Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a qualifié mardi de honteux le départ précipité pour les États-Unis du sénateur et candidat défait Flávio Bolsonaro, sur fond d’enquête pour blanchiment d’argent et de refus de restituer ses passeports.
L’annonce de ce départ fait suite à un scrutin présidentiel serré et à une décision de la justice brésilienne que le principal intéressé a choisi d’ignorer. Flávio Bolsonaro a quitté le pays après l’expiration d’un ultimatum fixé par la justice pour remettre ses documents de voyage.
La Cour suprême ordonne la restitution des passeports
La tension judiciaire a atteint son paroxysme à Brasília lorsque le juge Alexandre de Moraes, de la Cour suprême fédérale (STF), a ordonné lundi au sénateur de remettre l’ensemble de ses documents de voyage, incluant ses passeports ordinaires, diplomatiques et italiens. Cette injonction s’inscrivait dans le cadre d’une enquête pour blanchiment d’argent liée à des plateformes de paris numériques illégales.
Le délai de vingt-quatre heures a expiré mardi matin sans que le sénateur ne s’exécute, poussant la police fédérale à révoquer formellement ses passeports brésiliens.

Peu avant son départ, Flávio Bolsonaro avait pourtant rejeté toute velléité de fuite dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux.
Flávio Bolsonaro a affirmé qu’il n’avait pas envisagé de quitter le pays et qu’il remettrait ses passeports pour se défendre contre cette absurdité.
Lula critique le départ de son rival
Informé du départ de son adversaire, le président Luiz Inácio Lula da Silva a critiqué l’attitude du sénateur lors d’interventions publiques mardi. Vainqueur du second tour de l’élection présidentielle, Lula a estimé que le sénateur aurait dû faire face aux accusations sur place plutôt que de fuir vers l’Amérique du Nord.
Lula a souligné que si l’on n’a rien à cacher, on n’a rien à craindre, et a ajouté qu’un citoyen qui s’échappe de son propre pays le fait parce qu’il a quelque chose à cacher.
Flávio Bolsonaro secretly fled Brazil after his election loss to Lula and is headed to the United States -ReutersBrazil's Supreme Court has attempted to stop him from leaving the country while he was under investigation in a money-laundering probe.
Le chef de l’État a comparé la conduite du sénateur à sa propre trajectoire lors d’affaires judiciaires passées, affirmant qu’il s’était lui-même plié aux demandes de remise de passeport. Pour Lula, ce départ illustre la distance entre la famille Bolsonaro et le Brésil, qualifiant les États-Unis de véritable patrie de ses opposants.
Washington accorde des visas au sénateur
Un haut fonctionnaire du département d’État américain a confirmé à l’Associated Press que des visas seraient délivrés à Flávio Bolsonaro et à sa famille pour entrer sur le territoire américain.
Simon Levy, un proche collaborateur de Donald Trump, a affirmé sur les réseaux sociaux que l’administration américaine avait autorisé l’asile politique pour le politicien brésilien, critiquant ouvertement la ligne politique menée par Lula.

L’issue du scrutin présidentiel
Ce feuilleton judiciaire et diplomatique intervient au lendemain d’un scrutin aux rebondissements historiques. En tête lors du premier tour le 4 octobre avec 47 % des voix valides contre 45 % pour Lula, Flávio Bolsonaro s’était montré très confiant quant à l’issue de la présidentielle.
Le second tour a eu lieu. Lula l’a emporté avec 51,76 % des suffrages — représentant plus de 64 millions de voix, contre près de 60 millions pour son rival.
Lula est ainsi devenu le premier candidat de l’histoire du pays à inverser un déficit du premier tour lors d’un barrage présidentiel.