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Médicaments : privilège ou droit

by Sophie Martin

La remise des IIIe Prix de l’Association pour un Accès Équitable à la Médecine (AAJM), qui s’est tenue ce week-end à Noblejas, a mis en lumière une crise profonde : l’accès aux soins de santé devient un privilège plutôt qu’un droit fondamental, alors que des millions de vies sont compromises par le manque de traitements essentiels.

Selon les données les plus récentes, 2,5 milliards de personnes dans le monde sont privées de médicaments nécessaires, et 10 millions meurent chaque année faute de pouvoir s’offrir les soins qui pourraient les sauver. Cette situation illustre l’échec des systèmes de santé et la logique marchande qui s’applique désormais aux biens essentiels, a souligné l’AAJM.

En Espagne, les dépenses publiques consacrées aux médicaments représentent environ 3,4 % du budget total de l’État pour 2023 et 2024, un chiffre stable depuis une décennie, mais inférieur aux niveaux des années 1990 et 2000. Si une part importante de ces dépenses est allouée aux pharmacies et aux produits pharmaceutiques (entre 22 et 24 % du budget santé), environ la moitié du coût est directement supportée par les citoyens, creusant ainsi les inégalités d’accès. Le système de ticket modérateur, bien que modulé en fonction des revenus, pénalise particulièrement les patients atteints de maladies chroniques et les familles vulnérables.

Les lauréats des prix ont unanimement dénoncé l’influence excessive de l’industrie pharmaceutique sur les normes, les prix et la formation médicale. La protection des brevets et la surévaluation des médicaments mettent en péril la pérennité du système public et hypothèquent les futures politiques de santé. Le Collège des médecins de Tolède a plaidé pour l’indépendance scientifique vis-à-vis des intérêts commerciaux, tandis que des médias critiques comme Le saut ont dénoncé l’opacité institutionnelle concernant les prix et les connivences politiques, parfois même cautionnées par le pouvoir judiciaire.

La crise se manifeste également dans les soins de première ligne, confrontés à une précarité professionnelle, à des délais d’attente croissants et à une prescription excessive et souvent inefficace de médicaments. La Confédération espagnole de santé mentale, également récompensée par l’AAJM, a mis en évidence le problème grave de la surmédication en santé mentale et appelé à des soins dignes, multidisciplinaires et dénués de stigmatisation. Les conséquences de la commercialisation des médicaments se traduisent par une aggravation de la pauvreté sanitaire, une discrimination fondée sur le revenu et une perte d’équité dans le traitement des maladies rares ou chroniques.

« La pire décision politique est celle qui n’est pas prise », a affirmé un porte-parole de l’AAJM. L’association appelle à une refonte des règles du jeu, à une démarchandisation de la médecine et au renforcement des politiques publiques fondées sur des preuves scientifiques et éthiques. Une évaluation rigoureuse du rapport coût-efficacité, une innovation pharmaceutique planifiée et des stratégies ciblées pour soutenir les groupes les plus vulnérables sont indispensables.

L’AAJM souhaite, à travers cet événement, rendre visible la lutte de ceux qui œuvrent pour transformer le modèle de santé et restaurer l’accès universel à des traitements efficaces. « Les affaires ne peuvent jamais précéder la vie », a conclu l’association, soulignant l’urgence d’agir pour que la médecine redevienne un droit fondamental pour tous.

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