Publié le 10 novembre 2025 à 11h00. Une avancée majeure dans la recherche d’anticorps monoclonaux vient d’être réalisée grâce à l’intelligence artificielle, ouvrant la voie à une production plus rapide et plus efficace de traitements contre diverses maladies, du cancer aux infections virales.
- L’intelligence artificielle (IA) est désormais capable de concevoir des anticorps humains spécifiques à des protéines virales.
- Cette nouvelle méthode pourrait accélérer considérablement le développement de traitements contre les menaces émergentes pour la santé.
- Environ 10 à 15 nouveaux médicaments à base d’anticorps monoclonaux sont approuvés chaque année en Europe et aux États-Unis.
Le système immunitaire, véritable chef-d’œuvre de la nature, repose sur un réseau complexe de cellules et de molécules aux capacités extraordinaires. Parmi ces acteurs clés figurent les anticorps, de minuscules machines biologiques produites par les lymphocytes B, dont la mission est d’identifier et de neutraliser les agents pathogènes. Ces anticorps sont constitués de deux parties : une structure commune à tous et une région variable, située à leurs extrémités, qui leur permet de reconnaître une multitude de menaces potentielles.
En exploitant cette capacité de reconnaissance, les chercheurs ont développé des outils extrêmement précis pour cibler pratiquement toute toxine ou tout agent pathogène. Ces outils, appelés anticorps monoclonaux, sont obtenus en créant des anticorps spécifiques à une cible précise, puis en les produisant en grande quantité grâce à la culture des lymphocytes B qui les fabriquent. Ce processus implique la fusion d’un lymphocyte B avec une cellule de myélome, donnant naissance à ce qu’on appelle un hybridome, une cellule immortelle capable de produire continuellement des anticorps.
Cependant, le développement d’anticorps monoclonaux spécifiques est une tâche complexe, reposant principalement sur des méthodes expérimentales. Pour obtenir un anticorps monoclonal humain contre un virus ou une bactérie, il est nécessaire de trouver un individu ou un animal ayant été infecté par l’agent pathogène et dont les cellules B produisent des anticorps contre celui-ci. Il faut ensuite isoler ces cellules B, créer des hybridomes et lancer la production. Bien qu’optimisé au fil du temps, ce processus reste long, coûteux et parfois inefficace, ce qui freine le potentiel de cette technologie.
L’IA accélère la production d’anticorps
Une étude publiée dans la revue Cell apporte une lueur d’espoir dans ce domaine. Une équipe multidisciplinaire a démontré qu’un modèle d’intelligence artificielle, spécialisé dans la conception de protéines, est capable de créer des anticorps humains capables de reconnaître des protéines spécifiques à des virus.
Pour tester ce modèle, baptisé MAGE (Monoclonal Antibody Generator), les chercheurs l’ont entraîné en lui fournissant les séquences d’anticorps monoclonaux spécifiques au virus de la grippe aviaire H5N1. Une fois entraîné, MAGE a pu concevoir de nouveaux anticorps contre d’autres souches du virus, qui n’avaient jamais été observées dans la nature mais qui pourraient émerger à l’avenir.


Visualisation par microscopie électronique cryogénique (cryo-EM) de la structure d’une protéine de fusion du virus respiratoire syncytial (en rose) liée à des fragments de deux anticorps (foncé/clair et bleu/vert) conçus par le modèle de langage protéique des chercheurs, MAGE.
MAGE permettrait ainsi de se préparer aux menaces émergentes pour la santé. Les chercheurs pourraient ainsi sauter l’étape initiale de production d’anticorps monoclonaux. Au lieu de rechercher un individu infecté et d’analyser ses lymphocytes B, ils pourraient directement concevoir des hybridomes personnalisés en y introduisant les séquences générées par MAGE.
« Cette étude représente une étape importante vers notre objectif ultime : utiliser des ordinateurs pour concevoir de manière efficace et efficiente de nouveaux produits biologiques à partir de zéro et les traduire en applications cliniques. »
Ivelin Georgiev, auteur de l’étude
Des perspectives prometteuses pour diverses thérapies
Les anticorps monoclonaux sont déjà utilisés dans le traitement de nombreuses maladies. Ivelin Georgiev souligne que : « Cette nouvelle approche aura un impact positif significatif sur la santé publique et pourra être appliquée à un large éventail de maladies, notamment le cancer, les maladies auto-immunes, les maladies neurologiques et bien d’autres. »
Selon la Société d’anticorps, environ 10 à 15 nouveaux médicaments à base d’anticorps monoclonaux sont approuvés chaque année aux États-Unis et en Europe. Ces thérapies sont utilisées pour traiter des pathologies aussi diverses que l’asthme, la polyarthrite rhumatoïde, la maladie de Crohn, pour prévenir le rejet de greffe ou comme traitement du cancer.
L’arrivée de l’IA devrait entraîner une augmentation significative de ce chiffre. Les auteurs de l’étude précisent qu’ils n’ont pour l’instant analysé qu’une petite partie des séquences générées par MAGE, mais qu’ils pensent que de nombreux autres anticorps intéressants pourraient se cacher parmi ces données. Ils appellent toutefois à la prudence lors de l’utilisation de cette technologie contre d’autres antigènes pour lesquels aucun anticorps monoclonal n’a encore été développé, car l’efficacité pourrait être moindre. Néanmoins, même un résultat imparfait pourrait offrir un espoir aux patients atteints de maladies considérées comme incurables.
