La lutte contre la dengue, maladie transmise par les moustiques Aedes aegypti, s’intensifie grâce à une vague d’innovations technologiques. Des manipulations génétiques à l’intelligence artificielle, en passant par l’utilisation de drones et de satellites, les chercheurs déploient des stratégies inédites pour stopper la propagation du virus et réduire l’impact de son vecteur.
L’une des approches les plus prometteuses consiste à modifier génétiquement les moustiques pour qu’ils soient incapables de transmettre le virus. Des chercheurs de l’université de Californie à San Diego ont réussi à introduire des gènes du système immunitaire humain dans les moustiques Aedes aegypti, leur conférant une immunité contre les quatre sérotypes de la dengue. Ces moustiques, conçus pour produire des anticorps lorsqu’ils se nourrissent de sang, empêchent la réplication du virus dans leur organisme, bloquant ainsi sa transmission aux humains. Un système de diffusion génétique pourrait permettre de propager ces anticorps à l’ensemble des populations de moustiques sauvages.
Parallèlement, des travaux explorent la thérapie génique pour empêcher les moustiques d’atteindre la maturité sexuelle. Cette technique bloque l’accès d’une hormone stéroïde essentielle à la maturation au cerveau des insectes, limitant ainsi leur reproduction. Les moustiques affectés mourraient avant de pouvoir se reproduire et resteraient confinés à leur lieu de naissance, réduisant ainsi leur capacité à propager la maladie.
La technique de l’insecte stérile (TIS) est également au cœur des efforts de lutte. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a récemment accordé une subvention de 3,96 millions de dollars (environ 3,6 millions d’euros) pour surmonter les défis liés à cette méthode. La TIS consiste à élever, stériliser par irradiation, puis à relâcher un grand nombre de moustiques mâles stériles dans la nature afin de réduire la population globale. Un des principaux obstacles réside dans la séparation des mâles et des femelles lors de l’élevage, un défi que l’AIEA cherche à résoudre.
D’autres projets, comme “Debug” soutenu par Verily (filiale d’Alphabet Inc., la société mère de Google), utilisent des bactéries Wolbachia pour empêcher la transmission de la dengue par les moustiques femelles. Ces projets nécessitent également l’élevage et le relâchage de grandes quantités de moustiques dans la nature.
L’intelligence artificielle (IA) joue un rôle croissant dans la lutte contre la dengue. L’organisation à but non lucratif “The Program”, bénéficiant d’une subvention Microsoft AI for Earth, combine l’utilisation de Wolbachia avec des logiciels basés sur l’apprentissage automatique et l’IA pour optimiser les zones de relâchage des moustiques. Un modèle d’apprentissage profond prédictif permet de déterminer les points de relâchement les plus efficaces à l’échelle mondiale.
En Espagne, l’Institut de recherche et de technologie agroalimentaire (IRTA) de Catalogne a développé un système de surveillance des vecteurs, nommé Vectrack, qui combine l’IA, des capteurs et des communications par satellite. Ce système permet d’identifier automatiquement les moustiques capturés dans des pièges en fonction de leur espèce, de leur sexe, de leur âge et de leur potentiel infectieux. Vectrack est financé par le programme européen Horizon 2020.
L’utilisation de satellites et de drones offre également de nouvelles perspectives. Le projet D-MOSS, financé par l’Agence spatiale britannique, utilise des données satellitaires, des prévisions météorologiques et un modèle d’écoulement de l’eau pour cartographier les risques de dengue et alerter les communautés locales. Au Sri Lanka, des scientifiques de l’Institut Arthur C Clarke pour les technologies modernes (ACCIMT) utilisent des drones pour observer, photographier et même traiter les sites de reproduction potentiels des moustiques.
Des solutions plus terrestres sont également en développement. Une start-up malaisienne, MN Empire, a mis au point un dispositif solaire qui attire les moustiques et les incite à pondre leurs œufs dans un liquide qui empêche leur éclosion. Une équipe d’étudiants de l’Université Ben Gourion du Néguev en Israël a développé le “Moustique Trojien”, un moustique mâle dont le microbiome intestinal a été modifié pour produire une toxine qui tue les larves de moustiques après l’accouplement.
Enfin, des alternatives aux insecticides traditionnels sont à l’étude. Bio-Gene Technology en Australie a développé Flavocide, un insecticide à base d’un composé naturel extrait d’eucalyptus, qui s’avère rapidement toxique pour les moustiques adultes. Des recherches sont également menées sur une crème pour la peau capable de protéger contre la dengue en déclenchant une réaction immunitaire locale en cas de piqûre.
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