Publié le 8 novembre 2025 09h30. Une vaste méta-analyse impliquant plus de 26 000 participants révèle que des modifications épigénétiques, notamment la méthylation de l’ADN, sont significativement liées au risque de développer une dépression majeure. Ces découvertes ouvrent de nouvelles pistes pour comprendre les mécanismes biologiques sous-jacents à cette maladie mentale fréquente.
- Des modifications de la méthylation de l’ADN, observées sur 15 sites spécifiques du génome, sont associées à un risque accru de dépression.
- Ces modifications touchent des gènes impliqués dans le fonctionnement cérébral, le métabolisme, l’indice de masse corporelle (IMC) et même les maladies auto-immunes.
- L’étude confirme un lien entre l’axe hypothalamo-hypophyso-cortico-surrénalien (HPA), impliqué dans la réponse au stress, et le développement de la dépression.
La dépression majeure représente un fardeau mondial majeur en termes de morbidité. Si les facteurs génétiques et environnementaux sont reconnus comme des contributeurs, les mécanismes précis qui les relient restent mal compris. Des recherches récentes mettent en lumière le rôle des mécanismes épigénétiques, des modifications de l’expression des gènes qui ne modifient pas la séquence de l’ADN elle-même. Une équipe dirigée par le Dr Xueyi Shen de l’Université d’Édimbourg a entrepris une analyse approfondie pour déterminer si des schémas épigénétiques spécifiques pouvaient être associés à la dépression.
Les chercheurs ont combiné les données de 18 études sur la méthylation de l’ADN, portant sur un total de 24 754 personnes d’origine européenne (dont 5 443 souffrant de dépression majeure). Ils ont également inclus un échantillon de 243 personnes atteintes de dépression et 1 846 témoins d’Asie de l’Est. Cette approche à grande échelle, appelée étude d’association à l’échelle du méthylome, a permis d’identifier 15 régions du génome où la méthylation de l’ADN était significativement différente entre les personnes souffrant de dépression et les témoins.
Ces régions incluent des gènes impliqués dans des fonctions cérébrales essentielles, le métabolisme, et la régulation du poids. De manière surprenante, des liens ont également été établis avec des gènes associés à des maladies auto-immunes telles que la sclérose en plaques (SEP) et la polyarthrite rhumatoïde, suggérant une complexité accrue dans la physiopathologie de la dépression. Cinq de ces régions concernent des gènes jouant un rôle crucial dans l’axe HPA, un système hormonal central dans la réponse au stress.
L’équipe a également identifié 37 régions où la méthylation de l’ADN était différentiellement régulée, dont une région associée à la schizophrénie et au trouble bipolaire dans des études antérieures. Il est important de noter que des tendances similaires ont été observées dans les données provenant des populations européennes et d’Asie de l’Est, renforçant la robustesse des résultats.
Selon les chercheurs, ces résultats suggèrent que certains schémas de méthylation, en particulier ceux affectant les gènes immunitaires, ne sont pas seulement corrélés à la dépression, mais pourraient activement contribuer à son développement. Les changements épigénétiques pourraient donc jouer un rôle déterminant dans la vulnérabilité d’un individu à la dépression.
Sources :
1. Shen X et coll. Nature Mental Health 2025
2. Communiqué de presse LMU Munich