Home MondeMaduro arrêté, normes testées : le Conseil de sécurité divisé alors que la crise au Venezuela s’aggrave

Maduro arrêté, normes testées : le Conseil de sécurité divisé alors que la crise au Venezuela s’aggrave

by Clara Dubois

Publié le 5 janvier 2026 22:43:00. L’opération militaire américaine au Venezuela a déclenché une vive controverse au Conseil de sécurité de l’ONU, révélant de profondes divisions sur le respect de la souveraineté nationale et les limites de l’intervention unilatérale.

  • Les États-Unis justifient l’opération comme une action ciblée contre le trafic de drogue et la criminalité organisée, et non comme une agression militaire.
  • Le Venezuela dénonce une violation flagrante de sa souveraineté et une tentative de déstabilisation motivée par ses ressources naturelles.
  • Plusieurs membres du Conseil de sécurité s’inquiètent des conséquences de l’utilisation de la force et de l’érosion potentielle du droit international.

Une opération militaire américaine sur le sol vénézuélien a dominé les discussions d’urgence au Conseil de sécurité de l’ONU, mettant en lumière des désaccords fondamentaux sur l’application de la Charte des Nations Unies et le principe de non-intervention dans les affaires intérieures d’un État. L’arrestation du président vénézuélien Nicolás Maduro, et de sa femme Cilia Flores, a particulièrement exacerbé les tensions.

Washington a fermement rejeté l’accusation d’agression, insistant sur le caractère spécifique de l’opération. L’ambassadeur américain Michael Waltz a déclaré :

« Nicolás Maduro n’est pas un chef d’État légitime suite aux élections contestées de 2024. L’opération de samedi était nécessaire pour lutter contre le trafic de stupéfiants et la criminalité transnationale organisée qui menacent la sécurité des États-Unis et de la région. »

Michael Waltz, ambassadeur américain

Il a également souligné l’existence de précédents historiques, citant notamment l’arrestation de l’ancien dirigeant panaméen Manuel Noriega en 1989. « Il n’y a pas de guerre contre le Venezuela ou son peuple », a-t-il affirmé. « Il s’agissait d’une opération d’application de la loi visant à faire avancer des actes d’accusation légaux qui existent depuis des décennies. »

La réaction vénézuélienne a été virulente. L’ambassadeur Samuel Moncada a dénoncé une attaque armée illégitime, accusant les États-Unis d’avoir bombardé le territoire vénézuélien et de s’être livrés à un « kidnapping » de son président et de son épouse.

« Nous ne pouvons ignorer un élément central de cette agression américaine. Le Venezuela est victime de ces attaques en raison de ses ressources naturelles. »

Samuel Moncada, ambassadeur vénézuélien

Il a appelé le Conseil de sécurité à exiger le respect de l’immunité diplomatique de Maduro et de sa femme, leur libération immédiate et la condamnation sans équivoque du recours à la force. Il a également plaidé pour la réaffirmation du principe de non-acquisition de territoire par la force.

Au-delà des positions des deux pays concernés, la situation a révélé des fractures au sein du Conseil de sécurité. Plusieurs membres ont exprimé leur inquiétude face à l’action américaine, s’appuyant sur la Charte des Nations Unies pour souligner l’importance du respect de la souveraineté et de la résolution pacifique des conflits. La Colombie, le Brésil, le Mexique, le Chili et le Panama ont mis en garde contre le risque de déstabilisation de l’hémisphère occidental et d’augmentation des flux migratoires.

La Colombie, lors de sa première intervention en tant que membre élu du Conseil, a rejeté « tout recours unilatéral à la force », soulignant que les civils sont toujours les premières victimes. Le Brésil a qualifié l’opération et l’arrestation de Maduro de franchissement d’une « ligne inacceptable », mettant en garde contre l’érosion du multilatéralisme. Le Mexique a insisté sur le fait qu’un changement de régime imposé de l’extérieur viole le droit international, quels que soient les désaccords politiques.

D’autres ambassadeurs ont évoqué la situation préoccupante des droits de l’homme au Venezuela, tout en soulignant la nécessité de respecter le droit international. Le Royaume-Uni a rappelé les années de souffrance endurées par les Vénézuéliens, tandis que le Danemark et la France ont souligné l’importance de lutter contre la criminalité organisée par des moyens légaux et multilatéraux.

Un groupe plus restreint de pays de la région, dont l’Argentine et le Paraguay, a exprimé son soutien à l’opération américaine, la considérant comme une étape positive dans la lutte contre le trafic de drogue et le terrorisme, et comme une opportunité de restaurer la démocratie au Venezuela.

La Russie et la Chine ont été parmi les plus virulents critiques, dénonçant une agression armée et mettant en garde contre la normalisation de la force unilatérale. Ces positions ont été rejointes par d’autres pays, dont l’Afrique du Sud, le Pakistan, l’Iran et l’Ouganda, qui ont averti que l’application sélective du droit international risquait de saper l’ensemble du système de sécurité collective. Moscou et Pékin ont appelé à la libération immédiate de Maduro et ont souligné l’inviolabilité de l’immunité des chefs d’État, considérant la situation comme un test pour l’application universelle des principes de la Charte des Nations Unies.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.