La Cour des comptes de Genève a publié le 27 octobre 2026 un audit sévère sur les recrutements de la Ville de Genève. Mené pendant un an après des signalements pour népotisme, le rapport pointe une documentation lacunaire, des conflits d’intérêts mal gérés et une durée moyenne de 172 jours par embauche.
Un audit d’un an commandé après des alertes pour népotisme
L’institution a passé au crible 64 dossiers de recrutement issus de 28 services municipaux. Lancée en septembre 2025, cette enquête fait suite à une quinzaine d’alertes reçues depuis 2020 concernant des soupçons de conflits d’intérêts, d’inégalité de traitement et de copinage. Ces signalements avaient notamment été alimentés par des affaires médiatisées, dont une polémique éclatée en mars 2024 au sein du Département de l’aménagement, des constructions et de la mobilité (DACM), alors dirigé par l’écologiste Frédérique Perler, concernant des embauches de proches impliquant une codirectrice accusée d’avoir favorisé sa demi-sœur puis un couple de proches.
Face à ces accusations, la Ville de Genève gère un effectif conséquent. L’administration municipale comptait 4408 collaborateurs à fin 2025, soit une augmentation de 2,6% par rapport à 2024, après avoir recruté 830 membres du personnel en 2025, selon la Cour des comptes et la plateforme Watson.
Des dossiers d’embauche mal documentés et un processus jugé trop long
Dans plus de la moitié des 64 dossiers examinés par les auditeurs, la documentation ne permet pas de comprendre les raisons du choix final.

Le rapport critique également la lourdeur administrative. Il faut compter en moyenne 172 jours, soit près de six mois, entre l’évaluation initiale du cahier des charges et la nomination effective de l’employé. Pour la Cour des comptes, cette lenteur excessive risque de décourager les meilleurs profils et de les pousser vers le secteur privé.
La gestion des liens d'intérêts présente d'importantes failles. La déclaration d’intérêts n’intervient souvent qu’à la toute fin du parcours d’embauche, ce que le gendarme de l’administration juge trop tardif.
Il n’existe pas une procédure ou simplement un document où chaque personne qui procède en recrutement déclare si oui ou non il a un lien d’intérêt avec une personne. Et ça, ça nous semble indispensable pour éviter justement des biais dans le processus.
Pierre-Henri Pingeon, président de la Cour des comptes, via Lemanbleu
La Ville de Genève accepte neuf recommandations et balaie les soupçons de népotisme
Le Conseil administratif a pris acte des conclusions et a accepté l’intégralité des neuf recommandations formulées par la Cour des comptes, tout en relevant que certaines de ces faiblesses étaient persistantes pour avoir déjà fait l’objet de préconisations de la part de l’institution en 2010. L’exécutif municipal siégeant au Palais Eynard a tenu à remercier les auditeurs d’avoir clarifié ce qu’il qualifie de légende urbaine
, affirmant que les soupçons de népotisme n’ont pas été démontrés au cours de l’investigation, d’autant que seules quinze alertes ont été recensées depuis 2020 face à plusieurs milliers de recrutements.
Alfonso Gomez, conseiller administratif chargé des ressources humaines, a reconnu qu’il s’agissait d’un sujet très sensible
tout en soulignant la nécessité de beaucoup mieux documenter les processus et laisser des traces des décisions à chacune des étapes
, selon ses déclarations rapportées par le radiodiffuseur public Rts.
La Ville a d’ores et déjà entamé la révision de ses pratiques internes.