Home SantéComment Ozempic et Wegovy réduisent discrètement les factures alimentaires des États-Unis

Comment Ozempic et Wegovy réduisent discrètement les factures alimentaires des États-Unis

by Sophie Martin

Publié le 12 janvier 2024 06:40:00. L’essor de médicaments amaigrissants comme Ozempic et Wegovy aux États-Unis ne se limite pas à la perte de poids : une étude révèle une baisse significative des dépenses alimentaires des ménages, touchant aussi bien les courses que les repas pris à l’extérieur.

  • L’étude de l’Université Cornell montre une réduction moyenne de 5,3 % des dépenses d’épicerie dans les six mois suivant le début d’un traitement par agonistes des récepteurs GLP-1.
  • Les ménages à revenus plus élevés enregistrent une baisse encore plus marquée, dépassant les 8 % pour les achats en supermarché.
  • La consommation de produits ultra-transformés, de snacks et de restauration rapide diminue de manière notable, tandis que certains achats, comme les yaourts et les fruits frais, augmentent légèrement.

L’utilisation croissante de médicaments tels qu’Ozempic et Wegovy, initialement conçus pour traiter le diabète de type 2, a des répercussions inattendues sur les habitudes de consommation des Américains. Une recherche récente menée par l’Université Cornell, et publiée dans le Journal de recherche marketing, met en évidence une corrélation claire entre la prise de ces médicaments, appelés agonistes des récepteurs GLP-1, et une diminution des dépenses alimentaires.

Les chercheurs ont croisé les données déclaratives des consommateurs concernant l’utilisation de ces médicaments avec des relevés d’achats détaillés provenant d’un panel de plus de 150 000 foyers américains, fourni par la société d’études de marché Numerator. Cette approche, basée sur des données de transactions réelles, offre une perspective plus précise que les études antérieures qui s’appuyaient sur des auto-déclarations.

Les résultats sont sans équivoque : dans les six mois suivant le début d’un traitement par agonistes des récepteurs GLP-1, les dépenses d’épicerie ont diminué en moyenne de 5,3 % au sein des foyers. Cette baisse est encore plus prononcée chez les ménages les plus aisés, avec une réduction de plus de 8 %. La consommation en restauration rapide, dans les cafés et autres établissements proposant des repas rapides a également reculé d’environ 8 %.

Sylvia Hristakeva, professeure adjointe de marketing, précise que cette tendance à la baisse se maintient pendant au moins un an pour les personnes qui continuent leur traitement, mais que son ampleur diminue progressivement avec le temps.

« Les données montrent des changements évidents dans les dépenses alimentaires suite à l’adoption. Après l’arrêt, les effets deviennent plus faibles et plus difficiles à distinguer des modèles de dépenses préalables à l’adoption. »

Sylvia Hristakeva, professeure adjointe de marketing

L’analyse des données révèle que la diminution des dépenses n’est pas uniforme pour tous les types d’aliments. Les baisses les plus importantes concernent les produits ultra-transformés, riches en calories et souvent associés aux envies de grignotage. Les achats de snacks salés ont ainsi chuté d’environ 10 %, tout comme ceux de sucreries, de produits de boulangerie et de biscuits. Même les achats de produits de base comme le pain, la viande et les œufs ont connu une légère diminution.

À l’inverse, certaines catégories d’aliments ont enregistré une légère augmentation de leur consommation, notamment les yaourts, les fruits frais, les barres nutritionnelles et les collations à base de viande.

« La principale tendance est une réduction des achats alimentaires globaux. Seul un petit nombre de catégories affichent des augmentations, et ces augmentations sont modestes par rapport à la baisse globale. »

Sylvia Hristakeva, professeure adjointe de marketing

Ces changements dans les habitudes de consommation pourraient avoir des conséquences importantes pour l’industrie agroalimentaire, les restaurants et les détaillants. Si l’utilisation des agonistes des récepteurs GLP-1 continue de se développer, ces acteurs devront peut-être repenser leurs stratégies en matière de taille des emballages, de formulation des produits et de marketing, en particulier pour les snacks et la restauration rapide.

Au-delà des implications économiques, cette étude soulève des questions importantes pour les décideurs politiques et les experts en santé publique. Les résultats suggèrent que les traitements médicaux peuvent influencer le comportement alimentaire de manière significative, et interrogent sur l’efficacité des outils traditionnels de santé publique, tels que les taxes alimentaires et les étiquettes nutritionnelles, pour modifier les habitudes alimentaires.

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