L’attrait de l’économie indienne en pleine croissance séduit de plus en plus les investisseurs asiatiques, mais leurs stratégies divergent considérablement. Alors que les entreprises japonaises adoptent une approche prudente et progressive, Singapour mise sur des investissements massifs et la Corée du Sud privilégie la création d’écosystèmes industriels et culturels.
Les promoteurs immobiliers japonais, tels que Mitsui Fudosan et Sumitomo Realty, accélèrent leurs investissements en Inde, attirés par la hausse des loyers des bureaux, les coûts de construction relativement faibles et la dynamique économique du pays. Mitsui Fudosan, le plus grand promoteur immobilier du Japon, a fait son entrée sur le marché indien en 2020 grâce à un partenariat avec RMZ Immobilier à Bangalore et prévoit désormais de nouveaux investissements de 30 à 35 milliards de yens (environ 190 à 225 millions de dollars américains) dans de nouveaux projets. Une équipe dirigeante de Mitsui a visité Mumbai et Delhi en novembre 2025 pour identifier de nouvelles opportunités, signalant un engagement à long terme.
Cette poussée est alimentée par plusieurs facteurs clés. La croissance du produit intérieur brut (PIB) indien et l’expansion des entreprises stimulent la demande d’espaces de bureaux et résidentiels. Les loyers commerciaux dans les grandes villes comme Bangalore, Mumbai et Gurugram sont en augmentation, offrant des rendements attractifs. De plus, l’Inde offre des coûts de construction inférieurs à ceux du Japon et d’autres marchés asiatiques, améliorant ainsi les marges bénéficiaires. L’essor du crédit privé en Inde, avec des taux de rendement de 12 à 21 %, rend également le secteur immobilier particulièrement attractif pour les investisseurs.
Cependant, le marché indien présente des défis. La complexité réglementaire et les obstacles bureaucratiques restent des préoccupations majeures. Une offre excédentaire dans certains segments, tels que les logements de luxe et les parcs de bureaux, pourrait également freiner les rendements. Enfin, les nouveaux codes du travail, qui entreront en vigueur fin 2025, pourraient modifier les coûts de construction et la gestion de la main-d’œuvre.
Les développeurs japonais ne recherchent pas uniquement des gains à court terme. Ils considèrent l’Inde comme un marché à long terme, capable de rivaliser avec l’Asie du Sud-Est. Le secteur immobilier indien devrait croître de 385 milliards de dollars en 2024 pour atteindre 1 000 milliards de dollars d’ici 2030, ce qui correspond à une phase de transformation de l’industrie.
Singapour, en revanche, adopte une approche beaucoup plus agressive. CapitaLand Investment prévoit d’investir 90 200 crores de roupies (environ 14,8 milliards de dollars américains) d’ici 2028, doublant ainsi ses fonds sous gestion en Inde. Canton du Phare vise quant à lui 1,5 milliard de dollars d’investissements, répartis entre le crédit privé (1 milliard de dollars) et l’immobilier (500 millions de dollars). Singapour mise sur des actifs de qualité institutionnelle, le capital-investissement immobilier et la gestion de fonds à grande échelle, tirant parti de ses réseaux de capitaux mondiaux.
La Corée du Sud, enfin, se concentre sur la création d’écosystèmes industriels et culturels. Des entreprises comme Hyundai, LG et Samsung, ainsi que des développeurs de niche, investissent dans des parcs industriels et des communautés d’expatriés. Un exemple notable est le projet « Mini Corée » à Talegaon, près de Pune, qui vise à combiner identité culturelle et croissance immobilière. L’investissement coréen, bien que plus modeste en termes de fusions et acquisitions (228 millions de dollars américains en 2024), est fortement ancré dans l’expansion industrielle et le rayonnement culturel.
En résumé, la stratégie japonaise se caractérise par une approche prudente et progressive, privilégiant la stabilité et les partenariats à long terme. Singapour, quant à elle, considère l’Inde comme un marché mondial en pleine croissance et évolue de manière agressive avec le capital institutionnel. La Corée du Sud, enfin, mise sur la construction d’écosystèmes industriels et culturels, intégrant sa présence sur le long terme.
L’entrée en matière du Japon, axée sur la gestion des risques, contraste fortement avec les paris à gros capital de Singapour et l’intégration communautaire-industrielle de la Corée du Sud.