Le gouvernement français envisage une procédure d’urgence pour bloquer les réseaux sociaux en cas de violences, une mesure précisée par le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez le 27 octobre 2026 après de récentes manifestations émaillées de pillages et d’affrontements.
Face à la vague de dégradations qui a marqué la mobilisation du 17 octobre 2026, l’exécutif durcit le ton. Le Sénat examine ce mardi 27 octobre le projet de loi dit « casseurs-payeurs », qui comprend un amendement gouvernemental très controversé. Ce dispositif vise à créer une procédure d’urgence pour demander aux plateformes numériques de supprimer, dans un délai d’une heure, les contenus incitant à l’insurrection ou à l’armement contre l’État, selon les précisions apportées par le ministère de l’Intérieur.
Les précisions de Laurent Nuñez sur le blocage des plateformes
Invité de la matinale de RTL, Laurent Nuñez a tenu à recadrer le projet face aux inquiétudes sur une censure globale des réseaux sociaux. Ce n’est pas une interdiction des réseaux sociaux (…) ça permet de supprimer un message ou un contenu
, a déclaré le ministre de l’Intérieur, interrogé par Marc-Olivier Fogiel.
Le dispositif élargit des outils juridiques déjà existants en matière de terrorisme, de pédocriminalité et de trafic de stupéfiants. En cas de refus des plateformes de obtempérer, l’exécutif brandit la menace du déréférencement total, ce qui retirerait les applications des magasins de téléchargement et des moteurs de recherche. Le 17 octobre, il y a eu un souci avec les réseaux sociaux, on en tire toutes les conséquences
, a affirmé le ministre sur cette même station radiophonique, pointant du doigt leur rôle dans la coordination des pilleurs.
Les tensions autour de la mobilisation du 17 octobre
Les manifestations du 17 octobre 2026, dirigées contre la vie chère et menées en partie par des lycéens, ont pris de court les services de renseignement. Laurent Nuñez a reconnu des failles dans le dispositif, concédant que les autorités tablaient sur une participation maximale de 200 000 personnes, alors que 550 000 manifestants ont finalement été recensés sur l’ensemble du territoire.
À Marseille, où le bilan sécuritaire a été jugé difficile, le ministre a admis que la situation n’était Évidemment que ça n’est pas un succès
, tout en rejetant les accusations de laxisme. De son côté, le Premier ministre Sébastien Lecornu a directement mis en cause l’ultragauche, l’accusant de porter un agenda de déstabilisation
visant à perturber l’élection présidentielle, tout en reprochant à La France insoumise une atteinte très grave à l’État de droit
pour ses critiques de l’action policière.
Le précédent de la Nouvelle-Calédonie et les incertitudes techniques
L’idée d’une suspension des applications numériques n’est pas totalement inédite en France. En mai 2024, le réseau TikTok avait déjà été suspendu pendant une quinzaine de jours en Nouvelle-Calédonie lors des émeutes, une décision prise par le gouvernement en s’appuyant sur la jurisprudence de la « théorie des circonstances exceptionnelles » validée par le Conseil d’État durant la pandémie de Covid-19.
Cependant, la mise en œuvre technique d’un blocage ciblé sur le territoire métropolitain se heurte à des obstacles de taille. Selon des informations révélées par le média d’investigation Blast, le Premier ministre Sébastien Lecornu avait adressé une lettre aux dirigeants des quatre grands opérateurs français (Orange, Bouygues Telecom, Free et SFR) pour leur demander de se préparer à une suspension temporaire de Snapchat, TikTok et Instagram. Les opérateurs auraient toutefois répondu qu’un tel ciblage géographique et technique sur les réseaux mobiles 4G et 5G s’avérait impossible à mettre en place à court terme.
Vers des réponses sociales et un renforcement de l’ordre
Alors que la sénatrice socialiste Marie-Arlette Carlotti a réclamé la création d’une commission d’enquête et que la droite, par la voix de Bruno Retailleau, demande l’instauration de l’état d’urgence, l’exécutif tente de désamorcer la crise par des promesses concrètes. Sébastien Lecornu s’est engagé à apporter des réponses aux lycéens sur cinq dossiers épineux : les effectifs des classes, le remplacement des enseignants, la démocratie lycéenne, l’état des bâtiments scolaires et l’orientation via Parcoursup.
Des renforts de forces mobiles sont par ailleurs déployés à Marseille, à Limoges — où la mairie a été incendiée — ainsi que dans les territoires ultramarins de La Réunion et de la Guadeloupe, tandis que l’exécutif maintient son cap sécuritaire face à la contestation sociale.