Publié le 18 janvier 2026. Après une période de baisse, le marché du lithium connaît un regain d’intérêt, porté par une demande croissante et des tensions sur l’offre, ce qui pourrait profiter à l’Argentine, un acteur émergent dans ce secteur stratégique.
- Les exportations minières argentines ont atteint un record de 6,037 milliards de dollars en 2025, tirées par l’or et l’argent, mais le lithium affiche une croissance prometteuse.
- Le prix du carbonate de lithium, après une chute significative, remonte, dépassant les 20 000 dollars la tonne, signalant un rééquilibrage du marché.
- L’Argentine, avec sept opérations litifères en production et une capacité installée de plus de 200 000 tonnes par an, ambitionne de devenir un acteur majeur du marché mondial du lithium.
Après une période de turbulences marquée par une manipulation des prix dénoncée par une commission d’enquête du Congrès américain accusant la Chine de manipulation, le marché du lithium semble entamer une phase de reprise. Le prix du carbonate de lithium, qui avait atteint un pic de 80 000 dollars la tonne fin 2022 avant de chuter en dessous de 9 000 dollars, a dépassé les 20 000 dollars la tonne début janvier 2026, une évolution qualifiée de « solide » par Joe Lowry, fondateur et PDG de Global Lithium, surnommé « Monsieur Lithium » dans le secteur.
Cette remontée est d’autant plus notable que, ces dernières années, les acteurs chinois, coordonnés par l’État, avaient réussi à faire baisser les prix en investissant dans de nouvelles sources d’approvisionnement, notamment en Afrique. Cependant, selon Lowry, cette stratégie pourrait perdre de sa crédibilité à moyen terme. Il avait déjà anticipé, mi-2024, que « la Chine a fait un excellent travail en faisant croire que ses projets en Afrique, la production australienne de spodumène et de lépidolite suffisent à contrôler le prix du lithium, mais pour la seconde moitié de cette décennie, cette histoire perdra de sa crédibilité ». Le spodumène et la lépidolite sont des minéraux dont on extrait le lithium, mais à un coût plus élevé que dans les salars argentins.
Roberto Cacciola souligne l’importance de la dynamique de la consommation.
« Ce qu’il faut regarder, c’est la réalité de la consommation, qui devrait croître de 25 à 30 % cette année. »
Roberto Cacciola
Il ajoute que l’augmentation actuelle des prix pourrait être liée à des décisions allant au-delà de cette simple augmentation de la demande.
L’Argentine, qui a vu ses exportations minières dépasser les 6 milliards de dollars en 2025, se positionne comme un acteur clé de cette reprise. Le lithium, dont les exportations ont dépassé les 900 millions de dollars en 2025, pourrait dépasser le milliard de dollars en 2026, se plaçant ainsi au même niveau que des « complexes d’exportation » traditionnels tels que l’arachide, l’acier, l’aluminium, l’exploitation forestière et la production fruitière de la haute vallée du Río Negro, selon les données de l’Indec.
Le pays compte actuellement sept opérations litifères en production, avec une capacité installée d’un peu plus de 200 000 tonnes par an. Benchmark Mineral Intelligence prévoit une production de 130 000 tonnes de LCE (carbonate de lithium équivalent) d’ici 2026. L’Argentine ambitionne d’atteindre une capacité installée de 650 000 tonnes de LCE par an d’ici 2035, selon le secrétaire aux Mines, Luis Lucero, ce qui en ferait un acteur majeur sur le marché mondial.
Parmi les entreprises actives en Argentine, Eramet, une entreprise française, se distingue par son approche innovante. Elle est la première à exploiter une méthode d’« extraction directe » du lithium, brevetée par la firme européenne, pour obtenir du lithium de « qualité batterie ». L’entreprise a récemment repris 100 % de l’opération dans le Salar Centenario Ratones, à Salta, en rachetant les parts de son ancien partenaire chinois Tsingshan.

Enfin, la prolongation du régime d’incitations fiscales (RIGI), qui expire en août 2026, pourrait stimuler davantage le développement du secteur litifère argentin, avec au moins quatre nouveaux projets susceptibles d’entrer en production dans les années à venir.
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