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Moscou utilise Oreshnik pour exercer une pression psychologique

by Clara Dubois

Publié le 13 janvier 2026 à 22h45. La Russie a utilisé un missile balistique de portée intermédiaire, le Oreshnik, pour frapper une infrastructure critique dans la région de Lviv, en Ukraine, à environ 70 kilomètres de la frontière polonaise. Cette attaque, selon les experts, vise à exercer une pression psychologique sur l’Ukraine, ses alliés occidentaux et l’opinion publique russe.

  • L’utilisation de missiles balistiques contre l’Ukraine les 8 et 9 janvier a eu une dimension démonstrative, s’adressant à l’Ukraine, à ses partenaires occidentaux et à la population russe.
  • Les frappes russes répétées contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes en hiver témoignent d’une volonté de terroriser la population civile.
  • Moscou continuera probablement à combiner des frappes militaires avec des opérations psychologiques pour déstabiliser ses adversaires.

Dans la nuit du 8 au 9 janvier, l’armée russe a mené une attaque contre une infrastructure critique dans la région de Lviv, en Ukraine. La cible se trouvait à environ 70 kilomètres (43,5 miles) de la frontière polonaise Radio Svoboda, 9 janvier). Le Service de sécurité ukrainien (SBU) a ensuite identifié des fragments du missile utilisé, qui s’avère être un missile balistique à portée intermédiaire (IRBM) de type Oreshnik. La Russie avait déjà employé ce type de missile une fois contre l’Ukraine en 2024 (voir GED, 21 novembre 2024 ; SBU, 9 janvier). Le ministère russe de la Défense a confirmé l’attaque, affirmant que les forces armées russes avaient utilisé le système de missiles terrestres mobiles à moyenne portée Oreshnik contre des cibles critiques en Ukraine, en représailles à ce qu’il qualifie d’« attaque terroriste du régime de Kiev » contre la résidence de Vladimir Poutine dans la région de Novgorod, le 29 décembre 2025 (Telegram/@mod_russia, 9 janvier).

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a démenti toute frappe contre la résidence de Valdaï de Poutine (voir GED, 12 janvier). Il a accusé les Russes de diffuser de fausses informations en réaction aux discussions fructueuses entre les équipes ukrainienne et américaine sur le processus de paix, notamment sa rencontre avec le président américain Donald Trump le 28 décembre 2025 (Ukrinform, 30 décembre 2025). Pour Moscou, il s’agit de présenter Kiev comme un agresseur entravant les négociations et indigne du soutien américain. Des agences de renseignement américaines ont également confirmé l’absence d’attaque (DW, 1er janvier). Donald Trump a par la suite déclaré qu’il ne croyait pas à cette attaque (Reuters, 5 janvier).

En Russie, cette situation a suscité des appels à la vengeance. Des blogueurs et responsables politiques russes ont assimilé le gouvernement ukrainien à des organisations terroristes, exigeant la destruction de Zelensky, des « frappes de représailles » contre les institutions gouvernementales de Kiev et les infrastructures critiques (BBC Russian, 30 décembre 2025). Ces demandes se sont intensifiées après l’opération américaine au Venezuela contre Nicolas Maduro et la saisie du pétrolier Bella-1 (anciennement Marinera), malgré la présence de navires militaires russes à proximité et le changement de pavillon du navire en Russie pour le protéger. Le sommet de la « Coalition des volontaires » à Paris le 6 janvier, et l’annonce de la volonté des pays partenaires de déployer des forces militaires en Ukraine pour soutenir le processus de paix, ont également joué un rôle (Telegram ; Président de l’Ukraine, 6 janvier).

Comme prévu, la Russie intensifie ses attaques contre les infrastructures énergétiques critiques pendant les mois d’hiver, afin de maximiser l’impact psychologique des frappes (voir EDM, 1er août 2024 ; EDM, 16 octobre 2025). Des sources russes non confirmées évoquent une installation souterraine de stockage de gaz dans la région de Lviv comme cible de l’attaque (@wargonzo, 9 janvier). Le maire de Lviv, Andriy Sadovyi, s’est limité à indiquer qu’une infrastructure de la région avait été visée (@andriysadovyi, 9 janvier).

Le moment, le lieu, la cible et le type de missile utilisé suggèrent qu’il ne s’agissait pas d’une frappe purement militaire, mais d’une opération psychologique destinée à intimider la population et les décideurs en Ukraine, aux États-Unis et dans l’Union européenne. Des experts ukrainiens partagent cette analyse. Anatoli Khrapchynskyi, directeur adjoint d’une entreprise d’équipement de guerre électronique et ancien officier de l’armée de l’air ukrainienne, a souligné qu’il s’agissait d’un signal direct adressé à l’Europe, compte tenu du temps de vol du missile jusqu’à la frontière de l’UE (10 à 15 minutes). Il estime que le Oreshnik restera une « tentative coûteuse et injustifiée de la Russie de prouver sa grandeur, qui diminue de jour en jour » (@ginandtolik, 9 janvier).

Anton Gerashchenko, ancien conseiller du ministre ukrainien de l’Intérieur et fondateur de l’Institut du Futur, partage ce point de vue, qualifiant l’attaque de « frappe démonstrative qui n’a abouti à rien ». Il insiste sur la nécessité d’un soutien maximal à l’Ukraine cet hiver et d’une pression accrue sur la Russie (X/@Gerashchenko_fr, 9 janvier). L’expert militaire Pavlo Narozhnyi considère la frappe comme une démonstration de capacités plutôt qu’une véritable attaque. Il s’agit, selon lui, d’un signal adressé à l’Occident, l’attaque ayant eu lieu près de la frontière polonaise, un pays membre de l’OTAN (24 canaux, 9 janvier). L’Institut pour l’étude de la guerre (ISW) estime que cette frappe s’inscrit dans les efforts du Kremlin pour saper le soutien occidental à l’Ukraine (ISW, 9 janvier). Cette interprétation est corroborée par la diffusion de récits similaires dans des sources pro-russes douteuses (Analyse NoctiLux, 10 janvier).

Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Sybiha, a déclaré que

« Poutine utilise un IRBM près des frontières de l’UE et de l’OTAN en réponse à ses propres hallucinations – il s’agit véritablement d’une menace mondiale. Et cela exige des réponses mondiales. »

Andrii Sybiha, ministre ukrainien des Affaires étrangères. Zelensky a souligné que la frappe était « nettement proche des frontières de l’Union européenne. En termes d’utilisation de missiles balistiques à moyenne portée, cela pose le même défi pour tous : Varsovie, Bucarest, Budapest et pour de nombreuses autres capitales également » (X/@ZelenskyyUa, 9 janvier). L’objectif psychologique de cette frappe rappelle l’utilisation antérieure du Oreshnik contre une installation industrielle à Dnipro le 21 novembre 2024, une tactique d’intimidation plutôt qu’une tentative de causer des dommages réels ou d’obtenir un avantage militaire (voir EDM, 21 novembre 2024 ; EDM, 3 février 2025).

La récente attaque de Moscou avec l’IRBM Oreshnik contre l’Ukraine met en évidence plusieurs tendances. La Russie, en perte de poids géopolitique, tente de compenser par des actions démonstratives lorsqu’elle se sent impunie et forte. Ces actions visent moins un effet militaire qu’un effet psychologique – intimider l’Ukraine et l’Europe, et influencer positivement l’opinion publique russe en minimisant l’absence de progrès significatifs sur le front. Cette attaque pourrait signaler la poursuite de la tactique de la terreur contre la population civile ukrainienne, dans le but de créer les conditions d’un soulèvement et du renversement du gouvernement actuel afin de forcer Kiev à accepter une reddition et à mettre fin aux attaques contre les infrastructures critiques.

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