Home MondeMême Trump pourrait ne pas être en mesure de parvenir à un accord qui satisferait Poutine.

Même Trump pourrait ne pas être en mesure de parvenir à un accord qui satisferait Poutine.

by Clara Dubois

Le plan de paix proposé par l’administration Trump pour l’Ukraine a été considérablement remanié, passant de 28 à 19 points, après des discussions tendues avec Kiev. Si les nouvelles garanties de sécurité offertes à l’Ukraine semblent avoir apaisé les craintes initiales, la question de la cession de territoires à la Russie reste un obstacle majeur, et l’issue du conflit dépend désormais de la volonté de Vladimir Poutine.

Volodymyr Zelensky a qualifié la première version du plan, jugée trop favorable à Moscou, de « l’un des moments les plus difficiles de notre histoire ». L’accord révisé prévoit désormais des garanties de sécurité plus robustes pour l’Ukraine après la guerre, ce qui a permis à Kiev de le considérer comme acceptable. Le président ukrainien souhaite rencontrer Donald Trump pour aborder la question délicate des concessions territoriales.

L’envoyé spécial de Trump, Steve Witkoff, se rendra prochainement auprès de Vladimir Poutine pour lui présenter le nouveau plan. Les premières réactions du Kremlin sont toutefois peu encourageantes. Le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a averti que si le nouveau plan s’écarte de l’accord conclu avec Trump en Alaska en août dernier, « la situation sera fondamentalement différente ». Cet accord initial impliquait la cession par l’Ukraine du reste de la région du Donbass, y compris les zones actuellement non contrôlées par la Russie.

Donald Trump semble espérer reproduire le succès récent du cessez-le-feu à Gaza, où les États-Unis ont poussé le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à accepter un accord auquel il était réticent. L’importance de l’aide militaire et du partage de renseignements américains dans l’effort de guerre ukrainien confère à Washington un certain levier sur Kiev, expliquant pourquoi Zelensky continue de dialoguer malgré les revirements fréquents de Trump sur la guerre.

À ce stade, personne ne semble en mesure d’influencer Vladimir Poutine. L’ancien ministre des Affaires étrangères ukrainien, Dmytro Kuleba, s’est montré pessimiste à ce sujet lors d’une interview à ABC l’été dernier : « Je ne peux pas imaginer une paix éternelle entre la Russie et l’Ukraine réalisée du vivant du président Poutine. » Il estime qu’un éventuel cessez-le-feu ne serait qu’une pause avant une reprise des hostilités.

Le plan initial en 28 points, bien que perçu par certains comme une liste de souhaits du Kremlin, aurait tout de même permis à l’Ukraine de conserver une armée de 600 000 soldats – la plus importante d’Europe après la Russie – et aurait obligé Moscou à renoncer au contrôle des régions contestées de Zaporizhzhia et de Kherson. La Russie aurait également été contrainte de se contenter d’une reconnaissance « de facto » de son contrôle sur la Crimée et d’autres territoires annexés.

Le nouvel accord permettrait à l’Ukraine de maintenir une armée de 800 000 soldats et bénéficierait de garanties de sécurité « à la manière de l’OTAN ». Malgré ces améliorations, il semble peu probable que Poutine accepte un accord qui laisserait l’Ukraine militarisée et hostile à ses frontières. Ses objectifs initiaux, qui consistaient à prendre rapidement Kiev et à installer un gouvernement pro-russe, semblent aujourd’hui hors d’atteinte.

Les forces russes continuent de progresser en Ukraine, mais à un rythme lent. L’utilisation massive de drones meurtriers ralentit leur avancée. En 2025, la Russie aurait conquis 1 % de territoire ukrainien supplémentaire, au prix d’environ 200 000 soldats tués ou blessés. L’Institut américain pour l’étude de la guerre estime qu’il faudra à la Russie jusqu’à août 2027 au plus tôt pour conquérir le reste du Donbass.

Malgré ces difficultés, Poutine semble convaincu de sa victoire et considère que l’enjeu de cette guerre est trop important pour l’avenir de la Russie pour y renoncer. Il a apparemment exaspéré Trump lors de leur rencontre en Alaska en lui prodiguant une longue leçon d’histoire sur les origines de l’Ukraine, évoquant des figures comme Rurik de Novgorod et Yaroslav le Sage.

La situation actuelle est marquée par un décalage temporel entre Washington et Moscou. Trump avait promis de mettre fin à la guerre rapidement, tandis que Poutine a annoncé à plusieurs reprises des délais de quelques semaines. Il n’est pas exclu que la situation évolue, par exemple si la Russie parvient à prendre le contrôle total du Donbass, si les luttes internes affaiblissent le gouvernement Zelensky, ou si la pression économique sur la Russie devient insoutenable. Cependant, Poutine, dont le mandat pourrait durer jusqu’en 2036, semble déterminé à poursuivre la guerre, quel qu’en soit le coût.

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