Publié le 11 janvier 2026 13h47. L’Allemagne, longtemps fer de lance de l’économie européenne, est confrontée à une crise exportatrice inédite qui remet en question son modèle économique. Cette situation, exacerbée par des dynamiques commerciales changeantes et une politique budgétaire restrictive, pourrait avoir des répercussions importantes sur l’ensemble de la zone euro, y compris l’Italie.
- L’Allemagne pourrait connaître une croissance économique cette année, mais la crise des exportations freine son potentiel.
- Le commerce avec les États-Unis s’effondre tandis que les importations en provenance de Chine explosent.
- L’austérité budgétaire allemande a eu des effets pervers sur les économies européennes du Sud.
Après trois années de récession et de stagnation, l’économie allemande pourrait enfin retrouver une croissance en 2026. Les prévisions varient, allant de 1,2 % selon la Commission européenne à 1,3-1,5 % selon l’IFO, tandis que la Bundesbank se montre plus prudente, anticipant une croissance comprise entre 0,7 % et 1 %. Cependant, cette reprise est menacée par une crise des exportations qui pèse sur la balance commerciale du pays.
Au cours des onze premiers mois de 2025, l’excédent commercial allemand s’est établi à 182,3 milliards d’euros, en baisse de 19 % (environ 43 milliards d’euros, soit près de 1 % du PIB) par rapport à la même période de l’année précédente (225,11 milliards d’euros). Les exportations ont certes augmenté de 0,9 %, mais les importations ont progressé plus rapidement, de 4,6 %.
La situation est particulièrement préoccupante concernant les échanges avec les États-Unis et la Chine. Les exportations vers la superpuissance américaine ont chuté, tandis que les importations en provenance de Chine ont connu une forte hausse. Sur les dix premiers mois de 2025, l’excédent commercial avec les États-Unis est passé de 69,64 à 58,28 milliards de dollars (-16,3 %). Dans le même temps, le déficit commercial avec la Chine est passé de 47,8 à 69,3 milliards d’euros (+45 %), les achats auprès de la Chine ayant augmenté de 17,2 % tandis que les ventes vers ce pays ont diminué de 2,1 %.
Cette crise est d’autant plus préoccupante qu’elle remet en question les fondements de la politique économique allemande. Berlin avait misé sur la conquête du marché chinois sans perdre ses positions sur les marchés traditionnels, notamment aux États-Unis et en Europe. Or, la Chine a conquis le marché allemand, tandis que l’Allemagne perd du terrain aux États-Unis, sans parvenir à compenser cette perte par une augmentation de ses exportations vers le reste de l’Europe.
L’austérité budgétaire, initialement présentée comme un atout pour renforcer la position de l’Allemagne sur le continent, semble avoir eu des effets contre-productifs. Les pays européens du Sud, contraints de consolider leurs finances publiques sans bénéficier d’une demande intérieure suffisante, ont été poussés à se réinventer sur les marchés internationaux pour écouler leurs produits.
L’Italie, par exemple, a vu ses exportations augmenter de plus de 70 % entre 2007 et 2024, passant de 22,5 % à 28,3 % du PIB. Les importations ont également augmenté, de 54 % (de 23 % à 26,1 % du PIB). Cette évolution a permis à l’Italie de passer d’un déficit commercial quasi chronique à un excédent, en partie grâce à la concurrence avec l’Allemagne et en partie grâce à la vente de composants aux mêmes entreprises allemandes. Les petites et moyennes entreprises italiennes ont été contraintes d’améliorer leur efficacité et leur résilience face aux crises, tandis que les entreprises allemandes, plus importantes et théoriquement plus solides financièrement, se sont avérées moins flexibles.
La crise des exportations en Allemagne ne relève pas d’un simple cycle conjoncturel. Il s’agit d’une crise structurelle, conséquence de la perte de marchés étrangers avec la pandémie, de la fin des approvisionnements en pétrole et en gaz russes à bas prix, et du démantèlement de la mondialisation initié par les États-Unis, avant même l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, avec le rapatriement des chaînes de production (comme le prévoit l’Inflation Reduction Act – IRA) et la mise en place de droits de douane. Le modèle allemand est donc en difficulté.
Pour tenter de remédier à cette situation, l’Allemagne est contrainte de revoir ses investissements politiques, qui se sont avérés infructueux face au nouvel équilibre géopolitique. Le chancelier Friedrich Merz a déjà annoncé un plan massif de réarmement financé par l’endettement, qui prévoit des dépenses supérieures de 1 000 milliards d’euros aux recettes de l’État. La disposition constitutionnelle relative au « frein à l’endettement » a également été réformée, une mesure qui suscite encore des critiques.
Merz espère ainsi relancer à la fois la demande intérieure et les exportations. Cependant, une augmentation de la consommation et des investissements risque d’entraîner une hausse des importations et une réduction de l’excédent commercial, à moins que d’autres pays européens ne suivent le même chemin. Or, la plupart des pays européens ne sont pas en mesure de mettre en œuvre des politiques budgétaires expansionnistes. La France, en particulier, risque de connaître le même sort que l’Italie en 2011, avec une remontée de ses taux d’intérêt qui dépasse déjà ceux des titres d’État italiens (BTp).
Pour l’Italie, la crise des exportations en Allemagne représente à la fois une opportunité et un risque. Une surveillance moins rigoureuse des finances publiques par Bruxelles pourrait offrir au gouvernement italien une plus grande marge de manœuvre. Cependant, une crise prolongée en Allemagne pourrait également entraîner une diminution des exportations italiennes vers ce pays, qui est son principal partenaire commercial (échanges commerciaux de 156 milliards d’euros en 2024, dont 71 milliards d’exportations et 85 milliards d’importations).