Les mammographies pourraient receler des informations insoupçonnées sur la santé cardiovasculaire des patientes. Une nouvelle étude, présentée lors de la session scientifique annuelle de l’American College of Cardiology (ACC.25), démontre qu’une intelligence artificielle (IA) appliquée à l’analyse des images permet d’évaluer le niveau de calcium dans les artères du sein, un indicateur clé des risques cardiaques.
Les maladies cardiaques représentent la première cause de décès aux États-Unis, mais elles sont souvent sous-diagnostiquées chez les femmes. Cette nouvelle approche pourrait permettre de détecter plus précocement les signes avant-coureurs et d’améliorer la prévention.
L’étude, menée par des chercheurs de l’Université Emory d’Atlanta, s’appuie sur une technique d’analyse d’images basée sur l’IA, appliquée pour la première fois aux mammographies. Elle permet de quantifier automatiquement la calcification artérielle du sein et de traduire ces données en un score de risque cardiovasculaire.
« Nous voyons là une opportunité pour les femmes de bénéficier d’un dépistage du cancer du sein tout en obtenant une évaluation de leur santé cardiovasculaire, le tout à partir d’un même examen », explique Theo Dapamede, chercheur postdoctoral et auteur principal de l’étude. « Nos résultats montrent que la calcification artérielle du sein est un bon indicateur de risque de maladies cardiovasculaires, en particulier chez les femmes de moins de 60 ans. »
Les chercheurs ont développé un modèle d’apprentissage profond capable de segmenter les vaisseaux calcifiés sur les images de mammographie – qui apparaissent comme des pixels brillants sur les radiographies – et d’estimer le risque d’événements cardiovasculaires futurs en se basant sur les données des dossiers médicaux électroniques. Cette approche de segmentation distingue ce modèle des précédentes tentatives d’analyse des calcifications artérielles mammaires par IA.
L’étude a analysé les images et les dossiers de santé de plus de 56 000 patientes ayant subi une mammographie à Emory Healthcare entre 2013 et 2020, avec un suivi d’au moins cinq ans. Les résultats indiquent que le risque de décès, de crise cardiaque, d’accident vasculaire cérébral ou d’insuffisance cardiaque augmente avec le niveau de calcification artérielle mammaire chez les femmes de moins de 60 ans et de 60 à 80 ans. Les patientes présentant le plus haut niveau de calcification (supérieur à 40 mm2) avaient un taux de survie à cinq ans significativement plus faible (86,4 %) que celles présentant le niveau le plus bas (inférieur à 10 mm2) – 95,3 %.
Cela représente un risque de décès accru d’environ 2,8 fois sur cinq ans pour les patientes présentant une calcification artérielle mammaire sévère, par rapport à celles qui en présentent peu ou pas. Une accumulation de calcium dans les vaisseaux sanguins est un signe de dommages cardiovasculaires liés à une maladie cardiaque à un stade précoce ou au vieillissement. Des études antérieures ont déjà montré que les femmes présentant une accumulation de calcium dans les artères ont un risque 51 % plus élevé de maladie cardiaque et d’accident vasculaire cérébral.
Ce modèle d’IA, développé en collaboration entre Emory Healthcare et Mayo Clinic, n’est pas encore commercialisé. Les chercheurs espèrent qu’il pourra être validé et approuvé par la Food and Drug Administration des États-Unis afin d’être intégré à la routine des examens mammographiques et aux soins de suivi. Ils envisagent également d’explorer l’utilisation de modèles d’IA similaires pour évaluer d’autres biomarqueurs de maladies, comme les maladies artérielles périphériques et les maladies rénales, à partir des images de mammographie.
Aux États-Unis, environ 40 millions de mammographies sont réalisées chaque année, conformément aux recommandations des Centers for Disease Control and Prevention pour les femmes d’âge moyen et plus âgées.
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