Home MondeLucy n’est plus seule aux origines humaines. Un pied fossile révèle une espèce inconnue qui marchait debout à côté de lui et nous oblige à réécrire notre arbre évolutif

Lucy n’est plus seule aux origines humaines. Un pied fossile révèle une espèce inconnue qui marchait debout à côté de lui et nous oblige à réécrire notre arbre évolutif

by Clara Dubois

Publié le 29 novembre 2025 18:57:00. Une découverte en Éthiopie remet en question les certitudes établies depuis cinquante ans sur l’évolution humaine : une nouvelle espèce d’hominidé bipède, Australopithecus deyiremeda, cohabitait avec Lucy il y a 3,5 millions d’années, révélant un arbre généalogique bien plus complexe qu’imaginé.

  • L’analyse de fragments d’os de pied révèle l’existence d’une espèce humaine inconnue, Australopithecus deyiremeda.
  • Cette espèce marchait sur deux jambes en même temps que Lucy (Australopithecus afarensis), contredisant l’idée d’une lignée unique à cette époque.
  • La découverte suggère que l’évolution humaine n’était pas linéaire mais plutôt un ensemble de branches parallèles et de coexistences.

La paléoanthropologie est en ébullition. Des fragments d’os de pied, découverts sur le site de Woranso-Mille en Éthiopie, ont révélé l’existence d’une espèce humaine jusqu’alors inconnue. Loin d’être un simple ajout à l’arbre généalogique, cette découverte, publiée dans la revue Nature, bouleverse notre compréhension des origines de l’humanité.

Tout a commencé avec l’analyse de huit petits os du pied – des phalanges, des articulations et des fragments – initialement attribués à la lignée de Lucy, l’emblématique Australopithecus afarensis. Mais les nouvelles analyses morphologiques ont révélé des proportions et une structure des articulations distinctes, incompatibles avec l’espèce de Lucy. Ces os appartenaient en réalité à Australopithecus deyiremeda, un hominidé bipède qui partageait le même environnement qu’Lucy il y a environ 3,5 millions d’années.

Cette cohabitation est une véritable révolution. Pendant des décennies, Lucy a été considérée comme l’ancêtre commun à partir duquel toutes les branches ultérieures de l’évolution humaine ont divergé. La découverte d’A. deyiremeda remet en question cette hypothèse, suggérant que plusieurs espèces humaines coexistaient et évoluaient simultanément au Pliocène.

Ce qui rend A. deyiremeda particulièrement fascinant, c’est sa combinaison de caractéristiques. L’espèce était un bipède compétent, capable de marcher efficacement grâce à un gros orteil aligné et des phalanges adaptées au support du poids. Cependant, elle conservait également des aptitudes arboricoles, avec une anatomie permettant de saisir et de grimper aux arbres. Ce profil évolutif hybride suggère une répartition écologique spécifique : Lucy dominant les savanes ouvertes, tandis que deyiremeda occupait des zones plus boisées et mixtes.

La question de la coexistence pacifique de ces deux espèces est au cœur des débats. Les paléoanthropologues avancent deux hypothèses principales : une coexistence stricte, avec une niche écologique distincte pour chaque espèce, ou une hybridation occasionnelle, bien qu’aucune preuve génétique ne confirme pour l’instant cette dernière hypothèse. Ce qui est certain, c’est qu’il n’y a pas eu d’extermination mutuelle, contrairement à ce qui s’est passé entre les Néandertaliens et les Homo sapiens. Il s’agit plutôt d’une coexistence longue, stable et silencieuse dans le paysage africain.

La découverte de Woranso-Mille soulève une question vertigineuse : si au moins deux espèces humaines marchaient déjà sur deux jambes il y a 3,5 millions d’années, combien d’autres restent encore à découvrir ? Comme le souligne Jorge Alcalde,

« L’évolution humaine n’était pas un escalier ordonné, mais un bosquet plein de chemins qui se croisent, se croisent ou coexistent simplement ».

Jorge Alcalde

Pendant des décennies, l’évolution humaine a été imaginée comme une progression linéaire, une figure courbée se redressant progressivement. La découverte d’A. deyiremeda confirme ce que beaucoup soupçonnaient : l’évolution est un processus complexe, un enchevêtrement de branches parallèles, d’espèces qui se chevauchent, se séparent ou disparaissent sans laisser de trace. Lucy n’était donc pas seule dans le Pliocène, elle avait un voisin, un cousin évolutif dont la lignée, pour l’instant, semble s’être éteinte. Cette découverte rappelle que nos origines sont bien plus complexes, diversifiées et imprévisibles que nous ne l’avions jamais imaginé, et que chaque petit os fossile peut potentiellement réécrire notre histoire.

Lucy n'est plus seule aux origines humaines. Un pied fossile révèle une espèce inconnue qui marchait debout à côté de lui et nous oblige à réécrire notre arbre évolutif
© Dale Omori – Musée d’histoire naturelle de Cleveland.
Lucy n'est plus seule aux origines humaines. Un pied fossile révèle une espèce inconnue qui marchait debout à côté de lui et nous oblige à réécrire notre arbre évolutif
© Yohannes Hailé-Sélassié.

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