Publié le 5 décembre 2025 à 21h11. La nouvelle stratégie de sécurité américaine, dévoilée récemment, marque une rupture avec les priorités traditionnelles de Washington, mettant l’accent sur les intérêts nationaux et remettant en question l’engagement américain envers certains alliés, notamment en Europe. Le document suscite des réactions contrastées, de la Commission européenne à l’OTAN, et met en lumière une vision du monde où la compétition avec la Chine et la Russie est omniprésente.
- La stratégie américaine privilégie désormais l’hémisphère occidental, avec un focus sur la migration, la lutte contre le trafic de drogue et la défense des intérêts américains en Amérique latine.
- Les critiques envers la gestion de la guerre en Ukraine par les pays européens sont vives, Washington pointant du doigt des « attentes irréalistes » et un manque de fermeté.
- Le document ne contient aucune critique directe du Kremlin, tout en soulignant la nécessité d’une « stabilité stratégique » avec la Russie.
La nouvelle stratégie de sécurité des États-Unis, présentée par l’administration Trump, opère un virage net par rapport aux orientations précédentes. Selon Washington, les politiques antérieures n’ont pas suffisamment pris en compte les intérêts fondamentaux des États-Unis et ont trop souvent consisté à assurer la défense d’autres nations au détriment de la population américaine. L’ère où les États-Unis « soutenaient l’ordre mondial tout entier » est, selon le document, révolue. La devise « L’Amérique d’abord » est réaffirmée comme principe directeur.
La stratégie américaine exprime de fortes réserves quant à la politique européenne, notamment en ce qui concerne la guerre en Ukraine. Washington estime que le conflit a accru la dépendance de l’Europe à l’égard de sources d’approvisionnement extérieures. L’exemple des entreprises chimiques allemandes, qui envisagent de construire d’importantes usines en Chine en utilisant du gaz russe qu’elles ne peuvent plus obtenir en Europe, est cité pour illustrer cette vulnérabilité.
L’administration Trump accuse les gouvernements européens d’avoir des « attentes irréalistes » et de se montrer politiquement paralysés dans leur tentative de trouver une solution pacifique au conflit avec Moscou. Le document souligne l’instabilité de certains gouvernements minoritaires européens, dont certains seraient prêts à « piétiner les principes fondamentaux de la démocratie afin de réprimer l’opposition ».
Un aspect notable de cette stratégie est l’absence de critique directe envers la Russie. Bien que la majorité des Européens aspirent à la paix, cette volonté ne se traduit pas, selon Washington, par une politique suffisamment ferme. Cette situation rendrait plus difficile le rétablissement de la stabilité sur le continent, y compris la perspective d’une nouvelle « stabilité stratégique avec la Russie », explicitement mentionnée comme un objectif.
En ce qui concerne la Chine, le document met l’accent sur la concurrence économique. Les États-Unis estiment avoir mal évalué la République populaire pendant des décennies et souhaitent rééquilibrer la relation sur le plan économique. Le renforcement de la dissuasion militaire dans la région Indo-Pacifique est également considéré comme essentiel pour prévenir un éventuel conflit.
La Commission européenne a fermement rejeté les allégations contenues dans la nouvelle stratégie américaine concernant l’Union européenne. Interrogée sur l’accusation selon laquelle l’UE porterait atteinte à la liberté politique et à la souveraineté, nuirait au continent avec sa politique migratoire et entraverait la liberté d’expression, la porte-parole en chef Paula Pinho a répondu de manière catégorique : « Non ». Elle a toutefois précisé que la Commission n’avait pas encore eu le temps d’examiner et d’évaluer la stratégie américaine dans son ensemble.
Au sein de l’OTAN, un passage de la stratégie américaine suscite également des inquiétudes. Il y est question de mettre fin à « l’impression – et à la réalité – d’une OTAN en constante expansion », ce qui pourrait signifier la fin du principe de la « porte ouverte ». L’alliance n’a pas souhaité commenter ce point précis. Concernant la demande américaine d’un meilleur partage du fardeau, un porte-parole a déclaré que « les alliés de l’Amérique en Europe et au Canada reconnaissent la nécessité d’investir davantage dans la défense et de partager plus équitablement le fardeau de notre sécurité commune ».
Le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a réagi avec prudence à la nouvelle stratégie américaine.
« Nous évaluerons intensivement la nouvelle stratégie américaine sur tous les points, nous n’y sommes pas parvenus jusqu’à présent. Les États-Unis sont et restent l’allié le plus important de l’alliance de l’OTAN. »
Johann Wadephul, ministre allemand des Affaires étrangères
Il a toutefois souligné que les questions de liberté d’expression et d’organisation de la société relevaient de la compétence des États membres et que l’Allemagne n’avait pas besoin de conseils en la matière.
Enfin, le document américain met en avant l’importance de l’hémisphère occidental, en particulier en ce qui concerne la gestion des flux migratoires en provenance d’Amérique latine, la lutte contre les cartels de la drogue et la défense des intérêts américains dans la région. Le Moyen-Orient, en revanche, est relégué au second plan, le chapitre consacré à cette région étant particulièrement bref, en raison de la production accrue d’énergie par les États-Unis et de la perception d’une menace moins immédiate pour la sécurité américaine.
La stratégie américaine identifie également la politique d’immigration comme un facteur de changement et de conflit en Europe. Le document affirme vouloir que « l’Europe reste européenne », en préservant le caractère et l’histoire de chaque État et en renforçant leur confiance en eux. L’influence croissante des « partis patriotiques européens » est perçue comme un signe encourageant.
