Home MondeL’UE doit repenser le gel des avoirs russes pour l’Ukraine

L’UE doit repenser le gel des avoirs russes pour l’Ukraine

by Clara Dubois

Bruxelles, 24 octobre 2025. L’Ukraine, confrontée à des besoins financiers urgents, voit son espoir de bénéficier d’un prêt conséquent basé sur les avoirs russes immobilisés se heurter aux réticences de certains États membres de l’Union européenne, notamment la Belgique, qui soulève des questions juridiques et financières complexes.

  • L’Ukraine espère obtenir un prêt de 140 milliards d’euros (environ 1 500 milliards de francs suisses) garanti par les avoirs russes gelés.
  • La Belgique bloque actuellement cette proposition, craignant d’assumer seule les risques financiers et juridiques liés à la saisie des actifs russes.
  • Les dirigeants européens se sont engagés à répondre aux besoins financiers de l’Ukraine, mais le « comment » reste à déterminer.

La situation financière de l’Ukraine reste extrêmement précaire, alors que le pays continue de résister à l’invasion russe. Lors du sommet européen de Bruxelles, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a souligné l’urgence d’un soutien financier et militaire stable pour les deux prochaines années. Il a également fait état de discussions avec l’administration américaine, qui ont abouti à l’imposition de sanctions contre les géants pétroliers russes Rosneft et Loukoïl, mais sans garantie immédiate de livraison de missiles Tomahawk à longue portée.

Selon M. Zelensky, les résultats de sa récente rencontre à la Maison Blanche avec le président américain Donald Trump se traduisent par « des sanctions sur l’énergie russe. Nous n’avons pas de réunion en Hongrie sans l’Ukraine, et nous n’avons pas encore de Tomahawks. Voilà le résultat. Je pense – pas mal. Chaque jour apporte quelque chose (de nouveau). Peut-être que demain nous aurons des Tomahawks. Je ne sais pas. »

L’idée centrale est de convertir 140 milliards d’euros d’actifs russes immobilisés en un prêt à l’Ukraine. Ces actifs, gelés par l’Union européenne, le G7 et d’autres pays après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en février 2022, sont détenus à hauteur de 62 % (environ 180 milliards d’euros) par Euroclear, un dépositaire de titres basé en Belgique. C’est cette concentration qui pose problème à Bruxelles.

Le Premier ministre belge Bart De Wever s’est montré particulièrement ferme, estimant qu’il serait « insensé » pour la Belgique d’assumer seule les risques juridiques et financiers. Il a posé trois conditions : une mutualisation des risques entre tous les États membres, une contribution de chaque pays en cas de remboursement futur des actifs russes, et l’identification de tous les actifs russes immobilisés à l’étranger. Il a averti qu’il ferait tout son possible pour bloquer la décision si ces conditions n’étaient pas satisfaites.

La Commission européenne a proposé une solution consistant à émettre un « contrat de dette sur mesure » à Euroclear, empruntant ainsi les soldes de trésorerie accumulés. Ces fonds seraient ensuite convertis en un prêt à l’Ukraine, remboursable uniquement lorsque la Russie commencerait à verser des réparations de guerre. La Commission insiste sur le fait que le gel des avoirs russes est légalement solide et que le risque incomberait à l’ensemble de l’UE, et non à la Belgique seule.

Cependant, M. De Wever n’a pas semblé convaincu par ces assurances. Une source européenne a souligné que le montant du prêt représente l’équivalent du budget annuel de la Belgique, ce qui explique les réticences.

Les discussions ont également mis en lumière les préoccupations de la Banque centrale européenne (BCE), qui craint que la saisie des avoirs russes ne nuise à la réputation de la zone euro en tant que lieu sûr pour les investissements. La présidente de la BCE, Christine Lagarde, a souligné l’importance du respect des règles internationales.

En fin de compte, les dirigeants européens se sont contentés de réaffirmer leur engagement à répondre aux besoins financiers de l’Ukraine, sans parvenir à un accord concret sur la question des avoirs russes. La Commission européenne est invitée à présenter des « options » pour résoudre le problème d’ici au sommet de décembre.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a tenté de minimiser les divergences, affirmant que « nous nous sommes mis d’accord sur le quoi, nous devons maintenant travailler sur le comment ». Kyiv suivra de près ces développements, consciente de l’urgence de la situation.

Le président américain Donald Trump salue le président ukrainien Volodymyr Zelensky à son arrivée à la Maison Blanche à Washington.
Le président américain Donald Trump salue le président ukrainien Volodymyr Zelensky à son arrivée à la Maison Blanche à Washington.
La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen tient une conférence de presse
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a insisté sur le fait que, quoi qu’il arrive, les besoins de financement de l’Ukraine pour les deux prochaines années seraient satisfaits.

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