Poitiers est le reflet d’un débat national : à la veille de l’avis du Conseil d’État sur l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, des adolescents de la ville témoignent de leur usage quotidien de plateformes comme TikTok et Instagram, révélant une dépendance croissante et des préoccupations grandissantes.
Selon une étude récente de Santé publique France, les 6-17 ans passent en moyenne plus de quatre heures par jour devant les écrans. Ce chiffre souligne l’urgence de la question, alors que le gouvernement envisage également de restreindre l’usage du téléphone portable au lycée.
Au centre commercial des Cordeliers, Rose, 14 ans, attend ses amis, le téléphone à la main. Elle énumère spontanément les applications qui occupent une grande partie de son temps : « TikTok, Snapchat, Instagram ». Elle avoue y consacrer environ cinq heures par jour, principalement à envoyer des messages et à regarder des vidéos. « Ça me vide un peu le cerveau… Quand j’ai des problèmes, ça me distrait », confie-t-elle, reconnaissant malgré tout l’aspect addictif de ces plateformes. « Oui, ça rend addict un peu. »
Guilhem, 15 ans, partage ce constat. Il a même tenté de supprimer TikTok, mais a rapidement retrouvé ses habitudes. « Moi j’ai supprimé TikTok… mais finalement je passais mon temps sur les reels Instagram, donc j’ai réinstallé TikTok. »
Face à une éventuelle interdiction, les réactions sont partagées. Guilhem, 14 ans, y voit un avantage : « Moi je préférerais en vrai, parce que même quand on est entre potes et qu’on regarde nos téléphones, on se parle moins, c’est pas fou… ». Jean, du même âge, est plus sceptique quant à l’efficacité de la mesure. « À moins qu’ils mettent un truc où il faut une carte d’identité, ça va être compliqué. »
Rose, elle, anticipe déjà les moyens de contourner l’interdiction. « Moi j’utiliserais la carte d’identité de mon père. » Sa copine renchérit : « Moi celle de ma mère. Je pense qu’elle serait d’accord. »
Pour le Pr Ludovic Gicquel, chef du pôle de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent au Centre hospitalier Henri-Laborit à Poitiers, l’enjeu est bien plus profond qu’une simple question d’usage. « Le cerveau des moins de quinze ans est encore plus vulnérable que celui des plus de quinze ans… Ce n’est pas une exposition neutre. » Il explique que les réseaux sociaux agissent directement sur la chimie cérébrale et les circuits de récompense, une sur-sollicitation qui peut fragiliser les adolescents, en particulier en période de stress ou de moral bas, et impacter leur développement.
