Home MondeL’unité du Groenland s’effiloche alors que le Danemark résiste aux pressions américaines pour le contrôle de l’Arctique – The Irish Times

L’unité du Groenland s’effiloche alors que le Danemark résiste aux pressions américaines pour le contrôle de l’Arctique – The Irish Times

by Clara Dubois

Publié le 15 janvier 2026 à 16h54. Des tensions diplomatiques persistent entre le Danemark, le Groenland et les États-Unis concernant le statut de l’île arctique, alors que Washington manifeste son intérêt pour une influence accrue dans la région.

  • Le Danemark et le Groenland ont présenté un front uni lors de négociations à Washington pour contrer les ambitions américaines en Arctique.
  • Un « désaccord fondamental » subsiste entre le Danemark et les États-Unis concernant la souveraineté sur le Groenland, qui fait partie du Royaume du Danemark depuis trois siècles.
  • Des voix groenlandaises s’élèvent pour réclamer une plus grande autonomie dans les négociations avec les États-Unis.

Les murs du Christiansborg, siège du Parlement danois à Copenhague, semblaient inébranlables ce jeudi matin brumeux, malgré les fissures politiques qui se creusaient en coulisses. Quelques heures plus tôt, Copenhague et Nuuk avaient affiché une unité de façade lors de discussions cruciales à Washington, face aux ambitions américaines de contrôler le Groenland.

Le ministre danois des Affaires étrangères, Lars Løkke Rasmussen, a reconnu l’existence d’un « désaccord fondamental » avec Washington concernant l’île autonome. Cependant, la délégation danoise a annoncé la création d’un groupe de travail « de haut niveau » pour répondre aux préoccupations américaines en matière de sécurité, notamment la présence russe et chinoise dans l’Arctique, tout en respectant les « lignes rouges » danoises.

La ministre groenlandaise des Affaires étrangères, Vivian Motzfeldt, également présente à Washington, a exprimé la pression intense de ces négociations lors d’une interview à la chaîne de télévision locale KNR.

« Nous sommes très forts, mais les derniers jours ont été difficiles avec toute la préparation et la pression qui est de plus en plus forte. »

Vivian Motzfeldt, ministre groenlandaise des Affaires étrangères

Certains députés groenlandais ont publiquement rompu avec cette unité affichée, exigeant une plus grande marge de manœuvre dans les négociations avec les États-Unis. Pour Aki-Matilda Høegh-Dam, du parti indépendantiste Naleraq, une telle autonomie serait un « exercice de renforcement de la confiance » pour les Groenlandais.

« Permettre au Groenland de parler à des acteurs étrangers sans que le Danemark soit nécessairement présent… donnera un niveau de confiance plus élevé. »

Aki-Matilda Høegh-Dam, députée du parti Naleraq

Une telle évolution ne semble pas à l’ordre du jour. Le cadre actuel entre le Groenland et le Danemark prévoit que ce dernier conserve la compétence exclusive en matière de politique de défense, étrangère et de sécurité. De plus, le Danemark finance environ un cinquième du budget annuel du Groenland.

La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a affirmé sur Facebook que le Danemark restait déterminé à « empêcher » une prise de contrôle américaine du Groenland et qu’il « poursuivrait ses efforts pour empêcher ce scénario de se concrétiser ». Le dirigeant groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, a quant à lui réitéré que son île « n’est pas à vendre » et a salué l’accord de Washington qui privilégie « le dialogue et la diplomatie ».

Les deux dirigeants se sont félicités du consensus croissant au sein des pays européens de l’OTAN sur le renforcement de leur présence militaire dans l’Arctique. Jeudi, des représentants du Danemark, de la Suède, de l’Allemagne, de la France et des Pays-Bas sont arrivés à Nuuk, la capitale du Groenland, pour une inspection d’une semaine.

À Copenhague, des opinions divergentes émergent. Solveig, une étudiante de 21 ans, espère une résolution rapide de la question du Groenland, avec une indépendance totale pour l’île.

« Il s’agit d’un héritage embarrassant de l’ère impérialiste qui doit être réglé. Même si mes parents ne seraient pas d’accord. »

Solveig, étudiante

Anette, une professionnelle de la santé de 65 ans, estime que la plupart des Danois se désintéressent du Groenland, mais s’inquiète de l’incertitude à laquelle sont confrontés les Groenlandais.

« Nous ne sommes pas propriétaires du Groenland, seuls les Groenlandais peuvent décider de leur avenir. Mais je vois combien de Groenlandais viennent ici pour un traitement contre le cancer – gratuitement. Je ne pense pas que les États-Unis offriraient un meilleur accord au Groenland en tant que 51e État, et qu’ils ne respecteraient pas non plus l’environnement naturel qui est si important pour les gens là-bas. »

Anette, professionnelle de la santé

Keld, un lieutenant réserviste à la retraite de 85 ans, a exprimé sa consternation face à la politique américaine actuelle.

« Quand j’étais plus jeune, nous respections les États-Unis, mais maintenant je ne comprends tout simplement plus leur stupidité. »

Keld, lieutenant réserviste à la retraite

Au Parlement danois, le président de la Chambre, Søren Gade, a annoncé que le drapeau rouge et blanc du Groenland serait hissé vendredi, en signe de solidarité avec l’île. Ce geste symbolique intervient à la veille d’une visite très attendue de responsables politiques américains.

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