Publié le 19 novembre 2025 à 21h07. Le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté une résolution controversée plaçant Donald Trump au centre d’un plan de paix pour Gaza, suscitant à la fois espoir prudent et scepticisme face à son application concrète.
- Le Conseil de sécurité de l’ONU a approuvé une résolution confiant la supervision du processus de paix à Gaza à un « conseil de la paix » présidé par Donald Trump.
- La résolution prévoit le déploiement d’une Force internationale de stabilisation (FIS) pour assurer la démilitarisation de Gaza, mais la participation des pays sollicités reste incertaine.
- Bien que mentionnant la possibilité future d’un État palestinien, la résolution conditionne sa création à des réformes de l’Autorité palestinienne et à la reconstruction de Gaza.
Une résolution d’une singularité frappante a été adoptée mardi soir par le Conseil de sécurité de l’ONU, ouvrant la voie à un rôle central de Donald Trump dans la gestion de la paix à Gaza. Ce texte, qui vise à consolider le cessez-le-feu fragile négocié le mois dernier, confie la supervision du processus à un « conseil de la paix » dont la composition reste largement inconnue, si ce n’est qu’il sera dirigé par l’ancien président américain.
Selon les termes de la résolution, ce conseil de la paix, qui inclura selon Trump lui-même « les dirigeants les plus puissants et les plus respectés du monde », rendra compte au Conseil de sécurité sans toutefois lui être subordonné, ni aux résolutions antérieures de l’ONU. Il supervisera également une Force internationale de stabilisation (FIS), dont la composition est encore floue, mais que les États-Unis souhaitent déployer dès janvier. Plusieurs pays, dont l’Égypte, l’Indonésie, la Turquie et les Émirats arabes unis, se montrent pour l’instant réticents à s’engager.
La résolution 2803 stipule que la FIS aura pour mission d’« assurer le processus de démilitarisation » de Gaza, impliquant potentiellement le retrait des armes du territoire. Une perspective immédiatement rejetée par le Hamas, qui a réaffirmé son refus de se désarmer après le vote de l’ONU.
L’enthousiasme des pays susceptibles de contribuer à la FIS est tempéré par la crainte d’une confrontation directe avec les combattants palestiniens. Parallèlement, la FIS devrait assurer la sécurité des zones actuellement occupées par les forces israéliennes, une mission qui pourrait également s’avérer délicate si Israël hésite à se retirer.
Le flou persiste également quant au rôle du comité palestinien de technocrates chargé de la gestion quotidienne de la bande de Gaza, sous la direction de Trump et de ses collaborateurs. Trouver des experts prêts à travailler sous l’égide de l’ancien président américain et capables d’exercer une influence réelle sur les 2,2 millions de Palestiniens survivants s’annonce comme un défi majeur. La même incertitude plane sur la future force de police locale.
Malgré ces nombreuses zones d’ombre, la résolution 2803 a conféré à ces organismes ambitieux la force du droit international, dans l’espoir de transformer la proposition de paix en 20 points de Trump en un plan concret et de consolider le cessez-le-feu fragile en une paix durable.
L’adoption de la résolution, avec 13 voix pour, et les abstentions de la Russie et de la Chine, témoigne de son caractère intentionnellement vague ainsi que du sentiment général d’épuisement et de désespoir face à la situation à Gaza, après deux années de bombardements israéliens qui ont fait plus de 70 000 morts et rasé environ 70 % des bâtiments du territoire côtier. Une commission d’enquête de l’ONU a d’ailleurs conclu qu’Israël avait commis un génocide.
Après le vote, l’envoyé américain Mike Waltz a qualifié la résolution de « transformatrice », annonçant « une nouvelle voie au Moyen-Orient, pour les Israéliens, les Palestiniens et tous les peuples de la région ».
Les autres membres du Conseil de sécurité se sont montrés plus prudents, exprimant leur soutien ou leur acquiescement en fonction des conséquences potentielles de la résolution plutôt que de son contenu réel.
La question d’un État palestinien a été particulièrement délicate. Suite aux pressions des États arabes et islamiques, la résolution a été amendée pour mentionner au moins la possibilité d’une future Palestine. Cependant, cette mention ne se base pas sur le droit fondamental des Palestiniens à l’autodétermination ou sur l’engagement international en faveur d’une solution à deux États, mais plutôt sur une perspective lointaine, conditionnelle et incertaine. La résolution stipule que « les conditions pourraient être réunies pour une voie crédible vers l’autodétermination et la création d’un État palestinien » si l’Autorité palestinienne se réformait de manière satisfaisante et que la reconstruction de Gaza progressait.
Malgré ces réserves, les diplomates européens ont salué le fait que l’administration Trump ait prononcé publiquement les mots « autodétermination » et « État palestinien ».
L’expert du Moyen-Orient Aaron David Miller a également estimé que la résolution constituait un pas vers une future Palestine.
« Il n’est pas clair si la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU peut être mise en œuvre. Mais elle reflète deux nouvelles réalités : Trump a internationalisé la composante de Gaza de la question palestinienne et a soutenu une solution à deux États comme objectif final. »
Aaron David Miller, négociateur américain chevronné
Le libellé de la résolution 2803 a provoqué la colère de l’extrême droite de la coalition de Benjamin Netanyahu, qui a réaffirmé son opposition viscérale à toute suggestion de souveraineté palestinienne.
Les gouvernements qui ont soutenu la résolution, malgré leurs réticences, espèrent que celle-ci maintiendra l’engagement de Trump, augmentera le flux d’aide humanitaire vers Gaza et gardera la porte ouverte à une paix durable et à la création d’un État palestinien. Ils misent sur une participation internationale accrue au « conseil de la paix » et sur l’engagement des pays arabes et islamiques dans la FIS pour limiter le contrôle exclusif d’Israël sur le territoire occupé.
En adhérant au « plan Trump », ces pays espèrent imiter et finalement surpasser Israël à son propre jeu, en exploitant l’ego du président américain pour l’orienter vers les objectifs souhaités.
