Publié le 25 octobre 2025 10h13. Une nouvelle étude révèle que la ménopause précoce, combinée à une fonction cardiaque affaiblie, pourrait accélérer le déclin de la santé cérébrale chez les femmes, soulignant l’importance d’une approche préventive intégrant la santé cardiovasculaire et neurologique.
- Un âge de ménopause plus précoce amplifie le lien entre une fonction cardiaque réduite et des altérations cérébrales, notamment une diminution du volume de matière grise et une augmentation des lésions de la substance blanche.
- L’étude n’a pas révélé d’association significative entre ces facteurs et les performances cognitives mesurées par des tests standardisés.
- Les résultats soulignent la nécessité de tenir compte des spécificités liées au sexe et à la ménopause dans la recherche sur la démence et les stratégies de prévention.
Les femmes sont statistiquement plus touchées que les hommes par les maladies cardiovasculaires et la maladie d’Alzheimer, et les liens entre ces deux affections sont de plus en plus documentés. Des recherches présentées lors de la réunion annuelle 2025 de la Menopause Society, qui s’est tenue à Orlando, ont exploré comment l’âge de la ménopause et la fonction cardiaque peuvent influencer conjointement la structure du cerveau et les capacités cognitives des femmes ménopausées.
Selon les chercheurs, une fonction cardiaque diminuée pourrait affecter la santé cérébrale en réduisant l’apport d’oxygène et de nutriments, ce qui pourrait favoriser les accidents vasculaires cérébraux silencieux et augmenter le risque de démence. De même, une ménopause précoce est associée à un déclin cognitif accéléré. Cette nouvelle analyse visait à déterminer si ces deux facteurs agissaient de manière cumulative sur la santé cérébrale.
Méthodologie et caractéristiques des participantes
L’étude, intitulée L’influence combinée de la ménopause précoce et de la fonction cardiaque sur la santé cérébrale, a inclus 701 femmes ménopausées issues de l’étude de l’Alliance canadienne pour la santé des cœurs et des esprits et de l’Étude sur la santé de l’Ontario. L’âge médian à la ménopause des participantes était de 51 ans (fourchette : 25 à 61 ans).
La fonction cardiaque a été évaluée à l’aide de la fraction d’éjection ventriculaire gauche au repos (FEVG), mesurée par imagerie par résonance magnétique (IRM) cardiaque. L’IRM cérébrale a permis de quantifier le volume de matière grise (GMV) et la charge d’hyperintensité de la substance blanche (WMH) – des marqueurs associés au vieillissement cognitif et aux lésions cérébrovasculaires. Les performances cognitives ont été évaluées à l’aide du test d’évaluation cognitive de Montréal (MoCA) et du test de substitution de symboles numériques (DSST).
Des modèles statistiques ont été utilisés pour ajuster les résultats en fonction de divers facteurs de confusion potentiels, notamment l’âge, l’origine ethnique, le niveau d’éducation, l’hormonothérapie substitutive, la cause de la ménopause (naturelle ou chirurgicale), la graisse viscérale, la pression artérielle systolique, le débit cardiaque et le volume intracrânien.
Des risques accrus en cas de combinaison de facteurs
Les chercheurs ont constaté que l’âge de la ménopause modérait l’association entre la fonction cardiaque et la santé cérébrale. Plus précisément, chez les femmes ayant vécu une ménopause plus précoce, une FEVG plus faible était plus fortement associée à une réduction du volume de matière grise (β = –86,45 ; P = 0,0142) et à une augmentation de la charge d’hyperintensité de la substance blanche (β = 0,0012 ; P = 0,013).
Cependant, les résultats cognitifs n’étaient pas significativement associés à ces variables (MoCA : β = 0,0024 ; P = 0,251 ; DSST : β = –0,0046 ; P = 0,697).
« Ces résultats suggèrent qu’une ménopause précoce et une fonction cardiaque réduite pourraient avoir un effet cumulatif négatif sur la santé cérébrale », concluent les auteurs.
L’avis des experts
L’auteure principale, Taline Splinter, de l’Université de Toronto et du Sunnybrook Research Institute, a souligné l’importance de comprendre comment la ménopause influence le vieillissement cérébral.
« Nous ne comprenons pas encore pleinement comment la ménopause, et en particulier une ménopause précoce, affecte le vieillissement cérébral. En examinant l’intersection de la santé cardiaque et cérébrale, nous avons cherché à éclairer ce domaine de recherche important mais souvent négligé. »
Taline Splinter, Université de Toronto et Sunnybrook Research Institute
Stephanie Faubion, MD, MBA, directrice médicale de la Menopause Society, a souligné que ces travaux contribuent à une meilleure compréhension de la manière dont les facteurs spécifiques au sexe façonnent le risque de maladie.
« Ces résultats soulignent l’importance d’intégrer des facteurs spécifiques au sexe, tels que l’âge de la ménopause, dans la recherche sur le risque de démence et d’éclairer les stratégies de prévention et d’intervention ciblées. »
Stephanie Faubion, directrice médicale de la Menopause Society
Perspectives pour les recherches futures
Les résultats mettent en évidence le lien étroit entre la santé cardiovasculaire et neurologique chez les femmes. Les auteurs suggèrent qu’une ménopause précoce pourrait amplifier les effets d’un dysfonctionnement cardiaque subclinique sur le cerveau, ce qui pourrait entraîner une plus grande vulnérabilité à la neurodégénérescence et aux maladies cérébrovasculaires.
Des études longitudinales supplémentaires sont nécessaires pour déterminer si les interventions visant à préserver la santé cardiaque peuvent atténuer le vieillissement cérébral chez les femmes ayant subi une ménopause précoce. Alors que les maladies cardiovasculaires et la maladie d’Alzheimer restent des causes majeures de morbidité et de mortalité chez les femmes, cette étude souligne le potentiel des approches préventives intégrées ciblant à la fois la santé cardiaque et cérébrale.
Références
- The Menopause Society. Early menopause and reduced cardiac function may harm brain health. Communiqué de presse. 21 octobre 2025. Consulté le 25 octobre 2025.
- Splinter T, Alexander MW, Kirkham A, Einstein G, Rabin JS. The combined influence of early menopause and cardiac function on brain health. Résumé. Présenté lors de la réunion annuelle 2025 de la Menopause Society. 21–25 octobre 2025. Orlando, Floride.