Publié le 12 décembre 2025 à 05:44:00. L’Europe s’inquiète d’un possible rapprochement entre l’administration Trump et la Russie sur le dossier ukrainien, tandis que les garanties de sécurité occidentales pour Kiev restent incertaines. Des confidences révélées par le magazine Der Spiegel témoignent d’une profonde méfiance envers Washington et d’une confusion grandissante au sein des pays européens.
- Des dirigeants européens expriment leur désespoir face à la pression exercée par l’administration américaine sur l’Ukraine pour parvenir à un accord de paix avec la Russie.
- Une téléconférence récente entre responsables européens révèle une méfiance croissante envers les États-Unis, perçus comme plus proches de Vladimir Poutine que de leurs alliés traditionnels.
- La nouvelle stratégie de sécurité américaine, dévoilée début décembre, semble valider une vision du monde proche de celle du Kremlin, notamment en remettant en question l’expansion de l’OTAN.
La relation entre l’administration Trump et l’Europe est marquée par une ambivalence constante, oscillant entre des signes d’affection, du mépris et une hostilité ouverte. Cette situation inquiète particulièrement les pays européens, alors que la guerre en Ukraine continue de faire des ravages et que l’avenir de Kiev reste incertain.
Le 1er décembre dernier, plusieurs dirigeants européens, dont la chancelière allemande Frédéric Merz, le président ukrainien Volodymyr Zelensky, le président français Emmanuel Macron, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et la Première ministre danoise Mette Frederiksen, ont participé à une conférence téléphonique confidentielle pour discuter de la situation en Ukraine. Les discussions ont notamment porté sur l’avancée des forces russes sur le front et les pressions exercées par Washington sur Kiev pour négocier un cessez-le-feu avec le Kremlin.
Lors de cet échange, Mette Frederiksen a exprimé sa gratitude envers Ursula von der Leyen pour son travail, mais a également soulevé une question cruciale : « Quel est notre plan B ? ». Cette interrogation reflète l’absence de solution de rechange claire en cas de compromis imposé à l’Ukraine par les États-Unis et la Russie, un compromis que ni Kiev ni les Européens ne pourraient accepter.
Selon des informations obtenues par le magazine allemand Der Spiegel, les garanties de sécurité occidentales pour l’Ukraine restent fragiles. Les dirigeants européens, bien que publiquement soutenant les efforts de Trump pour mettre fin au conflit, expriment en privé leur méfiance envers l’administration américaine et son entourage, les considérant davantage comme des rivaux que comme des alliés.
« Ils jouent à des jeux avec vous et avec nous. »
Frédéric Merz, chancelier allemand
Cette perception est renforcée par la nouvelle stratégie de sécurité américaine, publiée le 4 décembre, qui semble légitimer l’influence des grandes puissances sur leurs voisins. Le document de 33 pages affirme notamment que « l’influence indue de nations plus grandes, plus riches et plus puissantes est une vérité éternelle des relations internationales ». Cette approche est perçue comme un signal inquiétant quant à l’engagement américain envers la souveraineté des États et le respect du droit international.
L’administration Trump ne cache pas son opinion sur l’Europe, la qualifiant parfois de « dysfonctionnelle » ou en « déclin total ». Pour Vladimir Poutine, cette situation représente un avantage stratégique majeur, lui permettant de négocier avec Trump sur un pied d’égalité, sans les critiques constantes des Européens. La nouvelle stratégie de sécurité américaine, qui rejette l’expansion de l’OTAN et se rapproche de la vision du monde du Kremlin, est perçue comme une victoire pour le président russe.
Selon Der Spiegel, l’Europe ne peut survivre qu’en s’affirmant face à la Russie et en devenant indépendante des États-Unis. Le magazine souligne que l’Ukraine ne peut pas gagner seule contre la Russie, mais qu’il serait imprudent de la forcer à accepter une paix qui ne ferait que donner un répit à Poutine pour de futures agressions. Il critique également la déclaration de Macron, il y a quelques années, jugeant l’OTAN « en mort cérébrale », estimant qu’il serait naïf de compter sur l’alliance atlantique dans le contexte actuel.
Les gouvernements européens sont conscients de cette situation, mais hésitent à prendre des mesures concrètes par crainte d’un conflit ouvert avec Washington. Ils redoutent également d’assumer pleinement la responsabilité de leur propre sécurité et de faire usage de leur puissance économique.
Cependant, comme le souligne Emily Harding, analyste au CSIS (Center for Strategic and International Studies) de Washington, le véritable rival des États-Unis est la Chine et ses ambitions en Asie. Le CSIS estime qu’une Europe forte est essentielle pour stabiliser l’ordre mondial et dissuader à la fois la Russie et la Chine.
La Maison Blanche, par la voix de sa secrétaire de presse Caroline Levitt, a récemment déclaré que Donald Trump en a assez des réunions stériles sur les négociations de paix. Elle a précisé que l’administration avait déjà consacré plus de 30 heures à des rencontres avec des représentants de l’Ukraine, de la Russie et des pays européens. Le président américain lui-même estime que seul Volodymyr Zelensky s’oppose à son plan de paix, affirmant que les États-Unis et leurs habitants sont favorables à cette initiative et qu’il est proche d’accords avec Moscou et Kiev.
« Je pensais que nous étions sur le point de conclure un accord avec la Russie. Je pensais que nous étions sur le point de conclure un accord avec l’Ukraine. En fait, à l’exception du président Zelensky lui-même, son peuple était ravi du concept de cet accord. »
Donald Trump, président des États-Unis
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