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Navigating White Hollywood and the Pressure to Code-Switch

by Antoine Girard

Hollywood reste un lieu où l’apparence prime, même pour ceux qui y ont réussi. L’acteur américano-dominicain Danny Martinez dénonce les pressions persistantes pour se conformer à des standards esthétiques qui ne sont pas les siens, et plaide pour un changement profond dans les coulisses de l’industrie.

L’acteur se souvient d’une scène sur un tournage où un réalisateur lui a demandé, avec sérieux, de modérer ses gestes à l’écran. « Pas trop de mains ethniques ! », lui aurait-il lancé. Une expérience vécue qui illustre, selon lui, la manière dont l’industrie du cinéma continue de privilégier une certaine esthétique, souvent blanche. « Je me suis rendu compte que mon corps était devenu un objet de désir pour une audience blanche, et tant que les décideurs et ceux qui signent les chèques resteront majoritairement blancs, je devrai continuer à être désirable à leurs yeux », explique-t-il.

Martinez souligne que si les salaires élevés sont appréciables, ils ne suffisent pas à changer la donne. « C’est bien de recevoir des chèques importants – j’ai un loyer à payer – mais rien ne changera tant que je ne serai pas moi-même, et les personnes qui me ressemblent, à signer ces chèques », affirme-t-il. Il établit un parallèle entre cette exigence de désirabilité et un sentiment d’inutilité : si l’on ne correspond pas aux attentes, on est considéré comme sans valeur.

En 2020, il avait déjà exploré ce paradoxe dans un court-métrage pour le New York Times, illustrant la nécessité de se démarquer tout en s’assimilant aux codes de la culture dominante. Il évoque la pression de devoir « apprivoiser » ses boucles naturelles pour correspondre à l’image des héros qu’il admirait enfant.

Malgré les discours sur la diversité et l’inclusion qui se sont multipliés, notamment après les manifestations déclenchées par la mort de George Floyd en 2020, Martinez constate que les progrès restent limités. Selon une étude de Pew Research menée en 2020, les personnes d’origine latine représentaient 18 % de la population américaine et étaient responsables de la moitié de la croissance démographique entre 2010 et 2019. « Quand verrons-nous cette diversité reflétée à l’écran ? », se demande-t-il.

L’acteur admet qu’il continue de se questionner sur son apparence et son adéquation aux attentes de l’industrie. Il se demande s’il doit accepter les rôles stéréotypés de criminels ou de trafiquants qui lui sont encore souvent proposés. « Nous vivons dans un monde où les corps issus de cultures minoritaires sont constamment invités à renoncer à des parties d’eux-mêmes pour progresser », déplore-t-il.

Martinez critique également l’obsession pour les stéréotypes, qui entrave la création de récits nuancés et authentiques. Il dénonce l’existence de produits comme le NoseSecret, un tube en plastique vendu pour affiner le nez, comme un symptôme de cette pression à se conformer. « On considère ceux qui se font du mal comme un danger pour eux-mêmes et pour la société. Mais qu’en est-il de l’auto-détestation ? Qui nous protège de tous les compromis que nous faisons pour le regard des autres ? », s’interroge-t-il.

Il se souvient des conseils de son père, qui lui avait dit : « Ça va être dur, mais travaille ton apparence. Fais semblant jusqu’à ce que tu y arrives. » Il a suivi ce conseil, se coupant les cheveux et subissant une rhinoplastie sur les conseils de son agent, ce qui lui a permis de travailler davantage. « C’est le triste constat de tout cela », confie-t-il.

Martinez s’insurge également contre les remarques condescendantes de certains acteurs blancs, qui lui disent qu’il a de la chance d’être latino dans un contexte où la diversité est valorisée. Il critique également le système qui empêche les personnages principaux de changer et d’évoluer, car les producteurs craignent le changement.

Il appelle à une remise en question des images et des récits véhiculés sur la race et l’humanité. « Qu’est-ce qui nous a été enseigné depuis notre naissance ? », demande-t-il. Il plaide pour une industrie qui produise des films nuancés, complexes et honnêtes, et qui commence par changer les personnes qui racontent ces histoires.

« J’aimerais voir une comédie romantique à New York avec des personnages bruns, une fantasy futuriste afro-dominicaine avec une musique bachata, une comédie entre un Indien et un Portoricain, ou une romance entre deux étudiants cambodgiens américains, où les personnages principaux sont simplement en train de vivre leur vie, sans que tout tourne autour de leur identité raciale », illustre-t-il.

Martinez affirme avoir évolué dans sa relation au « code-switching », et avoir choisi d’assumer ses boucles naturelles. Il encourage ses collègues latinos et personnes de couleur à défendre leurs limites et à créer leurs propres œuvres. « Tant que le lion n’aura pas appris à écrire, chaque histoire glorifiera le chasseur. C’est pourquoi le lion doit écrire », conclut-il, appelant à un soutien financier concret aux artistes issus de la diversité.

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