Publié le 14 décembre 2023 23:10:00. L’ancien milieu de terrain tchèque Martin Hašek est au cœur d’une contestation juridique plus large visant à remettre en question les règles de la FIFA sur les transferts de joueurs, rejoignant un mouvement croissant qui pourrait coûter des milliards d’euros à l’instance dirigeante du football mondial.
- Un recours collectif soutenu par l’Association tchèque des joueurs professionnels (ČAFH) vise à obtenir des dommages et intérêts pour les joueurs dont la carrière a été entravée par les restrictions de la FIFA.
- L’affaire trouve son origine dans le litige entre Martin Hašek et le Sparta Prague, mais s’étend désormais à tous les joueurs ayant signé un contrat professionnel en Europe depuis 2002.
- Les règles actuelles de la FIFA, similaires à celles qui ont été contestées dans l’affaire Bosman, limitent la liberté des joueurs et réduisent potentiellement leurs revenus.
L’histoire commence il y a quatre ans, lorsque Martin Hašek, un milieu de terrain réputé pour son éthique de travail, s’est disputé avec le Sparta Prague. Malgré une offre intéressante d’un club israélien, Hašek a refusé de participer au camp d’entraînement hivernal du Sparta, ce qui a entraîné son renvoi à l’équipe B en guise de sanction. Sa carrière a ensuite stagné, et il a finalement démissionné unilatéralement, une décision qui a conduit à une bataille juridique avec le club.
Le Sparta Prague a initialement réclamé 22 millions de couronnes tchèques (environ 820 000 euros) au titre de dommages et intérêts, mais ce montant a été progressivement réduit à moins de trois millions de couronnes (environ 112 000 euros) par les instances arbitrales. L’affaire Hašek, bien que spécifique, illustre un problème plus large : les joueurs se sentent souvent piégés par leurs contrats et ont peu de moyens de négocier des transferts ou de poursuivre d’autres opportunités.
Ce cas particulier a servi de catalyseur pour un recours collectif plus vaste, soutenu par la ČAFH. L’avocate Markéta Vochoska Haindlová, directrice de la ČAFH, explique :
« Parce que la règle en vigueur affectait le marché des transferts. Elle affectait les joueurs qui n’étaient pas autorisés à effectuer un transfert plus lucratif ou à effectuer une libre circulation des travailleurs sur le territoire de l’Union européenne. »
Ce recours collectif, ouvert à tous les joueurs professionnels ayant signé un contrat en Europe depuis 2002, quelle que soit leur nationalité, s’appuie sur un précédent juridique majeur : l’arrêt Bosman de 1995. Cet arrêt, rendu par la Cour de justice de l’Union européenne, a mis fin aux restrictions sur les transferts de joueurs au sein de l’UE, permettant aux joueurs de changer de club librement à la fin de leur contrat. L’affaire Bosman a révolutionné le football, mais les règles actuelles de la FIFA continuent de limiter la liberté des joueurs, selon les initiateurs de ce nouveau recours.
L’affaire a été initiée par Lassana Diarra, un ancien international français qui a joué pour Arsenal, le Real Madrid et Chelsea. Diarra a remporté un procès contre la FIFA et la Fédération belge de football après avoir été empêché de quitter le Lokomotiv Moscou en 2014.
« Je considère le jugement dans l’affaire Diarra comme une nouvelle étape cruciale dans la question du statut des joueurs qui sont encore, dans une certaine mesure, injustement négligés par d’autres entités du monde du football »,
souligne Markéta Vochoska Haindlová.
Selon une estimation du cabinet de conseil économique Compass Lexecon, les règles actuelles de la FIFA ont entraîné une perte de revenus d’environ 8 % pour les joueurs professionnels depuis 2002, soit des milliards d’euros. La FIFA, confrontée à une menace potentielle pour sa réputation et ses finances, pourrait être contrainte de revoir ses règles de transfert. La FIFA pourrait opter pour des règlements à l’amiable pour éviter une bataille juridique prolongée.
Les syndicats de joueurs de plusieurs pays européens, dont la France et le Benelux, encouragent activement leurs membres à rejoindre le recours collectif. L’objectif est de créer un front uni pour faire pression sur la FIFA et obtenir une réforme des règles de transfert. Les joueurs sont invités à se considérer non plus comme des « serfs », mais comme des professionnels ayant le droit de contrôler leur propre carrière.
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