Interrogé par le quotidien espagnol El País lors d’un festival à Bilbao, le romancier Michel Houellebecq a estimé qu’une présidence de Marine Le Pen ne serait pas très différente de ce que fait Giorgia Meloni en Italie
, selon des propos rapportés par Le Figaro et 20 Minutes.
Le positionnement politique du Rassemblement national jugé hors de l’extrême droite
Au cours de cet entretien mené en Espagne, l’auteur a rejeté l’étiquette d’extrême droite traditionnellement attribuée au Rassemblement national, préférant le classer parmi les partis nationalistes, conservateurs ou très conservateurs
. L’écrivain a également estimé que Marine Le Pen n’a pas hérité des obsessions de son père
, faisant référence au cofondateur du Front national décédé en janvier 2025, d’après les informations publiées par RTL.
Concernant la cheffe du gouvernement italien, l’auteur note qu’une fois au pouvoir, la présidente du Conseil des ministres aurait davantage fait preuve de pragmatisme que de conservatisme, brouillant ainsi son positionnement politique. Il décrit cette tendance européenne comme une droite illibérale qui ne fait pas l’apologie de la violence et peut s’opposer à certains aspects de la démocratie libérale, comme les droits des minorités, mais sans vouloir la supprimer
.
Cette vision intervient alors que le paysage institutionnel français a déjà eu à trancher sur cette terminologie. En 2023, le Conseil d’État avait validé le classement de la formation politique à l’extrême droite, estimant que cette appellation pouvait légitimement s’appliquer aux candidats du parti lors des scrutins, malgré les tentatives de la formation pour modifier une circulaire du ministère de l’Intérieur. Pour le politologue Jean-Yves Camus, cité par Le Figaro, il n’existe pas de définition scientifique de l’extrême droite, même si le parti de Marine Le Pen et son mouvement ne seraient pas « fascistes » selon le romancier.
L’usage des termes politiques et la réaction de la gauche
Il a estimé que les notions historiques précises du fascisme possédaient des caractéristiques très précises — telles que le culte du chef, le goût pour la guerre et l’intolérance envers l’ennemi politique — et que ces termes sont désormais employés un peu à toutes les sauces, pour insulter n’importe qui
.
Pour Michel Houellebecq, une présidence de Marine Le Pen « ne serait pas très différente de ce que fait Giorgia Meloni » en Italie https://t.co/ymVodKxDqQ
L’écrivain élargit son analyse à l’échelle européenne, pointant une dynamique générale de nationalistes ultraconservateurs
. Selon ses propos rapportés par Observatorial, cette lame de fond pousse une gauche craintive à classer tout le monde à l’extrême-droite
. Il a ajouté que le niveau de militantisme de gauche a considérablement baissé
comparativement à sa jeunesse, époque où les gens de gauche avaient lu ou étaient en train de lire Karl Marx.
Cette réflexion s’inscrit dans les prises de position successives du septuagénaire, qui s’était notamment exprimé dans la presse danoise en juin 2025 pour s’interroger sur la réalité du wokisme, prophétiser la mort à venir du christianisme et questionner le prétendu triomphe de la droite dans le débat des idées.
