Home SantéNon, prendre du paracétamol pendant la grossesse ne provoque pas l’autisme ou le TDAH, selon une étude majeure

Non, prendre du paracétamol pendant la grossesse ne provoque pas l’autisme ou le TDAH, selon une étude majeure

by Sophie Martin

Publié le 12 novembre 2025. Une analyse approfondie de plusieurs études remet en question les inquiétudes récentes concernant un lien entre la prise de paracétamol pendant la grossesse et le développement de troubles neurologiques chez l’enfant, comme le trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) et les troubles du spectre autistique (TSA).

  • Une revue générale de la littérature scientifique conclut que les études suggérant un lien entre l’exposition prénatale au paracétamol et ces troubles souffrent de biais méthodologiques importants.
  • Les analyses les plus rigoureuses ne démontrent pas de lien de causalité clair entre la prise de paracétamol pendant la grossesse et un risque accru de TDAH ou de TSA chez l’enfant.
  • Cette étude intervient après des déclarations publiques controversées, notamment aux États-Unis, qui ont semé le doute sur l’innocuité du paracétamol pendant la grossesse.

Le paracétamol, l’un des médicaments les plus fréquemment utilisés par les femmes enceintes pour soulager la douleur et la fièvre, a récemment fait l’objet d’un débat public. En septembre 2025, le président américain a publiquement déconseillé son utilisation pendant la grossesse, invoquant un risque potentiel d’autisme chez les enfants. Cette prise de position a suscité une vive réaction de la part des autorités médicales et des organismes de réglementation de la santé à travers le monde, qui ont réaffirmé l’innocuité du paracétamol, en se basant sur les données scientifiques disponibles.

Pour faire la lumière sur cette controverse, des chercheurs ont publié une étude dans le British Medical Journal (BMJ) analysant la qualité et la validité des preuves existantes. Leur objectif était de déterminer si un lien réel pouvait être établi entre l’exposition prénatale au paracétamol (également connu sous le nom d’acétaminophène) et le risque de développer un TDAH ou un TSA.

L’étude a révélé que de nombreuses recherches antérieures présentaient des lacunes méthodologiques significatives. Plusieurs études primaires ne tenaient pas compte de facteurs de confusion essentiels, tels que les antécédents médicaux de la mère, les prédispositions génétiques et l’environnement familial. Ces omissions rendent difficile l’établissement d’une relation de cause à effet entre l’exposition in utero au paracétamol et les troubles neurodéveloppementaux.

Les chercheurs ont examiné neuf revues systématiques portant sur 40 études primaires, dont quatre méta-analyses. La plupart de ces revues, publiées au cours de la dernière décennie, se sont concentrées sur l’utilisation du paracétamol tout au long de la grossesse. Une seule a pris en compte à la fois l’exposition prénatale et postnatale.

L’évaluation de la qualité des revues a mis en évidence des faiblesses méthodologiques récurrentes. La plupart ne disposaient pas de protocoles de recherche préétablis, de stratégies de recherche exhaustives ou de justifications claires pour l’exclusion de certaines études. L’évaluation du risque de biais était souvent incomplète ou manquante, et peu utilisaient des outils standardisés pour cette évaluation. De plus, les méthodes statistiques employées étaient souvent inadéquates, seule une revue regroupant les estimations ajustées.

Les résultats de l’analyse ont montré que toutes les revues rapportaient des associations positives entre l’exposition prénatale au paracétamol et les effets indésirables sur le développement neurologique. Les rapports de cotes regroupés ou les risques relatifs pour le TDAH variaient de 1,2 à 1,4, tandis que les associations avec les TSA étaient plus faibles. Cependant, les analyses tenant compte des liens de parenté entre les enfants (analyses contrôlées par les frères et sœurs) ont atténué ces associations, les rendant non significatives. Cela suggère que les relations observées pourraient être dues à des facteurs familiaux ou génétiques partagés plutôt qu’à un effet direct du médicament.

De plus, un chevauchement important entre les études primaires a été constaté (23 études sur 40), ce qui limite la fiabilité des conclusions. Sept revues sur neuf ont explicitement mis en garde contre la possibilité de tirer des conclusions causales, soulignant que les risques apparents pourraient être le résultat de biais méthodologiques et de limites de conception plutôt que d’effets biologiques réels.

En conclusion, cette revue générale des revues systématiques indique que les preuves actuelles ne permettent pas d’établir un lien clair et causal entre l’utilisation de paracétamol pendant la grossesse et le développement de troubles neurodéveloppementaux chez l’enfant. Les associations observées dans les études de cohortes pourraient être attribuées à des facteurs de confusion non mesurés ou familiaux plutôt qu’à un effet pharmacologique direct.

Référence du journal :

  • Sheikh J, Allotey J, Sobhy S et al. (2025). Utilisation maternelle de paracétamol (acétaminophène) pendant la grossesse et risque de troubles du spectre autistique et de trouble de déficit de l’attention/hyperactivité chez la progéniture : revue générale des revues systématiques. BMJ 391, e088141. DOI: 10.1136/bmj-2025-088141, https://www.bmj.com/content/391/bmj-2025-088141

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