Publié le 29 octobre 2025 22h36. L’Argentine espère un revirement dans la bataille juridique qui l’oppose à Burford Capital concernant l’expropriation de YPF, après une audience d’appel à New York où les juges semblent avoir remis en question la compétence des tribunaux américains dans cette affaire.
- L’audience d’appel s’est déroulée devant la Cour d’appel du deuxième district de New York.
- Le juge Loretta Preska avait initialement condamné l’État argentin à verser 16 milliards de dollars (plus 2 milliards de dollars d’intérêts) à Burford Capital.
- Les avocats argentins plaident pour l’incompétence des tribunaux américains, invoquant le principe du forum non conveniens.
L’atmosphère était optimiste du côté argentin après l’audience, selon des sources gouvernementales. Si la décision ne sera pas rendue avant plusieurs mois (estimée entre 7 et 9 mois), un espoir renaît à Buenos Aires de voir l’affaire renvoyée devant les juridictions argentines. L’enjeu est colossal : 16 milliards de dollars plus 2 milliards de dollars d’intérêts, une somme que l’Argentine conteste fermement.
Le litige remonte à 2012, lorsque l’Argentine a nationalisé YPF, la compagnie pétrolière nationale. Burford Capital, un fonds d’investissement britannique, a acquis les droits de poursuite et a intenté une action en justice aux États-Unis, arguant que cette nationalisation constituait une expropriation illégale. Le juge Loretta Preska lui a donné raison en première instance, une décision qui a provoqué une onde de choc à Buenos Aires.
Les avocats de l’Argentine ont mis l’accent devant la cour d’appel sur la question de la compétence. Ils soutiennent que l’affaire relève du droit argentin et aurait dû être jugée en Argentine, conformément au principe du forum non conveniens. Ce principe juridique stipule qu’un tribunal ne doit pas se saisir d’une affaire si un autre tribunal, situé dans un lieu plus approprié, est disponible pour la juger.
L’issue de cette affaire a des implications financières importantes pour l’Argentine, déjà confrontée à des difficultés économiques. La condamnation à verser 18 milliards de dollars aggraverait encore sa dette et pourrait entraver ses efforts de redressement économique. C’est pourquoi le gouvernement suit de près l’évolution de la situation et a mobilisé une équipe d’avocats pour défendre ses intérêts.
La réaction des marchés financiers a été immédiate. Les actions de Burford Capital ont chuté de 15 % après l’audience, tandis que celles de YPF ont grimpé en flèche. Un indicateur, selon une source officielle, de l’optimisme grandissant du côté argentin.
De son côté, Burford Capital reste confiant. Dans un communiqué, Mike Fragoso, l’avocat des plaignants, a déclaré : « La décision du tribunal de district dans cette affaire est solide. Les accusés n’ont présenté aucune nouvelle information susceptible de modifier le cours de l’affaire. » Il a également souligné que l’Argentine tente d’éviter les conséquences de ses actions, qui ont causé des pertes importantes aux investisseurs et aux créanciers.
Sébastien Maril, PDG de Latin American Advisors, a analysé l’audience pour souligner l’importance des questions posées par les juges. Selon lui, l’Argentine a fait bonne figure, les juges s’étant particulièrement intéressés à la question de la compétence. Il a toutefois mis en garde contre toute interprétation hâtive : « Si vous êtes bénéficiaire d’un jugement de 16,1 milliards de dollars, vous allez être contesté par les juges. La question de la compétence et de l’application de la loi argentine a occupé 95 % de la séance. »
Les procureurs généraux adjoints du Trésor argentin, Juan Ignacio Stampalija et Julio Pablo Comadira, ont présenté les arguments de l’Argentine avec « clarté, conviction et détermination », selon un communiqué du ministère. Ils ont insisté sur la nécessité pour le tribunal d’appliquer correctement le droit argentin et ont souligné l’importance de l’affaire pour le pays.
Le ministère du Trésor a également dénoncé la stratégie de Burford Capital, qu’il accuse d’utiliser les tribunaux américains pour obtenir un profit exorbitant sur une affaire relevant du droit argentin. Il estime que Burford Capital a acquis la concession pour seulement 15 millions d’euros et cherche désormais à réaliser un bénéfice de plus de 37 000 pour cent, aux dépens du peuple argentin.
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