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Nous manquons de nutriments, nous avons un excès de toxines

by Sophie Martin

Publié le 2024-11-20 14:35:00. Des carences nutritionnelles insoupçonnées affectent plus de deux milliards de personnes dans le monde, un phénomène de « faim cachée » souvent plus insidieux que la faim visible. Une approche plus précise de l’analyse sanguine pourrait permettre de mieux cibler les besoins individuels, à l’image de ce qui se fait déjà en médecine vétérinaire.

  • Plus de deux milliards de personnes souffrent de carences en micronutriments essentiels, malgré une alimentation apparemment suffisante.
  • Les carences en minéraux et l’exposition aux toxiques passent souvent inaperçues jusqu’à ce que des problèmes de santé majeurs se manifestent.
  • L’analyse du sérum sanguin pourrait offrir un outil simple et efficace pour identifier ces carences et adapter l’alimentation de manière personnalisée.

On plaisante parfois à dire que nos animaux de compagnie sont mieux nourris que nous. Et il y a de quoi y réfléchir : un chien ne rechigne jamais devant une nourriture parfaitement équilibrée, riche en vitamines et minéraux essentiels. Chez l’humain, les légumes, le poisson ou les légumineuses sont souvent boudés, surtout par les enfants. Cette observation, bien que teintée d’humour, révèle une réalité troublante : la nutrition humaine est souvent moins complète que celle destinée aux animaux, qu’ils soient d’élevage ou de compagnie.

Les microminéraux, ou oligo-éléments (fer, zinc, cuivre, sélénium, iode, manganèse, etc.), jouent un rôle crucial dans des centaines de réactions métaboliques, même si nos besoins sont faibles. Le fer est indispensable au transport de l’oxygène, le zinc et le cuivre protègent contre le stress oxydatif, l’iode est vital pour la thyroïde et le sélénium renforce le système immunitaire. Une carence, même légère, peut entraîner fatigue, affaiblissement des défenses immunitaires et favoriser l’apparition de maladies chroniques, y compris le cancer.

L’Organisation mondiale de la santé estime que plus de deux milliards de personnes sont touchées par des carences en micronutriments. Il ne s’agit pas de famine au sens strict, mais de cette « faim cachée » où l’alimentation, bien que suffisante en calories, manque des nutriments invisibles indispensables à un développement sain et à un vieillissement réussi.

Ce problème est aggravé par l’exposition à des substances toxiques comme l’arsenic, le plomb, le mercure et le cadmium, présents dans certains aliments ou dans l’environnement. Même en faibles quantités, ces toxines s’accumulent dans l’organisme et peuvent affecter le système nerveux, la fertilité ou augmenter le risque de cancer.

Le défi majeur réside dans le fait que ces carences et ces expositions sont souvent silencieuses, ne se manifestant que lorsque le problème est déjà bien installé. La situation varie considérablement selon les régions du monde. Dans les pays à faible revenu, les carences sont souvent liées à une alimentation basée sur des céréales et des tubercules, avec un accès limité aux aliments d’origine animale riches en fer, zinc et sélénium. Des carences combinées en fer, zinc et iode affectent des millions d’enfants et de femmes, compromettant leur développement physique et cognitif. Une nouvelle résolution de l’OMS vise à accélérer les efforts de fortification des aliments.

Dans les pays à revenu intermédiaire, on observe une coexistence de situations contrastées : des carences persistent en milieu rural en raison d’un accès limité à une alimentation variée, tandis que les villes sont confrontées à des carences liées à une alimentation ultra-transformée, riche en calories mais pauvre en micronutriments.

Dans les pays développés, les déficits sont plus subtils, liés au vieillissement, à des régimes végétaliens mal planifiés ou à une consommation insuffisante de viande et de poisson. En Europe, par exemple, de faibles niveaux de sélénium et d’iode ont été constatés dans plusieurs pays du nord et du centre du continent, en raison de la pauvreté des sols en ces éléments. L’exposition au mercure et au cadmium, notamment par la consommation de certains poissons ou le tabagisme, reste également préoccupante.

En médecine vétérinaire, une approche préventive et personnalisée de la nutrition est déjà bien établie. Chez les vaches laitières, par exemple, le sérum sanguin est régulièrement analysé pour ajuster l’alimentation et prévenir les carences qui affecteraient la santé de l’animal et la production de lait. La même approche est appliquée aux chevaux, aux porcs et à la volaille. En médecine humaine, on se base encore principalement sur des enquêtes alimentaires et des recommandations générales, faute de valeurs de référence universellement acceptées.

L’analyse du sérum pourrait constituer une avancée significative vers une nutrition personnalisée. Elle permettrait de mesurer simultanément les minéraux essentiels et les toxiques, comme on le fait déjà pour le cholestérol ou la glycémie. Cette approche ouvre la voie à des programmes de santé publique plus efficaces et à une nutrition véritablement adaptée à chaque individu.

Si l’on prend autant soin de l’alimentation d’une vache ou d’un chien, pourquoi ne pas appliquer les mêmes principes à notre propre santé ? Une nutrition de précision ne doit pas se limiter aux animaux. Elle peut et doit également s’appliquer à l’humain, pour vivre plus longtemps et en meilleure santé.

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