Publié le 8 novembre 2025. Le Bangladesh est confronté à un paradoxe : une multiplication des universités et des programmes de formation financés par des prêts étrangers ne se traduit pas par une amélioration de l’employabilité des jeunes, mais au contraire par un taux de chômage des diplômés en forte hausse.
- Le taux de chômage des diplômés au Bangladesh a plus que doublé en huit ans, atteignant 13,5 % en 2024, le plus élevé de tous les niveaux d’éducation.
- Les universités privées, souvent gérées par des entreprises ou des personnalités influentes, sont accusées de privilégier la vente de diplômes à la qualité de l’enseignement.
- Malgré un investissement d’environ 1 milliard de dollars (environ 930 millions d’euros) entre 2010 et 2021 dans des programmes de développement des compétences, leur efficacité est remise en question.
La politique gouvernementale visant à accroître rapidement le nombre d’universités et de diplômés, menée au cours de la dernière décennie, semble avoir atteint ses limites. Les programmes de formation professionnelle, financés par des emprunts étrangers, n’ont pas non plus permis d’améliorer significativement les perspectives d’emploi des jeunes les moins qualifiés. L’augmentation du nombre d’étudiants a été privilégiée au détriment de la qualité de l’éducation et de la formation.
De nombreux diplômés des universités publiques et privées échouent aux examens de recrutement, faute de compétences adéquates. Les formations professionnelles, souvent limitées à quelques mois, ne parviennent pas à combler ce déficit, et beaucoup de participants y participent davantage pour les allocations financières qu’elles procurent que pour un réel développement de compétences.
Le nombre d’universités a plus que doublé en quinze ans, passant de 82 en 2010 à 172 en 2025. Les universités privées sont passées de 56 à 116 sur la même période, tandis que le nombre d’universités publiques est passé de 36 à 56. Chaque année, ces établissements forment environ 750 000 diplômés, mais une part importante d’entre eux peine à trouver un emploi.
Des experts pointent du doigt le rôle des universités privées, souvent dirigées par des entreprises, des hommes politiques ou d’anciens hauts fonctionnaires, qui seraient plus préoccupées par la vente de diplômes que par la qualité de l’enseignement. Les autorités de régulation sont accusées de fermer les yeux sur ces pratiques.
Le gouvernement a mis en œuvre le programme de compétences pour la compétitivité et l’innovation industrielles depuis 2023, avec un financement de 300 millions de dollars de la Banque asiatique de développement et de 75 millions de dollars du gouvernement bangladais, dans le but de finaliser le programme d’ici juin 2029. Cependant, l’efficacité de ces programmes de développement des compétences est de plus en plus contestée.
Il est désormais impératif que le gouvernement réévalue sa politique en matière d’enseignement supérieur afin d’optimiser ses investissements. Privilégier une formation de qualité, même pour un nombre plus restreint d’étudiants, pourrait s’avérer plus efficace que de produire massivement des diplômés sans les compétences nécessaires pour s’insérer sur le marché du travail. Une attention particulière doit être accordée à l’amélioration de la qualité de l’enseignement supérieur et à la gestion rigoureuse des établissements.
