Les aliments ultra-transformés, omniprésents dans nos assiettes, sont désormais pointés du doigt comme un facteur majeur de l’explosion des maladies chroniques. Une vaste étude publiée dans la revue The Lancet alerte sur leurs effets délétères sur la santé, appelant à des mesures urgentes pour limiter leur consommation.
L’étude, basée sur l’analyse de plus d’une centaine d’enquêtes et d’indicateurs économiques à long terme, établit un lien direct entre la consommation croissante d’aliments ultra-transformés et l’augmentation des risques de maladies telles que l’obésité, le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires, la dépression et même certains cancers. Les chercheurs soulignent que ces produits, souvent riches en sucres, graisses et additifs, et pauvres en nutriments essentiels, provoquent des « résultats néfastes dans presque tous les systèmes biologiques ».
Selon les auteurs, dont l’Espagnole María Bes-Rastrollo, de l’Université de Navarre, et Renata Bertazzi Levy, de l’Université de Salamanque, le remplacement des régimes alimentaires traditionnels par ces produits industriels est un « facteur clé dans l’augmentation du fardeau mondial des maladies chroniques liées à l’alimentation ». Ils provoquent également des inflammations, des troubles métaboliques, un déséquilibre du microbiote intestinal et des dysfonctionnements hépatiques.
Ces aliments, décrits comme étant « fabriqués avec des ingrédients bon marché, combinés avec des additifs et contenant pour la plupart peu ou pas d’aliments complets », représentent désormais environ 50 % de l’alimentation des ménages dans le monde, et leur consommation est en constante augmentation, particulièrement dans les pays à faible revenu. En Espagne, par exemple, leur part dans les achats alimentaires des ménages est passée de 11 % à 32 % en trois décennies.
L’étude met en évidence le rôle des multinationales agroalimentaires, dont les stratégies commerciales visent à stimuler la consommation de ces produits ultra-transformés au détriment d’une alimentation saine et durable. Carlos Monteiro, chercheur à l’Université de São Paulo et principal auteur de l’étude, explique que « ce changement de régime alimentaire est motivé par de puissantes sociétés mondiales qui génèrent d’énormes profits en donnant la priorité aux produits ultra-transformés, avec le soutien d’un marketing intense et d’un lobby politique intense pour mettre fin aux politiques de santé publique efficaces qui promeuvent une alimentation saine ».
Face à cette situation, les chercheurs préconisent des mesures de santé publique ambitieuses, telles que des restrictions sur la publicité, notamment celle ciblant les enfants, l’interdiction de la vente de ces produits dans les écoles et les hôpitaux, et même dans les supermarchés. The Lancet appelle également à l’apposition de « marqueurs de colorants, de saveurs et d’édulcorants », à l’identification claire des aliments malsains et à l’instauration d’étiquettes d’avertissement obligatoires sur les emballages. Une augmentation des taxes sur ces produits est également envisagée.
Bien que d’autres études aient déjà alerté sur les dangers des aliments ultra-transformés, cette nouvelle recherche se distingue par l’ampleur des données analysées – 104 études à long terme – et par sa capacité à établir des liens solides entre la consommation de ces produits et l’évolution des régimes alimentaires sur tous les continents. Les auteurs insistent sur le fait que le besoin de preuves supplémentaires ne doit pas retarder la mise en œuvre de politiques publiques visant à promouvoir une alimentation saine et à protéger les populations contre les effets néfastes des aliments ultra-transformés.