfin, Mme Nuñovero critique l’attitude du président José Jeri, qu’elle compare à celle de Bukele, mais souligne que sa proximité avec des intérêts criminels et sa provenance d’une classe politique corrompue compromettent son efficacité. Elle insiste sur la nécessité de purger la police des éléments corrompus, de renforcer les unités d’élite et d’améliorer le système judiciaire pour garantir des peines efficaces et rapides contre le crime organisé.

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