Publié le 2024-10-27 10:30:00. Une étude chinoise révèle un lien potentiel entre la prise d’antibiotiques et l’augmentation des niveaux d’anxiété, en modifiant la composition du microbiote intestinal et en perturbant la communication entre l’intestin et le cerveau.
- L’utilisation d’antibiotiques est associée à une diminution de certaines bactéries intestinales impliquées dans la régulation de l’humeur.
- Des niveaux réduits d’acétylcholine, un neurotransmetteur clé, ont été observés chez les patients traités aux antibiotiques et corrélés à des symptômes d’anxiété plus prononcés.
- Des expériences sur des souris et des études sur des humains confirment ces observations, suggérant un impact de la flore intestinale sur la santé mentale.
Les antibiotiques, indispensables pour combattre les infections bactériennes, pourraient avoir des conséquences insoupçonnées sur notre bien-être psychologique. Une recherche menée par une équipe de l’hôpital affilié n°1 de l’université médicale de Chongqing, en Chine, met en lumière une possible corrélation entre la prise de ces médicaments et l’augmentation de l’anxiété.
Depuis plusieurs années, les scientifiques s’intéressent de près au rôle du microbiote intestinal – l’ensemble des bactéries et micro-organismes qui résident dans nos intestins – dans de nombreux aspects de notre santé, allant de la digestion à l’immunité. De plus en plus d’études suggèrent que cet écosystème complexe est également en communication directe avec le cerveau, via ce qu’on appelle l’axe intestin-cerveau. Cette interaction joue un rôle crucial dans le maintien de la santé mentale.
L’étude chinoise a exploré l’hypothèse selon laquelle les modifications induites par les antibiotiques sur le microbiote intestinal pourraient favoriser l’apparition de troubles anxieux. Les chercheurs ont mené des expériences sur des souris adultes, en leur administrant des antibiotiques et en évaluant ensuite leur comportement, tout en analysant la composition de leur flore intestinale. Parallèlement, ils ont analysé des échantillons de selles et de sang provenant de trois groupes de personnes : des patients ayant récemment pris des antibiotiques, des patients n’ayant pas reçu ce type de traitement et des individus en bonne santé.
Les résultats sont frappants. Les souris traitées aux antibiotiques ont manifesté des comportements de type anxieux, accompagnés de modifications significatives dans la composition de leur microbiote intestinal, notamment une diminution des populations de Firmicutes et de Bacteroidota. Ils présentaient également une réduction des acides gras à chaîne courte, des substances produites par les bactéries intestinales et bénéfiques pour la santé. De plus, les chercheurs ont constaté une baisse des taux d’acétylcholine – un neurotransmetteur essentiel à la transmission des signaux entre les cellules nerveuses – dans les selles, la paroi du côlon, le sang et l’hippocampe, une zone du cerveau impliquée dans la régulation des émotions.
Chez les participants humains, les patients ayant pris des antibiotiques ont également présenté des symptômes d’anxiété plus marqués, ainsi que des modifications de leur microbiote intestinal, notamment une réduction des bactéries du groupe Firmicutes et une diminution des acides gras à chaîne courte. Des taux plus faibles d’acétylcholine ont été observés dans leur sang et leurs selles, et ces valeurs étaient étroitement liées à la gravité de leurs symptômes anxieux.
L’étude a identifié un rôle potentiel de certaines bactéries du genre Bacteroides dans l’anxiété induite par les antibiotiques. Plus précisément, une diminution de Bacteroides caecimuris chez les souris et de Bacteroides plebeius chez les patients a été observée, et ces diminutions étaient significativement associées aux taux d’acétylcholine.
Des expériences supplémentaires sur les souris ont montré que l’administration de méthacholine, un dérivé de l’acétylcholine, pouvait atténuer les comportements anxieux et réduire l’activation des microglies dans l’hippocampe, renforçant ainsi le lien entre les niveaux d’acétylcholine et les symptômes d’anxiété associés à l’utilisation d’antibiotiques.
Les auteurs de l’étude concluent que l’utilisation excessive d’antibiotiques pourrait avoir des effets néfastes non seulement sur le microbiote intestinal, mais aussi sur la santé mentale, en contribuant à l’augmentation des niveaux d’anxiété. Ces résultats soulignent l’importance d’une prescription prudente des antibiotiques et ouvrent de nouvelles perspectives de recherche pour mieux comprendre les interactions complexes entre l’intestin et le cerveau, et pour développer des stratégies visant à restaurer le microbiote après un traitement antibiotique.
Les résultats de cette étude ont été publiés dans la revue Psychiatrie Moléculaire.
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