Face à une pénurie croissante de professionnels de santé, les États-Unis pourraient s’inspirer d’une initiative controversée du président Trump pour attirer des talents étrangers. L’idée : créer une voie d’immigration ciblée pour les soignants, afin de renforcer un système de santé sous tension.
Le système de santé américain est confronté à une crise du personnel qui menace la qualité et l’accessibilité des soins, particulièrement dans les zones rurales et défavorisées. D’ici 2036, le pays pourrait manquer de 13 500 à 86 000 médecins, sans compter les 9 millions d’aides-soignants, de professionnels de la santé mentale et de personnel de soutien également en pénurie critique. Cette situation est exacerbée par le vieillissement de la population et le départ à la retraite des baby-boomers, ainsi que par les délais de traitement des visas.
Si des efforts sont déployés pour former davantage de professionnels de santé américains – avec de nouveaux créneaux de résidence et des programmes de formation dans les collèges communautaires – ces initiatives ne suffiront probablement pas à combler le fossé à temps. Une réforme ciblée de l’immigration pourrait donc s’avérer nécessaire.
L’administration Trump avait lancé, à l’automne dernier, un programme controversé appelé « Gold Card », offrant la résidence légale aux États-Unis à quiconque investirait 1 million de dollars (environ 920 000 euros) dans des entreprises américaines. Bien que ce programme soit contesté sur le plan juridique, il met en lumière l’idée d’utiliser l’immigration de manière stratégique pour répondre à des besoins spécifiques. Kristie de Peña, vice-présidente principale des politiques au Centre Niskanen, propose de s’en inspirer pour créer une « Rose Gold Card ».
Cette « Rose Gold Card » permettrait aux États de désigner les zones où les besoins en personnel de santé sont les plus importants, de simplifier les procédures de licence et de collaborer avec des programmes fédéraux pour placer rapidement des professionnels qualifiés. Les cliniciens formés à l’étranger jouent déjà un rôle crucial dans le système de santé américain : un quart des médecins, près d’un tiers des aides à domicile et 22 % des infirmières auxiliaires en soins de longue durée sont des immigrés.
Cependant, les voies d’accès actuelles sont souvent saturées ou inadaptées. Le plafond du visa H-1B est atteint chaque année depuis 2008, et de nombreuses infirmières ne répondent pas à ses critères académiques. La dérogation Conrad 30, qui permet aux médecins formés à l’étranger de rester aux États-Unis s’ils s’engagent à travailler dans des zones mal desservies, est limitée à 30 places par État. Plus récemment, un gel temporaire du traitement des visas d’infirmière, annoncé en 2024, a aggravé les pénuries.
D’autres pays ont déjà pris des mesures pour attirer des professionnels de santé étrangers. En 2023, le Royaume-Uni a délivré 146 000 visas pour les travailleurs du secteur de la santé et des soins. Le Canada a lancé un projet pilote pour accueillir 2 000 réfugiés qualifiés et leurs familles, dont beaucoup ont été employés dans le domaine de la santé.
Selon Kristie de Peña, le Congrès devrait adopter une loi créant un programme de visa ciblé pour répondre aux besoins spécifiques des communautés en difficulté. La « Rose Gold Card » s’inspirerait de la dérogation Conrad 30, en plaçant des professionnels agréés dans des zones de pénurie désignées, avec des conditions de renouvellement basées sur leurs performances et les besoins continus. Une telle approche pourrait bénéficier d’un soutien bipartisan, car les sondages montrent que l’opinion publique est favorable à une immigration qualifiée axée sur l’amélioration de l’accès aux soins de santé.
Les tentatives passées de pallier les pénuries de personnel, comme le visa H-1C (limité à quelques centaines d’infirmières), se sont avérées insuffisantes. La dérogation Conrad 30 reste sous-financée, et le gel des visas d’infirmière en 2024 a eu des effets contre-productifs. Le Congrès a donc l’opportunité de renforcer durablement les capacités du système de santé en élargissant la formation nationale et en permettant aux États de prendre l’initiative de déployer des cliniciens immigrés qualifiés là où ils sont le plus nécessaires.
